L’UQAM choisit la ligne dure

En soirée, des étudiants de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM ont tenu une veillée aux chandelles pour montrer leur désaccord quant au grabuge effectué dans l’institution la veille.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir En soirée, des étudiants de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM ont tenu une veillée aux chandelles pour montrer leur désaccord quant au grabuge effectué dans l’institution la veille.

Après les saccages et multiples arrestations survenus la veille au pavillon J.-A.-DeSève, l’Université du Québec à Montréal tentait de recoller les morceaux, jeudi, tant bien que mal. Mais une chose est sûre : devant les appels à la démission qui se multiplient, le recteur Robert Proulx n’a pas l’intention de fléchir.

Réveil brutal, jeudi matin, pour des milliers d’étudiants de l’UQAM. L’escalade des événements, la veille, avait culminé avec l’occupation pendant toute la soirée — et le vandalisme — du pavillon DeSève, situé à l’angle Sainte-Catherine et Sanguinet, avant que la police n’intervienne peu après minuit, pour la troisième fois en moins de 24 heures à l’UQAM.

Au lendemain de ces incidents, un collectif formé de professeurs et d’étudiants a réclamé la démission pure et simple du recteur Robert Proulx, furieux de la « dérive sécuritaire » de la direction de l’établissement. Ces représentants de professeurs, de chargés de cours et d’étudiants membres de l’Association pour une solidarité sociale étudiante (ASSE) ont exigé en choeur le départ immédiat de M. Proulx, qu’ils ont accusé de jouer au « pompier pyromane » avec sa gestion de la grève étudiante déclenchée au cours des dernières semaines. C’est la décision de la direction de faire appel au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) au sein des édifices de l’UQAM qui a mis le feu aux poudres, ont-ils soutenu.

« Il est clair que le recteur a failli à sa mission, a déclaré le professeur de sociologie Marcos Ancelovici. La seule chose responsable qu’il lui reste à faire est de démissionner. » La veille, en fin de journée, un groupe de professeurs et lui avaient tenté, au cours d’une rencontre houleuse, de trouver des solutions à la crise avec le recteur et deux de ses adjoints.

Débat sur le droit de grève

Le collectif a de plus demandé à l’UQAM de reconnaître le droit de grève des étudiants en ne demandant pas le renouvellement de l’injonction temporaire, qui arrive à échéance lundi, et qui vise à forcer la tenue des cours. Cette injonction n’a pas permis de rétablir le calme, bien au contraire, ont-ils souligné. Ils n’ont pas manqué de rappeler que Robert Proulx lui-même avait demandé au gouvernement libéral de Philippe Couillard de légiférer en matière de droit de grève des étudiants.

Au moment de faire le point sur la crise à l’UQAM, au cours d’une conférence de presse à Québec, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, François Blais, a complètement exclu cette possibilité. « Je ne sais pas sur quoi vous voulez qu’on légifère, mais je vous rappelle simplement que nous ne croyons pas à ce droit-là », a dit le ministre.

L’ex-doyen de l’Université Laval a donné son appui « entier » au recteur de l’UQAM quant à ces « personnes qui rentrent cagoulées et qui terrorisent une institution ».

Celui qui avait proposé aux recteurs d’expulser de « deux à trois » étudiants par jour pour calmer le jeu a jugé que le recteur de l’UQAM y était « allé de manière très graduelle » au cours des dernières semaines. La venue des policiers — et les 27 arrestations qui ont eu lieu pendant la journée et la soirée de mercredi — était « le geste qui s’imposait pour faire respecter les règles qui régissent une société de droit ». Rappelons que le recteur Proulx a également entrepris des démarches visant à expulser ou suspendre neuf étudiants, en plus de faire appel à une firme de sécurité externe et d’avoir obtenu l’injonction de dix jours.

Il a précisé que Québec n’interviendrait pas directement dans les affaires de l’UQAM, à la demande du recteur Proulx, si ce n’est que pour lui offrir son « appui entier ». Robert Proulx a toute la légitimité nécessaire pour accomplir son travail, a soutenu M. Blais.

Québec ne paiera pas un iota si l’UQAM en venait à prolonger sa session, a-t-il ajouté.

Le chef par intérim du Parti québécois, Stéphane Bédard, a lui aussi demandé la « reconnaissance de la démocratie étudiante », et ce, bien que le PQ se soit toujours opposé à toute forme de droit de grève pour les étudiants alors qu’il était au pouvoir. « La violence est toujours inacceptable. Les gestes répréhensibles des commandos de manifestants masqués et cagoulés, dirigés contre des personnes et des biens, doivent être dénoncés, [mais] les étudiants peuvent légitimement s’opposer à l’austérité », a estimé le chef de l’opposition.

Dommages considérables

Entre-temps, au pavillon J.-A.-DeSève, le personnel de l’UQAM était à pied d’oeuvre afin d’évaluer et réparer les dommages. Le bâtiment situé à l’angle des rues Sanguinet et Sainte-Catherine était fermé pour la journée, forçant par le fait même l’annulation de plusieurs dizaines de cours.

Dès le début de la matinée, des employés des services des immeubles et de l’équipement ont entamé l’évaluation des dommages. « Nous n’avons pas encore de chiffre pour évaluer les dommages. Mais ce sont des dommages qui sont très importants », a dit la porte-parole de l’UQAM, Jenny Desrochers. « Le comptoir de l’aide financière [où ont pénétré par la force des vandales], où les étudiants peuvent faire des demandes de bourse, c’est carrément sinistré. » Caméras de surveillance, mobilier, machines distributrices ont également été endommagés ou détruits, alors que les graffitis se comptent par dizaines sur les murs. Et de nombreuses portes et fenêtres ont été brisées ou endommagées par des manifestants masqués.

Le pavillon DS sera « partiellement » rouvert vendredi, a indiqué l’établissement en soirée. Certains cours ont toutefois été déplacés. Les professeurs et étudiants en ont été avisés par courriel ou le seront par une affiche sur la porte de leur local de cours habituel. Certains services localisés dans le pavillon DS seront également fermés pour la journée.

Je ne sais pas sur quoi vous voulez qu’on légifère, mais je vous rappelle simplement que nous ne croyons pas à ce droit-là

Il est clair que le recteur a failli à sa mission. La seule chose responsable qu’il lui reste à faire est de démissionner. 

13 commentaires
  • Bernard Tremblay - Inscrit 10 avril 2015 07 h 43

    Grand temps,,

    Il est grand temps que la direction et les polititiens mettent leurs culottes, il ne faut pas oublier que c'est un ''choix'' de poursuivre nos études universitaires, et il faut assumer nos choix et respecter les étudiants qui veulent étudier,,

    • Gaétan Sirois - Abonné 10 avril 2015 12 h 46

      Culotte ou Pantalon. Les femmes portent des culottes, ce serait très drole de voir des hommes en cullotes en dentelle,

    • Nicolas Bachand - Abonné 11 avril 2015 00 h 36

      M. Tremblay,
      C'est justement parce que nos politiciens et responsables de la direction "mettent leurs culottes" que le conflit a dégénéré de la sorte et que nous nous retrouvons dans une telle situation. À mon avis, le blâme se porte non seulement au niveau du groupuscule que représentent les étudiants qui ont saccagé l’UQÀM mais d’autant plus chez nos dirigeants, ministres et recteurs inclus, qui enveniment la conjoncture des débats de leurs paroles et leurs actions. Il est également décevant de constater le manque d’équilibre et de raisonnement dans les décisions qui sont prises chez les deux parties. J'eus espèré davantage d'ouverture d'esprit de la part de ces gens qui représentent leurs générations respectives.

  • Michel Lebel - Abonné 10 avril 2015 08 h 35

    Non au chaos!

    L'UQAM, elle passe d'un laxisme certain à l'égard des conflits étudiants à une ligne "dure", soit tout simplement celle de l'État de droit. Ce qui aurait dû être fait depuis longtemps. On récolte généralement ce que l'on a semé!
    Maintenant, place au dialogue, pas de gens masqués, et pas de police! Mais qu'on respecte l'État de droit, injonctions comprises, sinon c'est le chaos qui continue.


    Michel Lebel

  • Yves Côté - Abonné 10 avril 2015 08 h 50

    Questions...

    Comment ce peut-il que de mettre la main sur " personnes qui rentrent cagoulées et qui terrorisent une institution" soit si difficile pour les forces policières ?
    Suivant un défaitisme syndicale qui paraît être devenu si général qu'on peut légitimement s'en questionner, seraient-elles redevenues aux ordres des politiques libéraux, ainsi qu'elles le furent tristement dans les années 70 ?
    Les étudiants ont toujours été à la source des plus importants changements sociaux. Et ce redressement aujourd'hui revendiqué comme indispensable, à cause d'une véritable dérive gouvernementale affairiste, aussi inacceptable à tous que profitable à quelques-uns, ne doit pas devenir l'occasion pour le gouvernement Couillard de manipuler toujours plus l'opinion publique.
    Pour ma part, estimant que les étudiants ont tout-à-fait raison de manifester et lutter pour un rétablissement des droits démocratiques au Québec, tant que les dits-étudiants masqués n'auront pas été arrêtés et clairement identifiés, je persisterai à voir dans les gestes de ces personnes ceux d'agents provocateurs qui s'infiltrent dans les mouvements populaires étudiants.
    J'ai passé l'âge de la naïveté depuis longtemps.
    Avons-nous dorénavant une police qui ne sait que taper sur les désarmés et interpeller celles et ceux qui ne se cachent pas derrière des masques pour agir de manière violente ?
    C'est malheureusement ce qu'il me semble apparaître de manière qui s'accélère, au fil des jours.

    • Hélène Paulette - Abonnée 10 avril 2015 14 h 49

      Je suis tout à fait de votre avis et j'ai hâte de voir un journaliste s'intéresser de près à ce phénomène....

    • Nicole D. Sévigny - Inscrite 10 avril 2015 22 h 16

      @yves Côté
      Comment se fait-il que personne n'ait relevé cette omission dans le travail policier jusqu'à présent? je trouve cela bizarre...et je suis fort aise
      de voir que je ne suis pas la seule à me questionner sur les raisons de
      cette "omission" ....volontaire ou pas.
      Merci M. Côté pour votre perspicacité et pour votre questionnement !
      c'est un sujet.... à suivre

  • Jacques Morissette - Inscrit 10 avril 2015 09 h 25

    La vérité qui se définit par les pouvoirs en place.

    Le recteur a décidé de porter l'habit que lui a proposé le pouvoir politique, tout en faisant semblant qu'il ne faisait cela qu'au nom de la sécurité. "Nous sommes la police. La vérité, c'est nous qui la donnons." (Entendu dans une série télé: Crossing lines)

  • André Nadon - Inscrit 10 avril 2015 09 h 49

    Feu le leadership par un gouvernement pyromane.

    Nous avons, depuis la dernière élection, le plus bel exemple d'un gouvernement pyromane. Dès le début de la campagne, Phillipe Couillard a déclaré qu'il haïssait son adversaire, le PQ. Par la suite, plutôt que d'expliquer son programme d'équilibre budgétaire, il a martelé que voter pour le PQ, c'était voter pour un référendum hypothétique, puisqu'il n'y en avait aucun en vue dans un avenir prévisible. Il a induit sciemment la population en erreur pour être élu.
    Aussitôt élu, il a imposé à la population son programme d'austérité, le justifiant en blâmant le gouvernement précédent de lui avoir laissé un déficit plus élevé que prévu basé sur une prévision de budget jamais adopté et non pas sur des chiffres réels. Nous savons aujourd'hui que c'était faux et Phillipe Couillard plaide l'ignorance en guise d'excuse.
    Son premier geste fut de s'attaquer aux fonds de retraite, avec en prime, une loi rétroactive et le saccage de l'Hotel de Ville à Montréal par des policiers et des pompiers, mais cette fois-ci, sans intervention de l'escouade anti-émeute comme par hasard.
    Puis, adoption de la loi 10, sous bâillon, contre l'avis de la majorité des intervenants en commission parlementaire, donnant tous les pouvoirs au ministre qui congédie 2500 cadres.
    Puis ingérence dans la nomination des directeurs de service des hôpitaux, priorisation de la Santé et l'Éducation en coupant les budgets, application de quotas aux médecins, tout en maintenant une augmentation de rémunération de 1.2 milliard pour les spécialistes.
    Maintenant que le feu est pris, on fait appel à l'escouade anti-émeute, armée jusqu'aux dents pour combattre une centaine de troubles-fête, qui semble-t-il, ne peuvent être identifiés.
    Il n'y a plus aucun choix que celui d'appuyer les autorités irresponsables pour éteindre le feu qu'ils ont provoqué par leur manque de vision et de leadership et payer pour les pots cassés.
    Quel désastre!!!

    • Hélène Paulette - Abonnée 10 avril 2015 14 h 53

      Et que faisons-nous, au lieu de nous tenir debout devant ce gouvernement illégitime, puisqu'il s'est fait élire sous de fausses représentations? Nous blâmons les étudiants pour cacher notre lâcheté.