184 professeurs se dissocient des positions du syndicat

Ce collectif dénonce les violences, mais signale surtout son désaccord avec les déclarations publiques de l’exécutif du syndicat qui, selon eux,<em> « appuient sans discernement les actions étudiantes »</em>. 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Ce collectif dénonce les violences, mais signale surtout son désaccord avec les déclarations publiques de l’exécutif du syndicat qui, selon eux, « appuient sans discernement les actions étudiantes »
Il n’y a pas que chez les étudiants que le front commun des dernières semaines s’effrite. Dans une lettre envoyée aux médias lundi matin, 184 professeurs de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) se dissocient publiquement des positions adoptées par leur syndicat au cours des derniers jours dans la foulée de la crise qui ébranle l’UQAM. 

«La contestation étudiante, qui vise des objectifs louables de défense du système d’éducation universitaire au Québec, s’est transformée en une réelle crise institutionnelle qui affaiblit et fait mal à l’UQAM», écrivent les 184 professeurs, parmi lesquels figure notamment l’ex-premier ministre du Québec et ex-leader étudiant Bernard Landry. 

Ce collectif dénonce les violences, mais signale surtout son désaccord avec les déclarations publiques de l’exécutif du Syndicat des Professeurs de l’UQAM (SPUQ) et de sa présidente, Michèle Nevert, qui, selon eux, « appuient sans discernement les actions étudiantes ». 

Mme Nevert et d’autres professeurs s’étaient interposés entre manifestants et policiers, mercredi après-midi, pour empêcher «tout dérapage». Des membres de l’exécutif du syndicat avaient ensuite rencontré le recteur et d’autres membres de la haute direction pour dénoncer la venue des policiers, notamment.

« Ces interventions font énormément de tort à l’UQAM et contribuent à amplifier le niveau de crise institutionnelle. Nous ne nous reconnaissons pas dans ces positions, apparemment prises au nom de tous les professeurs », écrivent-ils.

«Nous saluons cependant l'appel au calme du syndicat lors d'un point de presse vendredi après-midi, venu tardivement à notre avis», est-il aussi écrit.

Lise Bissonnette soutient le recteur

Cette sortie publique survient alors que la présidente du conseil d’administration de l’UQAM, Lise Bissonnette, offrait lundi son soutien indéfectible au recteur Robert Proulx dans sa gestion du conflit étudiant.

Mme Bissonnette a envoyé une longue lettre à l’ensemble du personnel de l’UQAM lundi matin. Elle se dit pleinement en accord avec la décision de recourir aux expulsions et à une injonction, qui a été renouvelée jusqu’au 31 juillet pour que les étudiants puissent accéder aux campus et suivre leurs cours.

Mme Bissonnette dénonce « l’irruption dans une partie du campus de bandes organisées, substituant le hurlement à la parole, décrétant que l’enseignement, donc le libre cours des idées, y était hors d’ordre ».

Ironiquement, cette lettre a été envoyée alors qu’au pavillon J.-A.-DeSève se déroulait une nouvelle manifestation, regroupant une cinquantaine d’étudiants, moins d’une semaine après le saccage de l’édifice par des protestataires.

Cette fois-ci, les manifestants présents ont causé tout un vacarme et tenté de forcer la levée de différents cours au sein du bâtiment. Certains professeurs ont annulé les classes et examens prévus en raison du bruit, d’autres non. Les salles de cours étaient gardées par de nombreux gardiens de sécurité de l’établissement, mais la police n’est pas intervenue.

Dans sa lettre, Mme Bissonnette s’étonne de la sortie d’un collectif de professeurs, chargés de cours et étudiants, qui ont réclamé la semaine dernière la démission du recteur Proulx. « Il était surréel, au soir et au lendemain du saccage survenu le 8 avril, d’entendre des personnes qui n’avaient aucun mandat réclamer formellement sa démission parce que sa réponse au grabuge aurait dû, à leur avis, être une amnistie sans égard aux cadres convenus de la vie à l’UQAM », écrit-elle.

Mme Bissonnette ne souscrit pas à l’idée que l’UQAM est un soi-disant sanctuaire inviolable où les policiers ne devraient pas intervenir.

« L’intervention d’un corps de police dans nos murs a été décrite et décriée comme une atteinte au caractère distinct de cet espace, on a invoqué la traditionnelle équivalence entre l’université et un sanctuaire, refuge dont le seuil aurait été violé. Devant une telle assertion, mon étonnement est absolu », écrit-elle.

« Si sanctuaire il y a à l’université, c’est celui de la pensée », ajoute l’ex-directrice du Devoir, qui n’a rien perdu de sa plume.

Mme Bissonnette salue au passage « l’extrême patience » du recteur Proulx, dont elle a suivi les actions « au jour le jour ».

Le vandalisme et l’intimidation « n’en sont pas à leur première saison entre certains de nos murs », rappelle-t-elle. « Pour peu aimables qu’elles soient, les procédures disciplinaires, l’injonction demandée et obtenue étaient non seulement conformes au droit mais courageuses. »