Des cours d’anglais à la maternelle créent la controverse

Photo: Dejan Ristovski Getty images

Une commission scolaire francophone de l’Est ontarien crée la controverse en introduisant des cours d’anglais dès la maternelle dans certaines de ses écoles à partir de septembre. Une mesure qui vise à stopper l’exode de jeunes Franco-Ontariens vers les établissements de langue anglaise dans cette région située aux portes du Québec.

Alors qu’ailleurs dans le système scolaire franco-ontarien, c’est à partir de la 4e année du primaire que s’enseigne l’anglais, le Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO), à Hawkesbury, passe à l’offensive pour convaincre les familles francophones tentées par les écoles anglophones de leur patelin d’opter pour l’école de la minorité.

« Les parents veulent assurer une excellente maîtrise de l’anglais à leurs enfants. On répond à ce besoin », se défend France Lamarche, du CSDCEO. Dans cette région où la majorité de la population est francophone, près du tiers des élèves d’écoles de langue anglaise seraient Franco-Ontariens, selon elle.

Si la mesure reçoit l’appui de la ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario, Madeleine Meilleur, elle suscite l’inquiétude dans le milieu universitaire et celui de la défense du fait français. De nombreuses études démontrent que l’apprentissage de deux langues à un aussi jeune âge peut affecter la maîtrise de celles-ci, notamment quant à la solidité des connaissances langagières, note Nathalie Bélanger, titulaire de la Chaire de recherche en éducation et francophonie de l’Université d’Ottawa. L’omniprésence de l’anglais, dans la culture et la vie de tous les jours, fait en sorte qu’à l’heure actuelle, rares sont les diplômés des écoles franco-ontariennes à ne pas maîtriser l’anglais parfaitement à la fin du secondaire. On ne peut dire de même en ce qui a trait au français.

Cette décision envoie un message « contradictoire » aux parents, explique la chercheuse. « On n’arrête pas de leur dire qu’on veut travailler la construction de l’identité franco-ontarienne chez les élèves, la vitalité de la langue française. On a souvent fait une fixation sur l’utilisation du français à la maison en répétant jusqu’à plus soif aux parents de parler le français à la maison pour éviter l’assimilation. Et là, tout à coup, c’est un message contradictoire. »

« On voit poindre à l’horizon une logique de marché scolaire, où finalement, l’école devient un bien que l’on consomme et les parents deviennent des consommateurs. C’est toute la notion d’éducation comme bien public qui en prend pour son rhume »,dit-elle. Selon ce principe, l’école ne chercherait plus à former des citoyens épanouis, mais bien de futurs travailleurs.

Président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Denis Vaillancourt estime que le CSDCEO se trouve dans une position délicate. « On s’inquiète de la perte d’élèves au profit de l’école anglaise. S’ils font ce choix, tout leur parcours scolaire, leur vie, se fera en anglais. Nous croyons que proposer quelques minutes d’anglais par jour à partir de la maternelle ne changera pas la mission de l’école de langue française », jugeant que cette mesure ne devrait pas s’appliquer aux autres régions de la province, où les francophones sont moins nombreux.

Ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario, Madeleine Meilleur persiste. « Apprendre l’anglais, ce n’est pas risquer sa propre langue. C’est l’ouverture sur le monde. On est en 2015 », a-t-elle déclaré lors d’une allocution donnée à l’Université d’été sur la francophonie des Amériques, qui a lieu jusqu’à vendredi à l’Université d’Ottawa.

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