Les enfants «otages» d’un conflit politique

Parents et enfants s’étaient réunis dimanche sur le site de l’école pour réclamer un déblocage.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Parents et enfants s’étaient réunis dimanche sur le site de l’école pour réclamer un déblocage.

À huit jours de la date limite pour lancer l’appel d’offres qui permettrait de reconstruire l’école primaire montréalaise Saint-Gérard d’ici septembre 2016, la mairesse de l’arrondissement Villeray, Anie Samson, la conseillère Elsie Lefebvre et des parents d’élèves invitent le ministère de l’Éducation et la Commission scolaire de Montréal (CSDM) à « régler leur différend », qui « bloque » l’avancement du projet.

Les parents, qui attendent une nouvelle école depuis plus de trois ans, ont appris vendredi que le projet n’irait pas de l’avant comme prévu. Les coûts de reconstruction ont augmenté de quatre millions de dollars, et le ministère de l’Éducation refuse de débourser cette somme, ce qui met le projet en veilleuse.

La mairesse Samson estime que cette somme supplémentaire aurait dû être signifiée par la CSDM dès le départ. « Comment se fait-il qu’on constate ce manque à quelques jours de la date limite pour le dépôt de l’appel d’offres ? »

La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, explique ces dépassements de coûts par « des éléments patrimoniaux qu’ils n’avaient pas prévu conserver », « des contraintes du terrain puisqu’il est situé au-dessus du métro Crémazie, qui n’avaient pas été envisagées » et des éléments « verts » qui ont été ajoutés au projet.

« Nous ne demandons toutefois pas quatre millions de dollars de nulle part. Nous demandons au gouvernement d’aller puiser dans son fonds Réno-écoles », a précisé au Devoir la présidente.

Le ministre de l’Éducation, François Blais, a réitéré dimanche qu’il ne fournira pas les quatre millions de dollars supplémentaires demandés. Il demande à la CSDM de choisir un projet qui correspond au budget de 16 millions de dollars initialement prévu.

Mme Samson déplore que le ministère de l’Éducation ne coopère pas. « C’est un conflit politique entre la CSDM et le ministère de l’Éducation […] et ceux qui sont pris en otage là-dedans, ce sont les enfants », dénonce-t-elle.

Mme Harel Bourdon se dit prête à renoncer à certains éléments du projet pour en diminuer les coûts. Elle indique toutefois que pour revenir aux 16 millions de dollars prévus, il faudrait revoir tous les plans, ce qui amènerait des délais supplémentaires.

« La Ville n’est pas à blâmer »

Accusé d’avoir gonflé la facture de 16 à 20 millions, l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension affirme qu’il n’a rien à voir avec les éléments coûteux qui se trouvent dans le projet.

« Notre réglementation demande un toit blanc et la CSDM choisit de mettre un toit vert, indique Mme Samson. Nous n’avons pas non plus demandé qu’il y ait de la géothermie ni que le bâtiment soit certifié LEED. »

Elle ajoute que les seules demandes patrimoniales faites par l’arrondissement ont été deconserver le porche qui était placé devant la façade du bâtiment et de rappeler l’histoire du bâtiment à l’aide de photographies gravées sur des panneaux. « Ce ne sont pas nos demandes qui ont fait monter la facture », assure Mme Samson, qui tient à préciser que les éléments qui se trouvent à l’intérieur du bâtiment ne concernent pas la Ville.

La mairesse indique que l’arrondissement « a tout fait pour accélérer le processus décisionnel » nécessaire pour reconstruire l’école Saint-Gérard, en tenant des rencontres au préalable avec le comité du Patrimoine de Montréal et la Commission Jacques-Viger et en organisant des séances spéciales durant l’été. L’arrondissement a approuvé le projet et remis un permis de reconstruction l’année dernière. Si la CSDM révise son projet, il devra le réétudier.

L’école Saint-Gérard est fermée depuis janvier 2012 en raison d’une grave contamination aux moisissures. Pour compenser, des classes de primaire ont été aménagées à l’école secondaire Georges-Vanier.


 
4 commentaires
  • Carol Patch-Neveu - Inscrite 20 avril 2015 06 h 28

    Tergiversations.

    Et pendant ce temps, en effet, les enfants et le quartier attendent toujours fébrilement cette reconstruction. A-t-on besoin d'une telle tergiversation? Non! 20 millions, c'est beaucoup certes pour bâtir une école verte, mais puisque le gouvernement Couillard juge impératif de verser 34,2 millions pour la reconfiguration complète de l'esplanade de la Place-des-Arts dans le fameux Quartier des spectacles, ne peut-il pas consentir à un compromis avec la CSDM en octroyant un budget un tantinet plus généreux? Nos enfants sont-ils moins importants que les touristes?

    Carol Patch-Neveu.

    • Robert Beauchamp - Abonné 20 avril 2015 07 h 56

      Bravo!

  • Hélène Paulette - Abonnée 20 avril 2015 08 h 49

    Quel gâchis...

    Encore un fois,au lieu de faire front, on se divise en s'accusant mutuellement... On construit une école pour l'avenir mais on va rogner pour faire plaisir à de petits gestionnaires à courte vue... Combien d'argent va-t-on épargner au fil des ans avec la géothermie? Je vois déjà tous les avantages éducatifs du toit vert... On croit rêver quand on voit les parents qui, au lieu de se lever pour défendre un beau projet, sont prêts à le laisser ratatiner... Ce manque de vision est d'une tristesse...

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 avril 2015 11 h 28

      Vous mettez le doigt sur un des vices de la gestion budgétaire actuelle. Les épargnes potentielles et futures ne se feront sentir que dans les budgets de fonctionnement des prochaines années, alors que le coût de construction est tout entier couvert par le budget d'investissement de cette année-ci et ce, même si l'argent est emprunté.