Quand les factures s’additionnent

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Les coûts liés à la rentrée scolaire incluent les frais reliés au matériel scolaire que la loi permet de facturer aux parents ; cela comprend notamment les documents dans lesquels les élèves écrivent, dessinent ou découpent, explique la directrice générale de la Fédération des comités de parents du Québec, Lyne Deschamps.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les coûts liés à la rentrée scolaire incluent les frais reliés au matériel scolaire que la loi permet de facturer aux parents ; cela comprend notamment les documents dans lesquels les élèves écrivent, dessinent ou découpent, explique la directrice générale de la Fédération des comités de parents du Québec, Lyne Deschamps.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Chaque automne, la rentrée scolaire engendre un lot de dépenses diverses pour les familles québécoises. Si grâce à la Loi sur l’instruction publique, celles-ci s’avèrent somme toute limitées, cette année, la facture s’annonce plus élevée que prévu pour nombre de parents, principalement en raison des compressions budgétaires en éducation.

« Oui, c’est vrai qu’il y aura une augmentation pour beaucoup de parents cette année, confirme d’emblée Mme Lyne Deschamps, directrice générale de la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ). Mais quand on analyse les coûts liés à la rentrée scolaire, il faut répartir la facture totale en trois éléments. Il y a d’abord les frais reliés au matériel scolaire que la loi permet de facturer aux parents ; cela comprend notamment les documents dans lesquels les élèves écrivent, dessinent ou découpent. Ensuite, il y a les frais qui concernent les effets scolaires et les vêtements. Finalement, il y a ceux qui ont trait aux services de garde en milieu scolaire. Et cette année, ce sont ces frais-là qui risquent de faire le plus mal aux familles. »

Car dès la rentrée, les parents devront débourser 8 $ par enfant pour les services de garde en milieu scolaire et, en janvier 2016, ces frais devraient passer à 8,15 $. L’an dernier, il en coûtait 7,30 $ pour faire de même alors que, l’année précédente, le tarif était de 7 $ par enfant, et ce, depuis 2004.

N’ayant pas les moyens d’assumer de telles hausses, plusieurs familles ont décidé de s’organiser autrement. C’est notamment le cas de Nathalie, mère de trois enfants, dont des jumelles qui sont inscrites en sixième année du primaire. Jusqu’au printemps dernier, ces dernières fréquentaient le service de garde de leur école.

« Elles y allaient le midi et le soir après l’école jusqu’à ce que je finisse de travailler, signale Nathalie. Une des raisons pour lesquelles mon conjoint et moi avons décidé d’arrêter de les y envoyer, c’est l’augmentation des frais. Maintenant, les filles rentrent à pied à la maison après l’école et, le midi, elles dînent dans le gymnase de l’école. Il y a des frais d’un peu plus de 2 $, mais c’est beaucoup moins cher que le service de garde. Par contre, ça m’embête de les laisser rentrer seules. Elles n’ont pas le droit au service d’autobus alors elles doivent marcher plus de 1,2 kilomètre après l’école. Disons que j’aurais préféré pouvoir faire autrement. »

Du côté de la FCPQ, on craint qu’en raison des hausses de tarifs ce genre de situation ne devienne la norme. « Un des éléments qui ont justifié la mise en place de services de garde en milieu scolaire, c’est le fait qu’on voulait éviter que de jeunes enfants soient laissés à eux-mêmes après les classes, chose qu’on voyait beaucoup à une certaine époque. On ne veut pas revenir à ça », relève Mme Deschamps.

Confrontée au même problème que Nathalie, mais avec trois enfants beaucoup trop jeunes pour rester seuls à la maison, Sylvia s’est démenée pour trouver une solution. Heureusement pour elle et sa famille, leur quartier n’était pas dépourvu de ressources.

« Mon conjoint et moi avons décidé d’inscrire nos enfants à un programme communautaire offert à Verdun. Ça coûte 70 $ par enfant tous les mois. Après l’école, ils vont prendre l’autobus et se rendre au centre communautaire où ils vont jouer avec les autres enfants. Ça va couper la facture de moitié ! »

Mais pour Sylvia et bien d’autres parents d’enfants d’âge scolaire, ce sont les journées pédagogiques qui seront les plus problématiques cette année. Car en raison des compressions au financement des journées pédagogiques apportées en mai par le gouvernement du Québec, les jours de congé, la facture risque de doubler dans nombre de services de garde en milieu scolaire.

« Le gouvernement a annoncé qu’il accorderait un crédit d’impôt aux parents pour qu’ils puissent éponger cette augmentation. Ça, c’est ce qu’on appelle une fausse bonne nouvelle ! Pourquoi ? Parce que, demain matin, les parents devront quand même trouver de l’argent supplémentaire pour payer. Ce n’est qu’un an plus tard qu’une part de la facture leur sera remboursée. Or, beaucoup de parents n’ont tout simplement pas les moyens de décaisser autant d’argent d’un seul coup et d’attendre un an avant de recevoir une compensation », s’exclame Mme Deschamps.

 

Le coût du matériel

Comme c’est le cas lors de chaque rentrée, les coûts liés aux inévitables achats de matériel scolaire s’ajouteront aux frais de garde. Or, si cette année, certains parents devront probablement dépenser plus qu’ils ne l’auraient espéré pour se procurer des cahiers d’exercices ou des documents polycopiés, ce n’est sûrement pas le coût du matériel scolaire exigé par les écoles de la province qui fera le plus gonfler la facture de la rentrée.

« Il y a quelques années, les frais d’achats de matériel scolaire étaient souvent démesurés et à peu près n’importe quoi était compris dans la facture que refilaient les écoles aux parents, relève Mme Deschamps. De la sensibilisation a été faite auprès des conseils d’établissement et, aujourd’hui, mis à part quelques exceptions qu’on déplore, la facture est souvent raisonnable. »

C’est d’ailleurs ce que croit Jérémie, père de deux jeunes filles fréquentant l’école publique. Pour sa plus jeune, qui est au primaire, il devra débourser 50 $ cette année alors que, pour son aînée, qui est inscrite au secondaire dans un volet particulier (cheerleading), il lui en coûtera 182,25 $. « Je trouve que c’est raisonnable, confie le père de famille. Pour les deux filles, il y a une légère augmentation par rapport à l’année passée, mais elle est minime. »

Même son de cloche du côté de Nathalie, dont les filles sont inscrites en anglais intensif à l’École primaire au Pied-de-la-Montagne et dont le fils fréquente le programme d’éducation internationale de l’école secondaire Jeanne-Mance.

« C’est le programme de mon garçon qui coûte le plus cher, avance-t-elle. Cette année, la facture s’élèvera à un peu plus de 250 $. C’est à peu près 25 $ de plus que l’an dernier. Pour mes filles, les frais ne sont pas très importants. En cinquième et sixième années, elles ont les mêmes professeurs alors on ne nous demande presque pas de nouveau matériel. Mais à trois enfants, ça monte quand même vite ! »

D’autant plus qu’à ces frais s’additionnent les dépenses liées aux achats d’effets scolaires. Ainsi, d’après une étude réalisée par Ernst Young, celles-ci devraient augmenter de façon globale d’un peu moins de 4 % cette année au Québec. L’inflation et la faiblesse du dollar canadien expliqueraient cette hausse.

Mais d’après les parents interrogés sur la question, cette augmentation est difficilement mesurable, car les exigences des établissements d’enseignement tendent à fluctuer au gré de la scolarité des jeunes.

Pour Sylvia par exemple, dont deux des enfants fréquentent une école primaire à vocation internationale à LaSalle, le total des frais liés à l’achat de fournitures scolaires s’élèvera à près de 145 $. « C’est l’école qui se charge des achats et nous, on les rembourse, explique-t-elle. C’est plus cher pour ma fille qui est à la maternelle que pour mon fils qui est en deuxième année. Elle a plus de matériel à acheter ! Quand je compare les coûts pour mon fils, il y a eu une petite augmentation depuis l’an dernier, mais elle est d’à peine 5 $. »

De son côté, Jérémie souligne que, depuis que son aînée est passée au secondaire, les frais liés aux achats de fournitures scolaires ont un peu diminué pour sa famille. « Il n’y avait pas beaucoup de demandes de la part de l’école et on a pu réutiliser plein de choses qu’on avait déjà à la maison. »

Il signale également que l’école primaire que fréquente sa cadette a modifié ses exigences au cours des derniers mois, ce qui a permis à la famille d’économiser quelques dollars. « Avant, on nous demandait tout le temps des articles de marques précises. Les filles devaient avoir des crayons Prismacolor, de la colle Pritt et des effaces Staedtler. Maintenant, on nous demande d’acheter des surligneurs de type Hi-Liter, mais on peut choisir la marque. Ça aide à réduire les dépenses, mais les économies ne sont pas énormes. »

Parents mécontents

Bien que cette année, les hausses de tarifs concernent surtout les services de garde, il reste que la facture scolaire globale de bon nombre de familles dont les enfants fréquentent l’école publique s’élève à plusieurs centaines de dollars. Aussi, d’après la directrice générale de la FCPQ, le mécontentement des parents, qui se demandent ce qu’il est advenu de la gratuité scolaire, se fait-il de plus en plus sentir.

« Ça fait 30 ans que je travaille en éducation, et c’est la première fois que je vois émerger autant de groupes de parents qui en ont assez de voir leur facture augmenter année après année. Ils sont tannés de ne plus avoir de services alors que l’éducation est censée être une priorité. Il faut les comprendre. C’est quand même l’avenir de notre société qu’on joue, non ? »

Une école à deux vitesses

La nouvelle est tombée il y a quelques jours ; les commissions scolaires subissent de nouvelles réductions budgétaires et, cette fois, elles touchent les journées pédagogiques, qui viennent de voir leur financement réduit de 50 %.

Dorénavant, les parents devront donc débourser 16 $ au lieu des 8 $ de base pour faire garder leurs enfants lors de ces journées. Quand à ce montant on ajoute les frais pour les activités spéciales, ce sont des journées qui coûtent cher : « On est déçus de cette annonce. On a un système d’éducation qui est gratuit, alors doubler les frais de garde revient à établir une école à deux vitesses. Il faut être prudent dans ce qu’on est en train d’établir », prévient Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec.

Depuis cette annonce, le gouvernement a réagi en accordant un crédit d’impôt aux parents. Est-ce une mesure acceptable pour Corinne Payne ? : « En tant que parent, un crédit d’impôt dix mois plus tard, ça ne m’aide pas quand il faut que je fasse manger mes enfants cette semaine. Dans le fond, on avance de l’argent au gouvernement alors que ça devrait plutôt être l’inverse. »