François Blais veut clore le débat

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, François Blais, a cherché jeudi à clore le débat sur l’octroi d’un droit de grève aux étudiants. « Nous ne croyons pas à ce droit. Il n’existe nulle part au monde. Nous n’allons pas légiférer en la matière », a-t-il affirmé, sans appel.

 

« [Toute] proposition de légiférer pour reconnaître cette chose étrange qu’une association étudiante pourrait à partir d’un processus juridique reconnu empêcher certains de ses membres d’étudier [se heurtera à son refus] », a insisté M. Blais, plus de trois semaines après avoir vu l’UQAM « assiégée ».

Le gouvernement libéral ne cautionnera jamais un « dérapage démocratique » consistant à permettre à « un certain groupe [d’étudiants] d’empêcher les autres d’étudier », a poursuivi le farouche défenseur du droit à l’éducation. « Les grands perdants des conflits de 2012 [et ceux] du passé, c’est toujours les étudiants les plus faibles, ceux qui ont plus de difficulté, ceux qui ont besoin de tous leurs cours », a-t-il souligné.

Subir les conséquences

Les tenants de l’octroi d’un droit de grève aux étudiants se butent à de « nombreuses apories », selon lui. Les discussions devant mener à la reconnaissance officielle d’un droit de grève des étudiants achopperaient immanquablement sur « les droits et les obligations » des étudiants d’une part, et ceux des cégeps, des universités et de l’État d’autre part, est d’avis M. Blais. « Un panier de crabes. »

« Si jamais on reconnaissait le droit de grève dans le sens où vous l’entendez, vous êtes conscients, j’espère, que les contribuables ne paieront pas pour les récupérations. Vous êtes conscients qu’on ne financera plus l’université pendant la période où il y a grève. Vous êtes conscients qu’on ne va pas donner les prêts et bourses pendant cette période-là, quand même. Il faut qu’il y ait des conséquences comme dans le cas des travailleurs », a-t-il soutenu lors de l’étude des crédits du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

La porte-parole de l’opposition officielle en matière d’enseignement supérieur, Véronique Hivon, a reproché au nouveau ministre de déroger à la tradition voulant qu’« il y [ait] une reconnaissance tacite, de facto, de l’existence de la légitimité de ce droit de grève-là ». Le gouvernement Charest « reconnaissait la légitimité du mouvement étudiant » puisqu’il a « négocié » avec ses leaders lors des conflits de 2005 et de 2012, a-t-elle rappelé.

« C’est la première fois qu’on est face à un ministre, par extension à un gouvernement, qui nie carrément l’existence de ces fondements de la démocratie étudiante. […] Pourquoi ce changement-là après 50 ans de reconnaissance ? » a demandé Mme Hivon en commission parlementaire.

« J’aurais le goût de répondre : on ne peut pas empêcher le progrès social », a répondu du tac au tac M. Blais qui a profité de « [sa] première grève » en 1979 pour « apprendre à jouer de la guitare ».

Aux yeux de Mme Hivon, la reconnaissance du droit de grève « viendrait faciliter la vie de tout le monde ».

La députée de Joliette a aussi tenté de savoir jeudi si le ministre entendait réviser la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants, mais en vain. François Blais a esquivé sa question, disant plutôt partager la conception d’une « vie associative pleine et entière » du Rapport Parent. D’ailleurs, il a invité les étudiants à investir le conseil d’administration — ainsi que les conseils, comités, groupes et cie — de leur établissement d’enseignement. « Cette conception de la démocratie étudiante, j’y adhère complètement », a-t-il affirmé.

Le porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’éducation, d’enseignement supérieur et de recherche, Jean-François Roberge, a quant à lui demandé au ministre de préciser ce qu’il « entend faire pour garantir le droit à l’éducation » des étudiants à l’automne prochain. « Ça va arriver [— une nouvelle mobilisation —] l’automne prochain parce que la colère […] ne s’est pas envolée », a-t-il fait valoir. Le député caquiste a dit comprendre la « colère de nombreux étudiants » face aux coupes fragilisant leur collège ou leur université. « Ils ont raison d’être cyniques », a-t-il soutenu, tout en leur reconnaissant « le droit de protester, de s’exprimer, de faire des pétitions, de faire des marches [et] de sécher ses cours ». « Ce n’est peut-être pas la plus sage des décisions, mais on a le droit de faire ça. Je ne pense pas par contre qu’on a le droit d’empêcher des gens de circuler, d’étudier, d’avoir accès à leurs cours », a dit l’ancien membre de l’exécutif de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

Nous ne croyons pas à ce droit. Il n’existe nulle part au monde. Nous n’allons pas légiférer en la matière.

9 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 mai 2015 03 h 56

    … personne ???

    « C’est la première fois qu’on est face à un (… .) Pourquoi ce changement-là après 50 ans de reconnaissance ? » (Monique Hivon, députée, PQ)

    Pourquoi ?

    Sans boutade, mais drôle à caricaturer, cette idée-réponse :

    C’est parce que …

    … une fois qu’il a appris à gratter une guitare pendant qu’il se trouvait en grève, et le sachant depuis 1979, ce ministre, de retour en scène, semble estimer et faire comprendre qu’il demeure désormais possible d’enseigner et d’acquérir la « musique » sans aller au front ni perturber l’environnement de …

    … personne ??? - 1 mai 2015 -

  • David Sanschagrin - Abonné 1 mai 2015 04 h 41

    Démocratie universitaire

    Je suis d'accord avec le ministre François Blais pour dire qu'il est impératif pour les étudiant(e)s de siéger sur toutes les instances de leur université. Cependant, au sein de l'université (peu importe laquelle) règne un rectorat qui, s'appuyant sur un conseil d'administartion qu'il contrôle, ne fait face à aucun contrepouvoir institutionnel et qui prend seul les décisions qui comptent et affectent l'ensemble d'une communauté universitaire. Au déficit démocratique que monsieur Blais perçoit au sein du mouvement étudiant, je lui opposerais le déficit démocratique au sein de l'université. Donc, dans les faits, la véritable "opposition officielle" du rectorat provient des syndicats d'étudiant(e)s, de chargé(e)s de cours et de professeur(e)s.

  • Dominique Roy - Abonnée 1 mai 2015 06 h 52

    ... et de plus, je suis persuadé que ce triste gouvernement prend ces coupures à répétition pour de la créativité. L.B.

  • Gérard Raymond - Abonné 1 mai 2015 07 h 01

    Gare au voyage de pouvoir

    En 1789, le droit de détroner et de décapiter le roi n'existait pas : les citoyens se le sont donné.

    Ici, il nous faut attendre quatre ans pour détroner les petits rois... mais quand même !

  • Jean Lapointe - Abonné 1 mai 2015 07 h 33

    C'est vraiment de pire en pire.

    « J’aurais le goût de répondre : on ne peut pas empêcher le progrès social », a répondu du tac au tac M. Blais qui a profité de « [sa] première grève » en 1979 pour « apprendre à jouer de la guitare ».

    Ce que monsieur Blais dit considérer comme un progrès social serait pour d'autres une régression social.

    On voit donc où se loge monsieur Blais.

    Il aurait profité d' une grève en 1979 pour «apprendre à jouer de la guitare».

    Ce qui semble vouloir dire qu' il se fout complètement des problèmes des autres tant et aussi longtemps qu'il peut faire ce qu'il veut, lui. Et alors tant pis pour les autres.

    Belle morale de la part de quelqu'un qui occupe le poste de ministre l'Éducation!

    C'est vraiment de pire en pire.

    Est-ce que ça va durer encore longtemps ce culte du moi?


    Moi moi moi on dirait que c'est tout ce qui compte pour ce gouvernement.

    N' ont-ils donc plus aucune conscience sociale en plus de n'avoir aucune conscience nationale?