Le cours d’éthique et de culture religieuse peut être catholique

Selon le jugement de la Cour suprême rendu jeudi, l’école secondaire Loyola pourra « enseigner le catholicisme du point de vue catholique, mais les autres religions de façon objective et avec respect ».
Photo: Graham Hugues La Presse canadienne Selon le jugement de la Cour suprême rendu jeudi, l’école secondaire Loyola pourra « enseigner le catholicisme du point de vue catholique, mais les autres religions de façon objective et avec respect ».

Québec a porté atteinte à la liberté de religion en refusant de reconnaître à un collège privé le droit d’enseigner le cours Éthique et culture religieuse (ECR) à travers le prisme du catholicisme, a tranché jeudi la Cour suprême, dans un jugement qui pourrait ouvrir toute grande la porte à d’autres accommodements du genre, selon certains.

Les sept juges siégeant dans cette cause estiment que le gouvernement Charest aurait dû permettre à l’école secondaire Loyola, un établissement pour garçons administré par les Jésuites, de donner le cours ECR dans une perspective catholique. Les magistrats sont toutefois en désaccord sur les démarches à suivre pour corriger le tir, la majorité demandant à Loyola de formuler à nouveau une demande au ministre de l’Éducation, alors que trois autres auraient ordonné au ministre François Blais d’accorder sur-le-champ ce privilège.

Mis sur pied en 2008, le cours ECR présente d’un point de vue « neutre et objectif » les croyances et l’éthique de diverses religions du monde. Enseigné dans toutes les écoles de la province, il a une optique strictement « laïque et culturelle », selon Québec. La loi permet toutefois d’exempter une école privée du programme si le cours de remplacement est jugé « équivalent », ce que maintient depuis le début le collège Loyola. Québec avait pourtant rejeté la demande de l’école de Notre-Dame-de-Grâce.

Cette décision de la ministre de l’Éducation Michelle Courchesne « obligeait l’école à enseigner le catholicisme, la religion qui constitue son essence même, d’un point de vue neutre », note le jugement. Or, dans le contexte québécois où l’existence d’écoles confessionnelles est légale, « empêcher une école comme Loyola d’enseigner le catholicisme » et d’en parler selon sa propre perspective « contribue peu » à la réalisation des objectifs du cours ECR, tout en portant « gravement atteinte » à la liberté de religion, notent les juges. Loyola pourra donc « enseigner le catholicisme du point de vue catholique, mais les autres religions de façon objective et avec respect ».

Inconfort

L’école anglo-montrélaise insistera sur le point de vue catholique pour ce qui est des questions d’éthique, « mais veillera à ce que tous les points de vue éthiques soient présentés sur un sujet donné ». Concrètement, la décision du tribunal ne change pas grand-chose pour les élèves de Loyola, explique l’ex-directeur d’école Paul Donovan, qui porte le dossier depuis 2008. Il s’agit surtout d’une bataille symbolique pour l’établissement. « On a toujours été d’accord avec le cours ECR. Mais on ne devrait pas avoir à suspendre notre identité pour l’enseigner. » Demain, rien ne change puisque depuis le jugement de première instance qui donnait raison à Loyola, l’école avait continué à enseigner sa version du cours. « Le cours est conforme à tous les règlements et au jugement », dit M. Donovan.

Chose certaine, la décision du tribunal crée un certain inconfort. Le ministre de l’Éducation François Blais a refusé la demande d’entrevue du Devoir jeudi, mais a déclaré dans un communiqué « prendre acte » de la décision.

D’autres s’inquiètent des répercussions possibles du jugement, comme Luc Bégin, professeur de philosophie à l’Université Laval, qui a collaboré à la mise sur pied du volet éthique du programme d’ECR. L’idée était justement « d’assurer que tous les enfants québécois ont accès à un même type d’enseignement pour la compréhension du phénomène religieux […] et éviter le repli sur soi de certaines communautés », affirme le professeur. Le jugement ouvre selon lui la porte à d’autres écoles de diverses confessions « qui pourraient se retirer de ce type de programme en prétendant offrir quelque chose d’équivalent qui ne le sera pas, ni dans ses intentions ni dans ses réalisations concrètes ».

À la tête du collège Bourget et de la Fédération des établissements d’enseignement privés du Québec, Jean-Marc St-Jacques — lui-même clerc de Saint-Viateur — s’est toujours montré favorable à l’enseignement d’un seul et même programme à l’échelle de la province, sans possibilité d’exception. « Le cours ECR a créé consensus et permet à tous d’avoir une formation éthique et sur les grands courants religieux. Je ne pense pas que la majorité des écoles privées, confessionnelles ou non, vont retourner en arrière. » Le porte-parole de la Coalition pour la liberté en éducation, Richard Décarie, croit pour sa part que comme seules les écoles privées peuvent se prévaloir de cette exception, le jugement crée une injustice envers les élèves du réseau public. Il demande à Québec de permettre aux écoles publiques d’adapter le programme.

Paul Donavan ne partage pas ces points de vue. Le jugement « n’est pas une carte blanche » pour toutes les écoles de faire ce qu’elles veulent, insiste-t-il. « La Cour dit que dans certains contextes précis on peut [adapter le cours ECR]. S’il y a d’autres demandes d’adaptations ou d’exemptions, il y a certains critères, très complexes, à respecter. »

9 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 20 mars 2015 06 h 16

    Ridicule !

    J'imagine l'enseignant qui explique les différentes religions de façon neutre...
    «Voici ce que croient les musulmans... puis les bouddhistes... puis les juifs.
    Maintenant voici la vraie religion, la vérité: le christianisme»

    De façon neutre?

    Ridicule !

  • Robert Beauchamp - Abonné 20 mars 2015 07 h 10

    Quelle ou quelles religions?

    On ne cesse de se référer à Loyola. Alors qu'advient-il des écoles privées juives? Que va-t-on y enseigner? La question se pose pour les autres institutions privées, musulmanes, protestantes etc... Et de toute façon au Québec, à la hauteur des sbventions octroyées, il faudra peut-être redéfénir ce qui est vraiment privé ou hybride.
    Robert Beauchamp

  • Antoine Caron - Abonné 20 mars 2015 07 h 22

    Parfait!

    Maintenant, l'État n'a qu'à abandonner l'idée d'imposer le cours d'ECR à toute école religieuse qui ne veut pas l'enseigner de façon neutre, MAIS ne plus donner un seul sou à ces écoles en contrepartie. Le problème sera réglé.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 20 mars 2015 07 h 22

    Liberte

    Si les ecoles privees sont autonomes et ne beneficient pas de subventions gouvernementales, elles devraient suivre a la lettre ce qui se fait a tous les niveaux dans le reseau des ecoles publiques... de la garderie a l'universite. Dans le cas contraire ou elles sont totalement independantes financierement de toutes aides gouvernementales, alors ce n'est pas a l'etat de dicter leur type d'enseignement...

  • Johanne St-Amour - Inscrite 20 mars 2015 07 h 35

    Des accommodements déraisonnables pour les écoles privées?

    L'école Loyola veut bénéficier d'un traitement de faveur en gardant une optique religieuse catholique? Un autre accommodement dé-raisonnable?

    D'abord, on n'aurait dû ne jamais instaurer ce cours sur les religions (c'était un prix de consolation à la déconfessionnalisation!), mais garder uniquement un côté éthique, morale et une éducation citoyenne. D'autant plus que ce n'est pas dans la mission prioritaire des écoles! Si on veut parler des religions, on aurait pu insérer une mention dans les cours d'histoire, mais en soulignant le carcatère discriminatoire de ces religions envers les femmes et les homosexuels notamment et les crimes sexuels et autres dont ils ont été les auteurs! Donner un éclairage neutre sur les religions, c'est aussi ça!

    En second lieu, il serait pertinent de cesser de subventionner les écoles privées religieuses ou non.

    Troisièmement, envisageons sérieusement l'indépendance du Québec, qui sera aussi une indépendance face à une Cour Suprême si peut compréhensive des valeurs québécoises!

    • Dany Leblanc - Inscrit 20 mars 2015 09 h 40

      Je suis entièrement d'accord avec vous. Je rajouterais aussi un cours sur l'anthropologie et un cours d'auto-défense intellectuel.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 20 mars 2015 15 h 38

      À Mme St-Amour

      "on n'aurait dû ne jamais instaurer ce cours sur les religions (c'était un prix de consolation à la déconfessionnalisation!), mais garder uniquement un côté éthique, morale et une éducation citoyenne".

      Qu'entendez vous au juste, par un côté éthique et morale, et une éducation citoyenne. Le religieux et la morale vont déjà assez bien ensemble, hélas, pour les croyants particulièrement. D'ailleurs, et ici peut-être que je me gourre, mais... N'est-ce pas lors de l'arrivée des cours d'ECR que, les notions de base de l'éducation à la sexualité ont été pervertis, dans le sens qu'on insistait peu à peu désormais, sur les aspects négatifs, risqués, comme le faisaient l'église et la société elles-même dans le bon vieux temps, quoi. S'il ne s'agit pas des ECR, c'est tout de même une autre sorte d'entourloupette pour réintroduire le catholicisme, voire le religiieux dans le programme pour les jeunes

      Céline A. Massicotte (je m'excuse de toujours me nommer, je n'ai pas le choix: je me suis réabonnée, mais cela deviendra officiel techniquement ce week-en, alors...

      Nous devons être alertes.