Des étudiants de plus en plus mobiles

Alexandre Lampron Collaboration spéciale
La professeure et conférencière Gudridur Helgadottir et des élèves se sont rendus aux Fumerolles de Hveragerdi, en Islande.
Photo: Alain A. Grenier La professeure et conférencière Gudridur Helgadottir et des élèves se sont rendus aux Fumerolles de Hveragerdi, en Islande.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le choix de suivre à l’étranger une partie de sa scolarité représente une façon de donner de l’intérêt à ses études universitaires, de se découvrir au plan personnel et d’enrichir son portefolio pour lancer sa carrière professionnelle du bon pied. Selon Benoît Bazoge, vice-doyen à l’international de l’École des sciences de la gestion (ESG UQAM), le phénomène est en train de prendre de plus en plus d’ampleur au Québec.

Le Québec accuse un retard sur les échanges étudiants par rapport à des pays d’Europe, d’après M. Bazoge. Cette ouverture plus prononcée sur le monde, qui s’est accentuée au cours des dernières années, ne tient pas du hasard, car elle constitue l’une des principales caractéristiques du développement économique mondial.

Une étude française soulignait déjà en 2008 que le nombre d’étudiants étrangers inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur dans les pays de l’OCDE s’élevait à deux millions en 2003. À l’horizon 2025, ce chiffre devrait être multiplié par cinq. M. Bazoge mentionne de son côté que 2 % des étudiants du Canada partent vers l’étranger, alors qu’à l’UQAM, ils en sont presque au double.

« Comme université, nous n’avons plus le choix, avoue Benoît Bazoge. Nous vivons dans un environnement complètement mondialisé et, si nous voulons être à jour avec ce qui se fait ailleurs dans le monde, c’est évident qu’il faut connaître ce qui se fait à l’extérieur de nos frontières. Selon moi, un professeur est un voyageur de commerce international. »

Benoît Bazoge souligne aussi que des enquêtes démontrent qu’un employeur préfère davantage embaucher une personne qui possède un baccalauréat en administration et une expérience internationale, et à la former dans l’entreprise, plutôt qu’une personne qui possède le même diplôme, mais sans expérience internationale équivalente.

« Les employeurs veulent réduire le risque, croit-il. S’ils embauchent une personne qui a une expérience internationale, cela tend à démontrer qu’elle est ouverte aux autres, qu’elle sait que le monde ne fonctionne pas nécessairement de la même manière et qu’elle sait se débrouiller à l’extérieur, souvent dans une autre langue qui n’est pas la sienne. »

Des activités créditées comme des cours

Pour augmenter sa portée dans le monde, l’ESG UQAM a conclu de nombreuses ententes avec diverses universités situées aux quatre coins de la planète. Elle compte plus de 140 partenaires dans 35 pays. En plus des étudiants qui participent à divers programmes d’échanges le temps d’un trimestre, il existe aussi des activités créditées d’un séjour en groupe à l’étranger, variant de quatre jours à quatre semaines selon l’activité choisie.

« Ce sont des expériences enrichissantes qui permettent aux étudiants du premier cycle de vivre une réalité comme jamais, avance Alexandrine Lecompte, coordonnatrice des cours de mobilité de groupe offerts par l’ESG UQAM. Elles leur permettent de vivre une autre forme de réalité, celle du terrain, et leur donnent également une excellente idée de ce qui se passe vraiment. »

En tout, la mobilité de groupe offre six activités qui comportent un volet international et qui permettent à l’étudiant d’obtenir en tout trois ou six crédits, soit l’équivalent d’un ou deux cours.

Que ce soit les projets Grandes Villes, les projets d’études internationales (PEI), une simulation aux Nations unies, des projets de management et commerce international à Cincinnati ou à New York, ou un projet d’exploration internationale en pays nordiques, ces expériences ouvrent toute grande la porte aux étudiants pour obtenir une expérience enrichissante à l’international.

« Ce sont des cours qui se donnent à partir de la deuxième ou de la troisième année et une moyenne minimale est souvent requise, en plus d’une entrevue de sélection, mentionne Alexandrine Lecompte. Des cours nécessitent plus de crédits, alors que d’autres exigent une moyenne plus élevée. Il y a aussi des cours qui exigent une moyenne moins élevée, mais l’étudiant doit toutefois performer durant l’entrevue. Sa motivation sera aussi prise en considération. »

 

La réalité du terrain

Un cours donné dans le cadre de ces activités créditées est le ESG6230, intitulé « Gestion du développement durable : exploration internationale en pays nordiques » et donné par le professeur Alain-Adrien Grenier. Selon lui, ce cours permet de s’enrichir de la culture internationale de ses étudiants pendant deux semaines intensives et d’implanter des solutions qui sont parfois inexistantes au Québec.

« Depuis six ans que le cours se donne, nous commençons aujourd’hui à voir certaines initiatives dont nous avons été témoins dans le passé et qui font leur apparition chez nous, affirme M. Grenier. Si nous nous projetons dans 20 ans d’ici, peut-être que notre cours n’aura plus sa raison d’être. C’est la logique même du cours, et permettre de sensibiliser les étudiants d’ici à faire les choses différemment. »

Grâce à la complicité de son chargé de cours, Ari Virtanen, Alain-Adrien Grenier dit se réjouir du succès de son cours qui permet aux étudiants de vivre une expérience de terrain et d’enrichir leurs connaissances dans le domaine du développement durable.

« Ce n’est pas un cours où il y a un simple voyage, précise-t-il. Nous montrons avant tout aux étudiants qu’il existe des solutions de rechange à ce qui se fait chez nous et qu’il faut arrêter d’avoir peur de faire les choses de manière différente. Nous tentons donc de détecter les étudiants les plus motivés parce que la thématique est très importante et que le travail de recherche qui se cache derrière est doublement important. La preuve : nous avons calculé que le tiers de nos étudiants vont poursuivre leurs études en maîtrise. »

 

Des défis rencontrés

Par contre, il faut admettre qu’aller étudier dans un pays étranger n’est pas donné à tout le monde, comme le rappelle Mireille Saad, conseillère à l’accueil et à l’intégration, qui tend la main aux étudiants étrangers en court séjour d’études. Pour la seule année 2014-2015, Mme Saad parle de 500 étudiants, provenant d’environ 25 pays, dont plus de la moitié sont accueillis lors de la session d’automne.

« De manière générale, qui dit échange international dit installation dans un nouveau pays, avec, donc, les questions de l’intégration personnelle, universitaire et sociale qui gravitent autour de cela, même si la langue peut être la même, explique Mireille Saad. Je ne touche pas au volet universitaire, mais je les aide plutôt avant leur arrivée à Montréal, parce que j’ai déjà un premier contact avec eux par courriel afin de leur expliquer, entre autres, la question des papiers légaux dont ils ont besoin aux douanes. »

Une panoplie d’information sur les logements offerts leur est aussi envoyée, parce que « c’est une question qui les stresse beaucoup avant même leur arrivée chez nous, et sur les organisations sociales de Montréal qui travaillent à les intégrer et à leur faire découvrir ce qui se passe chez nous ».

L’hiver, une source de crainte

Il va de soi que les défis liés à l’apprentissage de la langue représentent un enjeu de taille, mais Mireille Saad souligne que l’adaptation aux hivers québécois constitue aussi un lot de surprises et « de crainte » pour les nouveaux arrivants, même s’ils sont au Québec pour un court séjour.

« Les deux ou trois premières semaines sont certainement les plus stimulantes, car ils y découvrent un nouveau milieu et y rencontrent de nouvelles personnes. Elles peuvent aussi être les plus difficiles parce qu’ils ont tout à apprendre, ajoute la conseillère. Cela fait beaucoup d’informations à gérer en même temps. »

Plusieurs étudiants sont enfin ébahis par la taille de l’UQAM. L’ESG UQAM accueille à elle seule plus de 14 000 étudiants.