Le nouveau ministre de l’Éducation suscite des espoirs

Claude Lafleur Collaboration spéciale
La formation continue et celle des adultes prennent en effet les allures d’une « priorité nationale » du fait qu’on fait face, comme partout en Occident, à des pénuries de main-d’œuvre qualifiée et spécialisée.
Photo: Université de Sherbrooke La formation continue et celle des adultes prennent en effet les allures d’une « priorité nationale » du fait qu’on fait face, comme partout en Occident, à des pénuries de main-d’œuvre qualifiée et spécialisée.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Avec la venue de François Blais au poste de ministre de l’Éducation, tous les espoirs sont permis pour le monde de l’enseignement continu et de l’enseignement aux adultes. C’est du moins ce qu’estiment Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, et Jean Beauchesne, président-directeur général de la Fédération des cégeps. Tous deux connaissent d’ailleurs bien M. Blais, l’ayant côtoyé dans le cadre de la Commission des partenaires du marché du travail.

François Blais ayant été ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, le fait qu’il passe à l’Éducation constitue en soi un prolongement inespéré. « Je l’ai rencontré plusieurs fois afin de parler du dossier de l’adéquation formation-emploi », raconte Mme Bouchard, à l’époque où il était ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale. « Et maintenant qu’il est à l’Éducation, c’est formidable puisque les discussions que nous aurons seront en lien direct avec les enjeux de l’adéquation formation-emploi. »

De surcroît, Mme Bouchard et M. Beauchesne se réjouissent du fait que le premier ministre lui-même place en priorité cette question. Pour Philippe Couillard, il s’agit en effet d’« un dossier très structurel pour la croissance économique du Québec », et il a promis, le 27 janvier dernier, qu’« il s’agit d’un travail considérable qui sera annoncé dans la première moitié de l’année 2015 ».

Priorité nationale

La formation continue et celle des adultes prennent en effet les allures d’une « priorité nationale » du fait qu’on fait face, comme partout en Occident, à des pénuries de main-d’oeuvre qualifiée et spécialisée.

À titre d’exemple, Jean Beauchesne relate que, d’après Emploi Québec, plus de 80 % des emplois spécialisés qui seront à combler d’ici 2022 exigeront un diplôme d’études collégiales. Or, précise-t-il, les cégeps fournissent chaque année au marché du travail 12 000 diplômés en techniques. « Cependant, nos calculs nous disent qu’on aura besoin d’au moins le double de diplômés, ce qui fait qu’il faut absolument rehausser la qualification des gens qui sont déjà sur le marché du travail, d’où la formation continue offerte aux adultes. »

Quant à Josée Bouchard, elle rapporte que le réseau des commissions scolaires compte près de 200 000 adultes en formation générale. Elle déplore cependant que les commissions scolaires ne disposent pas des budgets nécessaires à cette fin.

« En ce qui a trait à l’instruction des jeunes, on est obligé de fournir les services à tous les élèves, explique-t-elle, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour le secteur des adultes. Cela peut donner l’impression que celle-ci est moins importante, puisqu’il y a des listes d’attente. »

Si les cégeps ne vivent pas les mêmes contraintes que le réseau secondaire. M. Beauchesne est choqué par les coupes de 109 millions qu’ont subies les cégeps ces quatre dernières années. « On ne peut pas prétendre que, après six compressions en quatre ans, cela n’a pas d’impact, c’est impossible !, lance-t-il. Déjà, cette année, 29 de nos 48 cégeps ont dû diminuer ou stopper l’un ou l’autre de leurs services aux étudiants. »

Autant l’un que l’autre observent qu’« il est évident que les restrictions budgétaires qu’on subit font en sorte qu’on ne répond pas à la demande et, surtout, qu’on n’est pas en train de s’aligner pour répondre aux besoins d’adéquation formation-emploi. »

Josée Bouchard considère néanmoins que le travail qui se fait actuellement à ce sujet devrait faire en sorte qu’on puisse un jour satisfaire l’ensemble des besoins en formation continue et en éducation des adultes. « C’est une nécessité ! », affirme-t-elle.

Pour cette raison, elle a particulièrement hâte de se mettre au travail avec le nouveau ministre de l’Éducation. « C’est déjà quelque chose que j’avais partagé avec M. Blais et il pourra maintenant faire le lien avec l’Éducation, dit-elle, souriante. Voilà qui nous donne beaucoup d’espoir, puisque nous sommes en présence de quelqu’un qui est bien au fait du dossier et qui va maintenant voir les réalités du monde scolaire. Ce sera intéressant à suivre… »

Quant à Jean Beauchesne, il laisse la poursuite du dossier à son successeur, Bernard Tremblay, entré en fonction lundi dernier.

Une autre raison d’espérer ?

C’est ainsi que le p.-d.g. de la Fédération des cégeps quitte ses fonctions après un « intense et tumultueux » mandat de quatre ans et demi.

« Évidemment, j’ai eu un mandat qui n’était pas de tout repos, confie Jean Beauchesne. On a vécu la crise étudiante à vif, durant un an et demi, et ç’a été une période très, très difficile pour le réseau. » En outre, durant ces années, les cégeps se sont vus amputés de 109 millions.

À ce sujet, M. Beauchesne fait un constat pour le moins étonnant : « J’ai constaté que, au cours des 25 dernières années, il y a eu des phases successives de réinvestissements et de compressions en éducation, selon des cycles de quatre ou cinq ans environ. Lorsque je suis arrivé à la tête de la fédération, il faut croire qu’on commençait un cycle de compressions ! », dit-il en riant.

Par conséquent, il souhaite à son successeur de connaître un cycle de réinvestissements. « Le fait qu’on voit l’entrée en fonction d’un nouveau ministre de l’Éducation et d’un p.-d.g. de la Fédération des cégeps est peut-être une heureuse coïncidence », explique-t-il avec espoir.

Néanmoins. M. Beauchesne se réjouit du mandat qu’il termine : « Vous savez, lorsqu’on occupe une fonction où les décisions qu’on prend ont des impacts sur le développement de nos jeunes, c’est extrêmement emballant. Ça m’a grisé ! J’ai beaucoup apprécié de me lever tous les matins en pensant à la mission que j’avais à remplir… »