Une université branchée sur le monde

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Un groupe d’étudiants étrangers en programme d’échange à l’ESG, arrivés en août 2014<br />
Photo: Un groupe d’étudiants étrangers en programme d’échange à l’ESG, arrivés en août 2014

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Cet établissement universitaire, l’UQAM, a pris racine et grandi dans un centre-ville, celui de la métropole du Québec, Montréal. Solidement planté dans le macadam urbain qu’il irradie de savoir avec six facultés et une école, il s’est graduellement doté des ressources et des structures aptes à le brancher sur le monde. Tant et si bien qu’il est aujourd’hui question pour cette université d’« étudier l’international ».

Pareille notion englobe trois axes, qui sont calqués sur le fondement de la mission universitaire elle-même : ceux de l’enseignement, de la recherche et du service aux collectivités. Les trois font partie intrinsèque des trois entités qui forment le pôle international de l’université : la Faculté de science politique et de droit (FSPD), l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM-UQAM) et l’École des sciences de la gestion (ESG).

Les doyens et président de ces organisations sont intarissables et tiennent des propos qui sont éclairants, le temps venu d’échanger avec eux sur la dimension internationale de l’École, de la Faculté et de l’Institut : un condensé resserré de leurs discours donne un avant-goût de la somme d’informations contenue dans ce cahier.

La Faculté

Doyen de la Faculté de science politique et de droit, Jean-Pierre Beaud propose cette vue d’ensemble de son caractère international : « Les études, les liens, la mobilité et la réflexion qui sont de cette nature, aussi bien que le développement de partenariats avec des universités de l’extérieur du pays, tout cela, c’est fort chez nous ; c’est très fort en science politique parce qu’il y a beaucoup d’étudiants et de professeurs qui sont attirés par le domaine des études internationales. » Il se tourne vers le droit : « C’est un peu moins accentué de ce côté, parce que la plupart de nos étudiants visent à accéder au Barreau et que le droit international n’est pas très important de ce point de vue-là. Mais il n’en reste pas moins que l’un de nos secteurs de spécialisation, c’est ce type de droit. »

Il revient sur la question sous l’angle des sciences po : « Chez nos profs, c’est encore là très fort et il se fait beaucoup de recherche comparée entre le Québec, le Canada et l’étranger. On est vraiment, quoique non uniquement, axé sur l’international et on a même un slogan qu’on veut utiliser dans une prochaine campagne promotionnelle ; il porte l’idée d’une fenêtre ouverte sur le monde. » Un slogan qui le conduit à cette réflexion : « Quand on a 20 ans, si on ne s’intéresse pas d’abord à ce qui se passe chez nous, mais aussi ailleurs, c’est qu’on est déjà vieux à notre époque. »

Et il se transporte en d’autres lieux : « On a développé beaucoup de liens avec les universités étrangères. On a conclu un grand nombre d’accords avec l’Amérique latine, avec l’Europe et un peu moins avec l’Asie. Je dirais que, par rapport à d’autres universités, l’Amérique latine est très présente chez nous, notamment avec le Brésil, l’Argentine et le Mexique. »

L’Institut

Président de l’Institut d’études internationales de Montréal, Bernard Derome se livre en entrevue à une description exhaustive de l’institut, tant sur le plan de son histoire que sur celui des personnalités et des réalisations qui ont jalonné son existence. Il relève un défi important qui lui incombe : « Il faut voir à ce qu’on puisse intégrer la dimension internationale dans l’ensemble des activités des constituantes, pour qu’il soit possible par la suite de projeter cela sur la scène mondiale. »

Il croit tout aussi fermement que le milieu universitaire doit sortir de sa bulle pour tenter de rejoindre le grand public : « À cause de ma formation ou de ma déformation professionnelle de journaliste, je crois qu’il faut aller dans la rue pour faire connaître l’international ; il faut que cela soit accessible. Évidemment, on se doit de rejoindre les étudiants, mais il faut également qu’une voie élargie laisse place à la circulation de l’information. »

Il affiche ses convictions sur la place de l’international : « C’est important ! Les gens dans la rue veulent entendre parler de ce qui passe en Syrie, de ce qui se déroule en Iran ou ailleurs sur le globe. Dans un monde globalisé, on n’a pas le droit de ne pas sensibiliser les gens à ce sujet. »

Il lance une invitation à une plus grande largeur d’esprit : « On ne doit pas passer à côté d’une situation réelle parce qu’elle n’existe pas dans notre cour ; c’est là quelque chose de fondamental et d’essentiel. On parle beaucoup d’austérité en ce moment, ce qui écorche le portefeuille des gens, mais il n’en demeure pas moins qu’il existe ailleurs d’autres réalités qui sont extrêmement importantes. » En corollaire, il ajoute : « Il y a des professeurs et des étudiants qui font des recherches et qui se livrent à des analyses qu’il importe de rendre disponibles à la population. »

L’École

Doyen de l’École des sciences de la gestion, Stéphane Pallage invite à faire un tour du monde tout en parlant de cet établissement que fréquentent quelque 15 000 étudiants : « C’est une statistique que la plupart des gens ignorent, mais on forme la plus grande école de gestion de la Francophonie ; on a connu une forte croissance depuis quelques années. »

Son caractère international remonte loin dans le temps : « On offre des programmes à l’étranger depuis plus de 20 ans. Par exemple, on a été les premiers à ouvrir un MBA international en Chine et ce sont nos profs qui vont enseigner dans ce pays ; ils reviennent évidemment avec une expérience qui est très utile pour nos étudiants. »

L’École ratisse large : « On vient de fêter le 20e anniversaire de notre MBA à Lima, au Pérou. On offre aussi celui-ci à Saïgon ou Hô-Chi-Minh-Ville, au Vietnam, et on se retrouve dans plusieurs pays de la Francophonie en Afrique ; en France, on forme un partenariat avec l’Université de Paris Dauphine. On offre de plus le MBA à Varsovie, en Pologne, et au Mexique. »

Un enjeu majeur figure dans ce contexte de mondialisation : « On a des diplômés dans tous ces pays-là, mais on n’a pas été très bon à connecter ceux des différents endroits entre eux. Un de mes grands défis, c’est de faire en sorte que le réseau fonctionne vraiment bien et que nos étudiants soient capables d’interagir très facilement avec leurs collègues des autres pays. On voudrait notamment que ceux du MBA aient la possibilité d’aller étudier davantage là où nous enseignons ; on veut accentuer la cadence dans ce sens-là. »

L’ESG répand son offre de cours un peu partout dans le monde, mais elle accueille également au Québec une clientèle venue d’ailleurs : « Sur les 15 000 étudiants, on en a environ 3000 qui sont d’origine étrangère ; ils assurent une grande diversité à notre population étudiante. »