L’ASSE envisage de mettre la grève générale sur la glace

Dans un texte envoyé à ses associations membres, l’exécutif de l’ASSÉ s’inquiète du fait que le mouvement de grève est surtout appuyé par les universités et les étudiants montréalais.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans un texte envoyé à ses associations membres, l’exécutif de l’ASSÉ s’inquiète du fait que le mouvement de grève est surtout appuyé par les universités et les étudiants montréalais.

Le comité exécutif de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) envisage de mettre l’idée d’une grève générale illimitée sur la glace, pour mieux la reprendre à l’automne avec les syndicats. Il s’agit là de l’une des stratégies proposées à ses membres.

Dans un texte de réflexion transmis à ses associations membres, l’ASSE, l’un des joueurs majeurs du mouvement étudiant, considère ce qu’elle appelle un « repli stratégique » pour le succès de sa cause.

Pour une mobilisation continue qui se fait sur le long terme, « il faut savoir ralentir au bon moment pour mieux repartir plus tard », est-il écrit.

Dans ce texte, l’exécutif de l’ASSE s’inquiète du fait que le mouvement de grève est surtout appuyé par les universités et les étudiants montréalais. Il se demande si un tel soutien est suffisant pour déclencher avec succès une grève générale illimitée dans la province.

L’ASSE redoute aussi l’impact d’un vote défavorable si les étudiants dans les différentes assemblées générales ne votent pas majoritairement pour reconduire la grève.

« Ne nous le cachons pas, cela sera considéré comme une défaite », tranche l’exécutif. Et cela aura des conséquences sur « nos mobilisations futures, et d’autre part, sur la grève qui se prépare dans le secteur public à l’heure actuelle ».

« Ainsi, il est possible de faire en sorte qu’une non-reconduction de la grève au printemps ne soit pas un échec, mais plutôt un repli stratégique, un échelon de plus dans l’escalade des moyens de pression », poursuit le document.


Joindre les syndicats
 

L’exécutif croit aussi qu’une grève générale illimitée survivra difficilement à l’été. Et que les étudiants « manqueront le bateau » s’ils veulent se joindre aux travailleurs syndiqués de la fonction publique qui pourraient être en grève une fois l’automne venu.

Avec les syndicats, le rapport de force avec le gouvernement sera encore plus grand, est-il écrit. Bref, il y a intérêt à faire des négociations du secteur public une lutte politique et de joindre les mouvements étudiants et syndicaux, selon l’exécutif de l’ASSE.

Par leur mobilisation, les étudiants demandent au gouvernement québécois de réinvestir dans l’ensemble des services publics et d’annuler les compressions en éducation. Le dernier budget provincial, qui ne va pas en ce sens, a renforcé leur motivation.


Congrès à venir
 

Cette option de reprendre la grève à l’automne, ainsi que d’autres, seront présentées au congrès de l’ASSE qui aura lieu en fin de semaine à Valleyfield.

Il ne s’agit pour le moment que d’une proposition, a insisté en entrevue téléphonique la porte-parole de l’ASSE, Camille Godbout, qui parle de « stratégie ».

Tout sera sur la table et les membres décideront, ajoute-t-elle.

Actuellement, 55 000 étudiants québécois seraient en grève depuis plus d’une semaine, selon l’ASSE. Et le 2 avril, pour la manifestation générale, ils seront plus de 100 000, a précisé Mme Godbout.

Mais avec cette suggestion, l’ASSE s’est déjà attiré les foudres du regroupement Printemps 2015, qui l’accuse d’abandonner le mouvement de mobilisation.

L’exécutif cherche à museler sa base, dénonce de plus le groupe, qui lui reproche aussi d’être à la solde des syndicats.

La critique est normale, rétorque Camille Godbout qui ne se laisse pas démonter par ces propos. L’idée est de discuter de toutes les options pour la suite des choses, ajoute-t-elle.

Plusieurs associations étudiantes tiendront des votes pour reconduire — ou non — la grève la semaine prochaine.

Injonction

Par ailleurs, mardi, l’UQAM a déposé en Cour supérieure à Montréal une demande d’injonction contre ses associations étudiantes et des étudiants qui ont bloqué l’accès aux cours. La veille, des milliers d’étudiants n’ont pu avoir accès à leurs salles de classe.

L’UQAM n’a pas voulu commenter la procédure judiciaire ni discuter de ses objectifs, prétextant que le litige est devant les tribunaux.

Quant au ministre de l’Éducation, François Blais, il dit reconnaître que les recteurs des universités ont une certaine latitude dans les actions qu’ils entreprennent.

Prudent, il a toutefois précisé qu’il « n’approuve pas les moyens de l’un ni de l’autre [partie] ».