Le Jardin botanique pourrait perdre sa pépinière d’horticulteurs

Le ministère de l’Éducation justifie sa décision d’abolir le programme d’études Spécialités en horticulture en affirmant que «les objectifs atteints dans les modules [de cette attestation de spécialisation professionnelle] sont couverts par le programme d’études préalable Horticulture et jardinerie».
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le ministère de l’Éducation justifie sa décision d’abolir le programme d’études Spécialités en horticulture en affirmant que «les objectifs atteints dans les modules [de cette attestation de spécialisation professionnelle] sont couverts par le programme d’études préalable Horticulture et jardinerie».

Les enseignants et étudiants de l’École des métiers de l’horticulture de Montréal dénoncent la décision du ministère de l’Éducation d’abolir le programme d’études Spécialités en horticulture.

Cette attestation de spécialisation professionnelle (ASP) permet, depuis sa création dans les années 80, aux futurs horticulteurs de parfaire leur formation en milieu urbain. Il est d’ailleurs un des cursus prisés par le Jardin botanique lors de l’embauche de nouveaux horticulteurs.

« Ce programme de 400 heures est monté en collaboration avec le Jardin, souligne Patrice Bouchard, qui enseigne à l’École depuis six ans. Les étudiants reçoivent même un diplôme décerné conjointement par la Commission scolaire de Montréal [CSDM] et l’institution horticole. »

Bon nombre des cours répondent donc à des besoins spécifiques de l’Espace pour la vie, comme celui sur les bonzaïs. « Le Jardin possède une des plus grandes collections de bonzaïs au monde, insiste M. Bouchard. C’est dans cette optique que l’École offre un cours [unique au Québec] qui leur est entièrement consacré. »

C’est donc avec beaucoup de surprise que le conseil d’établissement a appris en décembre dernier que l’ASP numéro 5043 ne serait plus dispensée à compter de l’automne 2016. Il aura toutefois fallu attendre jusqu’à la semaine dernière pour que la nouvelle soit transmise aux étudiants.

« Plusieurs d’entre eux sont encore sous le choc, soutient Patrice Bouchard, lui-même encore un peu abasourdi par la nouvelle. Personne ne comprend pourquoi le programme doit disparaître. Il fonctionne très bien et a un taux de placement de près de 100 %. Nous avons même de la difficulté à combler la demande, les étudiants devant souvent être sur une liste d’attente avant de pouvoir suivre les cours. »

 

Incompréhension

Dans une lettre transmise au directeur général suspendu de la CSDM, Gilles Petitclerc, et dont Le Devoir a obtenu copie, le ministère justifie sa décision en affirmant que « les objectifs atteints dans les modules [de l’ASP] sont couverts par le programme d’études préalable Horticulture et jardinerie (DEP 5288) ».

Or, selon Francis Leroux, qui vient tout juste de terminer son ASP, c’est bien mal connaître le contenu de la formation spécialisée. « Ces cours n’ont rien à voir avec ceux que j’ai suivis durant le DEP, insiste-t-il. Soit ils vont plus loin, soit ils abordent carrément de nouveaux aspects de notre travail. »

De l’avis de Patrice Bouchard, c’est plutôt le caractère « très local » du programme qui est remis en question par le ministère. « Peut-être qu’ils ne se rendent pas compte de [son] importance, admet-il. Mais juste pour vous dire, à l’heure actuelle, la majorité des horticulteurs du Jardin botanique ont suivi l’ASP. Nous sommes leur pépinière ! »

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