Les profs de l'UdeM en marche vers la grève

Pour obtenir les hausses salariales qu'ils revendiquent, les professeurs de l'Université de Montréal se prononceront demain sur la tenue possible de quatre jours de grève destinés à convaincre l'employeur de verser 15 % d'augmentation en trois ans.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, le Syndicat général des professeurs et professeures de l'Université de Montréal (SGPUM) tiendra demain midi une assemblée générale spéciale dont l'ordre du jour prévoit un vote de grève, plus précisément de quatre journées d'étude. Les négociations entourant la prochaine convention collective, entreprises au début de septembre dernier, ont permis la signature d'une entente de principe sur plusieurs points, mais une zone de conflit subsiste sur les hausses salariales.

«Sur le reste, on s'entend, mais la question des salaires achoppe», a expliqué hier Louis Dumont, président du SGPUM. Pour une convention qui devrait prendre fin en 2006, les professeurs revendiquent 5 % d'augmentation par année pour trois ans, tandis que l'université propose 3 % par année. «Ça couvre à peine l'augmentation de l'indice des prix à la consommation et nous sommes une des universités les plus performantes au Canada», fait remarquer M. Dumont.

Pour affûter ses armes, le syndicat invoque en effet la place de choix qu'occupe l'Université de Montréal au sein du G10 — le Groupe des dix, les dix plus grandes universités de recherche au Canada, dont fait partie l'UdeM, aux côtés de McGill et Laval —, pointant au passage l'écart salarial entre ces universités, à la défaveur de l'UdeM.

La direction repousse cette évaluation, évaluant que «des populations comparables» n'y sont pas examinées et que les professeurs ne tiennent pas compte des restrictions budgétaires de l'université. «L'enveloppe salariale n'est pas élastique et nous sommes à la merci du financement que le gouvernement nous verse», affirme Bernard Motulsky, directeur des communications à l'UdeM.

Les professeurs prétendent qu'il y a un manque d'environ 7 % pour rattraper la moyenne canadienne de rémunération des professeurs, et d'environ 15 % pour parvenir au haut de la liste. La direction a fourni son propre calcul, en tenant compte de variables telles que le coût de la vie propre à chaque ville canadienne, et juge que l'écart entre la rémunération à l'UdeM et celle dans les autres grandes universités canadiennes est d'environ 1000 $.

La masse salariale totale octroyée aux 1000 professeurs que compte le SGPUM s'est élevée à plus de 101 millions de dollars en 2003, un bond de 30 % par rapport à 2000. Le syndicat estime que 5 % de cette enveloppe sont désormais versés aux nouveaux embauchés sous la forme de primes d'embauche, ce qu'il perçoit comme un irritant. La direction, qui affirme que le salaire moyen d'un prof de l'UdeM s'établissait à 83 636 $ par année en 2001, n'a pas été en mesure de confirmer ces données hier.

Le souvenir de la grève des employés de soutien de l'UdeM, au printemps 2003, est encore vif à la mémoire des deux parties; la grève avait alors grandement perturbé les activités de l'établissement pendant les deux mois fermes qu'elle a duré. «La grève, c'est bien la dernière chose qu'on souhaite», a expliqué hier Bernard Motulsky, directeur des communications à l'UdeM. «Personne chez nous n'a le sourire aux lèvres en demandant cela», affirme de son côté Louis Dumont. «Il n'y a personne qui veut vivre une nouvelle grève, nous les premiers.»

Mais après avoir tenté de trouver un terrain d'entente avec un conciliateur désigné par le ministère du Travail, le syndicat affirme «ne plus avoir d'autre choix» pour tenter d'atteindre la direction. Une dernière rencontre tenue au début de la semaine a confirmé l'absence de compromis sur les questions d'ordre monétaire.

D'autres points ont toutefois fait l'objet d'une entente de principe, comme la création d'un comité paritaire qui traitera les plaintes des professeurs concernant la charge de travail, en plus d'un autre groupe destiné à évaluer l'ensemble des composantes de la tâche professorale.

Un professeur nouvellement engagé sans permanence jouira aussi d'une charge de cours allégée, de 50 % la première année et de 75 % la deuxième. Les chercheurs auront accès aux mêmes congés sabbatiques que leurs collègues professeurs, et la propriété intellectuelle fera l'objet d'un nouveau chapitre de la convention collective.

Outre une augmentation de salaire de 3 % par année pour trois ans, la direction a aussi proposé dans ses offres monétaires une augmentation de l'allocation annuelle de dépenses, non imposable — 1200 $ à terme, en 2005-2006. Ces propositions ont été rejetées.

Si les professeurs devaient faire usage des quatre journées d'étude, elles pourraient servir à un moment indéterminé à informer les «collègues, en un lieu précis, sur les différentes rémunérations des professeurs dans les universités canadiennes, et l'octroi des primes», explique Louis Dumont.