Le gouvernement fait fausse route, selon Louise Chabot

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec
Photo: CSQ Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ne jamais perdre de vue que l’école est un investissement plutôt qu’une dépense, c’est s’assurer d’avoir un système d’éducation sain et dynamique. Ce n’est pas une utopie de penser que l’on peut améliorer le milieu à tous les niveaux avec des programmes qui garantissent le succès des élèves.

On fêtait récemment le cinquantième anniversaire du rapport Parent, qui a donné lieu à une réforme majeure du système d’éducation avec, dans la foulée, la création du ministère de l’Éducation. Selon Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec, il est minuit moins cinq avant que les acquis des cinquante dernières années ne nous échappent. Il faut prendre un virage, et le prendre rapidement.

Louise Chabot juge la situation critique : « Actuellement, il n’y a pas d’écoute du côté du gouvernement. Sous le règne du ministre Bolduc, on avait encore des pistes de solutions et on nous disait ne pas pouvoir envisager de vastes réformes en éducation sans que les acteurs du milieu soient consultés, se rappelle Louise Chabot, qui ajoute qu’aujourd’hui l’éducation est une dépense qu’on peut compresser comme n’importe quelle autre. »

Que doit-on faire ?

« Il faudrait d’abord s’assurer d’avoir une véritable politique de persévérance scolaire pour contrer le décrochage. » C’est la priorité aux niveaux primaire et secondaire, et les services professionnels sont au coeur de la réussite scolaire. Pourtant, « le gouvernement n’a présenté aucun projet à ce sujet. L’égalité des chances, c’est la valeur forte de notre système d’éducation et, pour réduire les écarts qui existent encore, il faut des moyens et une vision ». Louise Chabot considère qu’un taux d’investissement de 3,5 % serait nécessaire en éducation alors qu’aujourd’hui on est presque face à un gel avec 0,2 % : « Ça peut sembler utopique, mais c’est ça la solution, il faut financer adéquatement le système d’éducation. » Quand on tarde à aider les élèves aux prises avec des difficultés d’apprentissage, ceux-ci arrivent au cégep avec des besoins particuliers, et la structure du collégial n’est pas conçue pour eux.

Avec la décroissance de certaines régions, l’avenir des cégeps est lui aussi menacé : « On propose de valoriser la formation technique, car ce parcours permet l’accès à la diplomation et à une formation qualifiante », nous dit Louise Chabot, tout en insistant pour que la formation générale soit obligatoire et qu’on en maintienne l’intégralité.

Les universités subissent elles aussi des compressions depuis des années : « On revendique toujours une meilleure gouvernance et transparence du réseau, et on pense que le moyen d’y parvenir est un Conseil des universités. Le gouvernement du Parti québécois s’y était engagé, mais on n’a pas de suivi… » Afin de demeurer concurrentiel, le réseau universitaire a aussi besoin d’une nouvelle politique nationale de recherche et d’innovation pour faire de la recherche appliquée et fondamentale de façon plus importante, « mais actuellement ce qu’on vit, c’est de la précarité dans les universités. On trouve de plus en plus de personnel professionnel à statut précaire parce que les postes dépendent des subventions ».

« On a un gouvernement qui a décidé de s’attaquer aux finances publiques et de ne pas donner priorité aux missions essentielles de l’État. Tous les chantiers, tant du côté des universités et des cégeps que ce qui concerne le projet d’une politique de persévérance scolaire pour le primaire et le secondaire, tout ça n’est pas dans les cartons du gouvernement ou ce n’est pas sa priorité. Si la priorité, c’est de jouer dans les structures, dans la démocratie et dans la décentralisation — dont rien ne démontre que ça va favoriser la réussite des élèves, voire même réaliser des économies —, on dit au gouvernement « vous faites fausse route ». »