Le ministre Blais maintient le cap

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Le ministre de l’Éducation, François Blais 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de l’Éducation, François Blais 

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À l’aube de sa première rentrée scolaire en tant que ministre de l’Éducation, François Blais se montre prudent, mais maintient toutefois le cap sur les changements importants qui ne manqueront pas de toucher le monde de l’enseignement, tant les négociations avec le personnel que la réforme du système scolaire.

Sans vouloir se prononcer sur l’état des négociations — « puisqu’un commentaire de ma part, dans un sens comme dans un autre, pourrait être très nuisible » —, le ministre Blais indique que l’enjeu de celles-ci porte en bonne partie sur la « réallocation intelligente de nos ressources limitées ».

« Ainsi, il y a des choses qu’on ne devrait peut-être plus faire, ce qui libérerait une marge de manoeuvre qu’on pourrait investir dans autre chose de plus intéressant. Et là, les syndicats sont d’accord avec nous. »

Un autre enjeu des négociations est l’intention du gouvernement d’augmenter de façon significative le nombre d’élèves dans chaque classe. « Bien des gens pensent que ça va se faire, mais c’est plutôt un objet de négociation », précise-t-il.

Il explique qu’à la base de cette demande il y a le fait que, dans un monde où il faut faire des choix, il est peut-être plus judicieux, par exemple, de diminuer le nombre d’élèves par classe au primaire et dans les milieux défavorisés pour l’augmenter ailleurs. « C’est notre vision des choses, dit-il : faire mieux avec les ressources disponibles. Voilà ce qui est sur la table, alors que, pour le moment, il n’y a pas d’augmentation du nombre d’élèves par classe. »

Décentralisation vers les écoles

François Blais déposera sous peu un projet de loi sur la « réforme de la gestion des effectifs et des ressources » du système scolaire. « Je ne puis donner trop d’indications précises, puisque ça me poserait problème, dit-il, mais l’un des enjeux d’aujourd’hui, c’est la décentralisation des pouvoirs vers les écoles. »

Jusqu’à quel point et comment se fera cette décentralisation, voilà ce que se demande le ministre lui-même. « Je suis certain qu’il y aura des débats à ce sujet, mais disons qu’il y a actuellement des commissions scolaires qui décentralisent et d’autres qui décentralisent beaucoup moins, et notre projet de loi va clarifier tout cela. »

Le ministre indique même qu’« il y aura encore des commissions scolaires — ou une entité régionale —, mais les parents auront un rôle important à jouer, un rôle qu’ils n’ont pas en ce moment… ».

Dans la foulée, il réitère que le gouvernement mettra fin aux élections scolaires et annonce qu’on aura « une autre forme de démocratie scolaire, mais je ne vous donnerai pas plus de détails, disons pour aujourd’hui que, ce qui importe pour nous, c’est de corriger une erreur historique qui remonte loin dans le temps », c’est-à-dire la façon de désigner les commissaires d’école.

« Dans le projet de loi que l’on déposera, nous voulons réorganiser le réseau, le simplifier administrativement, ce qui pourrait nous donner un peu d’air qu’on pourra ensuite réinjecter dans le réseau, poursuit-il. On peut encore trouver des façons de simplifier le réseau et d’augmenter les sommes allouées aux services. »

Des efforts partagés par tous

À la suite des compressions imposées par le gouvernement, certaines commissions scolaires se voient contraintes de réduire considérablement les services offerts aux élèves. François Blais rappelle que son ministère n’offre pas de services directs, mais que ce sont les commissions scolaires qui font ces choix. « Et ce que je leur demande, poursuit-il, c’est de faire les meilleurs choix puisqu’on sait que certaines commissions réussissent à faire aussi bien avec des ressources moindres. »

« Clairement, en ce moment, il y a des commissions scolaires qui réussissent bien malgré les efforts qu’on leur demande, insiste-t-il, alors que d’autres ont beaucoup de difficulté à y arriver… »

À ce sujet, il mentionne la Commission scolaire de Montréal (CSDM). « On ne peut pas comprendre qu’elle ne soit pas en mesure de faire de gains », lance-t-il. Cela s’expliquerait, selon lui « parce que la CSDM est embourbée dans une bureaucratie… Il y a là des enjeux de gestion et de déploiement des ressources », estime-t-il.

Quant aux écoles privées, le ministre rappelle que le gouvernement leur a demandé de faire le même effort, « toutes proportions gardées », que les écoles publiques. « Il n’y aura pas de changement dans le financement des écoles privées, ajoute-t-il, mais on veut qu’elles fassent aussi un effort, et elles le font. »

Quant à la possibilité d’éliminer tout financement de ces écoles, au profit du secteur public, la réponse de François Blais est sans détour : « Si on faisait ça, on se retrouverait avec une clientèle importante qui devrait être absorbée par les écoles publiques. » Autrement dit : nombre d’écoles privées fermeraient leurs portes, et leurs élèves devraient intégrer le public. « Mais on n’a pas l’argent pour accueillir cette clientèle-là, financée en partie par les parents, indique le ministre de l’Éducation. D’un simple point de vue financier, nous n’en avons tout simplement pas les moyens ! », tranche-t-il.

Un réseau complexe

François Blais n’est ministre de l’Éducation que depuis février dernier. Il a été propulsé à ce poste dans des circonstances « pas faciles », rappelle-t-il : « C’est allé très rapidement, mais je suis très heureux d’être ici », dit-il avec enthousiasme.

Il admet néanmoins avoir sous-estimé la complexité du réseau. Au départ, il connaissait bien le monde universitaire pour avoir été doyen de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval. « Et je connaissais aussi le monde scolaire comme parent, dit-il. Mais vraiment, j’avais sous-estimé la complexité de la relation qu’entretient le Ministère avec son réseau. Certains pensent que c’est une relation de subordination, que le ministre ordonne au réseau de faire ceci ou cela, mais ce n’est pas du tout comme cela que ça fonctionne ! Il y a beaucoup de subtilités dans cette relation, ce que je suis en train de découvrir. »

De même, il rappelle que les années 2000 ont été une période favorable au développement du réseau. « On a alors plus que doublé le nombre de professionnels en appui à la réussite scolaire, dit-il. Mais aujourd’hui, on est dans un cycle plus difficile et j’espère, comme tous les Québécois, qu’on va se sortir de ce cycle. Je le reconnais : nous imposons des compressions qui ne sont pas négligeables. »