François Blais met en garde les étudiants

Le ministre de l’Éducation, François Blais
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Éducation, François Blais

Il menace d’annuler la session, enjoint aux universités d’appliquer leurs règlements et appelle la « majorité silencieuse » à aller voter aux assemblées : le ministre de l’Éducation, François Blais, a voulu durcir le ton en ces premiers jours de grève étudiante. Mais ses déclarations ne convainquent ni les carrés rouges, qui ne bronchent pas devant la menace, ni les carrés verts, qui trouvent qu’elles ne vont pas assez loin.

Faisant le point sur la première journée officielle de grève étudiante, le ministre Blais a clairement signifié aux étudiants que la session pourrait être annulée. « Dans le contexte financier qui est le nôtre, un contexte extrêmement difficile et exigeant, on ne peut imaginer qu’il y aura un financement pour des reprises l’été prochain ou le printemps prochain, a-t-il déclaré. Je ne vois pas comment je pourrais priver de financement les écoles primaires et secondaires pour financer des gens qui ont décidé de se mettre à la porte de l’université. »

L’ex-doyen de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval a également invité les établissements d’enseignement à faire respecter les règles et à sévir. « Je reconnais que c’est difficile, sensible, que [les dirigeants] ne veulent pas jeter de l’huile sur le feu, a-t-il affirmé. Mais dans la mesure du possible, ils ont des règlements qu’ils peuvent appliquer. Ils ont un pouvoir d’autorité, et de sanction si nécessaire. »

Enfin, il a appelé la « majorité silencieuse » à aller voter aux assemblées générales — « plus [les étudiants] seront nombreux, moins l’intimidation sera grande ». Il ne reconnaît toutefois pas le droit de grève. « Je connais des gens avec de très bonnes qualités qui pensent le contraire de moi, mais je ne crois pas à ce droit-là. »

Pour Camille Godbout, porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), les propos antigrève du ministre ne sont pas une surprise. Cette volonté de mater la mobilisation dès ses débuts — en menaçant d’annuler la session — n’est pour elle qu’une autre « tactique de peur » déjà empruntée par les libéraux. « On n’en est pas à notre première grève dans le mouvement étudiant et jamais des sessions n’ont été annulées. Même pas en 2012 alors qu’on a fait face au plus gros mouvement de grève de l’histoire. »

Pour Miguaël Bergeron, porte-parole de la Fondation 1625 et représentant des « carrés verts », le ministre Blais a fait preuve de mollesse. « Il a emprunté des termes fermes, mais c’est seulement des paroles qui ne sont accompagnées d’aucune action », a-t-il déploré. Une motion sans préavis, ayant pour but de rappeler que les étudiants ont le droit à l’éducation, a été déposée à l’Assemblée nationale par le ministre Blais — la CAQ y est aussi allée d’une autre motion en ce sens.

Que des voeux pieux, croit M. Bergeron. « Le ministre n’assume pas ses responsabilités. Il a pelleté le problème dans la cour des universités. » Selon lui, la seule façon de mettre fin à la situation actuelle est de légiférer, soit en promulguant une loi spéciale, soit en modifiant la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves. Mentionnons que la Cour supérieure a rejeté la semaine dernière la requête de M. Bergeron et de Laurent Proulx, figure de proue des « carrés verts », alléguant que les droits des étudiants opposés à des grèves sont suffisamment protégés par la Loi.

Manifs et graffitis haineux

Mardi, divers rassemblements de lutte contre l’austérité du gouvernement se sont tenus à Montréal, notamment devant l’Université McGill et les bureaux du ministre Jean-Marc Fournier. Vers midi, une manifestation de près de 100 personnes a tourné à l’affrontement avec les policiers devant l’hôtel Reine Elizabeth, au centre-ville. Trois personnes ont été arrêtées pour voies de fait et une contravention en vertu du règlement P-6 — pour port de masque — a été distribuée. Trente personnes ont été arrêtées de façon préventive, en vertu de l’article 31 du Code criminel, puis libérées.

À l’Université de Montréal, la découverte d’un graffiti haineux appelant au viol de la porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) dans les toilettes de la Faculté d’aménagement a semé l’émoi et la direction a porté plainte à la police. « J’espère que la petite pute de riche en chef de l’ASSÉ va se faire violer et que ça va lui faire mal… Cette vache ! », lit-on sur le mur d’une cabine de toilette.

Ce graffiti semble bel et bien considéré comme un acte criminel. Les auteurs, s’ils se font arrêter, feront face au comité de discipline de l’Université de Montréal. « La sanction pourrait aller jusqu’à l’expulsion définitive de l’Université », a expliqué Mathieu Filion.

Des journalistes malmenés

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec incite les journalistes qui ont été malmenés lors des manifestations des derniers jours à porter plainte à la police. Elle dénonce de « graves entraves à la liberté de presse » qui ont eu cours lors de la première journée de manifestations étudiantes, lundi, à Montréal et à Québec, citant des cas de violence. À Montréal, des individus se sont « rués » sur le reporter de TVA Maxime Landry et sur le caméraman Kevin Crane-Desmarais. Ils auraient donné un coup de pied au journaliste et tenté de s’emparer de l’équipement de tournage. À Québec, les journalistes Jean-Simon Bui et Patrick Bégin, de la radio FM93, auraient été agressés lorsqu’ils couvraient la grève étudiante à l’Université Laval.
 


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