Journée à thème sexiste au service de garde

Frisettes et manucure pour les filles, science et film d’action pour les gars ? C’est du moins ce que propose ouvertement aux services de garde scolaires l’Association des services de garde en milieu scolaire du Québec (ASGEMSQ) pour divertir les enfants lors de journées pédagogiques. Un conseil qu’ont suivi plusieurs écoles, dont l’école Sainte-Anne à Sherbrooke qui a dû annuler vendredi cette activité « genrée » à la suite de plaintes de parents offusqués.

L’histoire a fait boule de neige quand une mère a publié sur Facebook une photo de la fiche d’inscription à cette journée pédagogique, surnommé « Journée de filles pour les filles/Journée de gars pour les gars », rapportée à la maison par son enfant. La fiche invite les parents à payer 7,30 $ en sus du tarif quotidien pour que leurs fillettes de 5 à 12 ans puissent apporter à l’école poupées, figurines, trucs de coiffure, de maquillage, alors que l’on conseille plutôt aux garçons de se présenter ce jour-là avec autos téléguidées et jeux vidéo.

Une «référence»

Vérification faite, le service de garde de l’école Sainte-Anne s’est inspiré d’un contenu pédagogique diffusé sur le site Internet de l’Association des services de garde en milieu scolaire du Québec. Un organisme qui se veut une « référence en garde scolaire » et « qui travaille à l’amélioration de la qualité des services de services de garde dans les écoles québécoises depuis 1985 » et « qui a à coeur que chaque enfant puisse évoluer dans un milieu de qualité, respectueux de son bien-être et de son développement », dixit le site de l’organisme.

Des tresses ou la chasse aux insectes

Or, le contenu de l’activité proposée sur le site de l’ASGEMSQ est on ne peut plus cliché, comme a pu le constater Le Devoir. La fiche proposant la journée thématique « genrée » énumère une série d’activités hautement stéréotypées pour les filles, dont le « maquillage, les tresses, les frisettes, la gymnastique et le scrapbooking ». Expériences scientifiques, courses et chasses aux insectes, jeux vidéo, rallyes automobiles et films d’action sont plutôt au menu pour les garçons.

La journée thématique fait partie des suggestions d’activités et de journées thématiques rassemblées dans la zone « membres » de l’ASGEMSQ, qui sert de référence et d’inspiration à plus de 675 services de garde à travers le Québec.

Jointe par Le Devoir, la directrice de l’ASGEMSQ a dit ne pas être au courant du contenu diffusé sur le site de son association, mais a reconnu que ce type d’activités était assez populaire. « Oui, il y a des activités gars/filles, mais de dire qu’on prône cela, pas vraiment », a soutenu Josée Plante, directrice générale de l’association. Questionnée sur le bien-fondé de cette suggestion et sur la façon dont celle-ci avait pu se retrouver au nombre des activités conseillées, elle s’est montrée fort étonnée du contenu, après en avoir pris rapidement connaissance. Selon cette dernière, ce sont des « conseillères pédagogiques qui ont une formation en service de garde » qui se chargent de nourrir cette section pédagogique du site Internet, visiblement utilisée par ses membres.

« Je suis tout à fait d’accord que ça stigmatise. C’est clair qu’il va falloir revoir cette suggestion. Cela va être supprimé de ce pas ! » a-t-elle dit, après avoir fait la lecture en détail de l’activité suggérée.

«Tendancieux»

Cette journée thématique, comme des dizaines d’autres, est proposée aux éducateurs de services de garde en milieu scolaire depuis 2009. Plusieurs écoles s’en seraient inspirées à divers degrés, comme le confirme la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, où le sujet a soulevé l’ire de certains parents. Mais l’ASGEMSQ ignore combien d’écoles ont effectivement donné suite à ce genre d’activités aux visées pédagogiques douteuses.

« On sait qu’il y a déjà une ou deux écoles de notre commission qui ont déjà tenu ce genre d’activités. À la base, l’idée, c’était de permettre aux enfants d’amener un jouet de la maison. Mais quand on regarde la liste, on est d’accord que c’est tendancieux et sexiste », a fait savoir vendredi André Lamarche, directeur général adjoint de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

Ce dernier s’est d’ailleurs montré particulièrement surpris que dans une même école, « des activités scientifiques soient proposées seulement aux garçons et pas aux filles ». « L’activité cuistot, elle, est proposée à tous », note-t-il.

Vendredi après-midi, le directeur général adjoint de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke a avisé tous les parents que l’activité était annulée et que les choix faits par les services de garde « seraient dorénavant validés » avant d’être proposés aux parents et aux élèves. L’école Sainte-Anne a refusé de commenter cette bévue, mais a fait savoir que les mesures seraient prises pour qu’il n’y ait plus « d’activités à caractère sexiste » entre ses murs.