L’abolition des directions régionales n’a pas donné les économies escomptées

En campagne électorale, les libéraux s’étaient engagés, dans leur programme, à abolir les directions régionales, dans une volonté de «recentrage» de la mission du ministère de l’Éducation.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir En campagne électorale, les libéraux s’étaient engagés, dans leur programme, à abolir les directions régionales, dans une volonté de «recentrage» de la mission du ministère de l’Éducation.

Le grand ménage du gouvernement Couillard ne rapporte pas autant que prévu. En tout cas, pas dans le réseau de l’éducation, où l’abolition des directions régionales n’a engendré que 8 millions d’économies, au lieu des 15 millions espérés.

C’est ce que le ministère de l’Éducation (MELS) a confirmé au Devoir. Les économies annuelles ont été « d’un peu plus de 8 millions », a dit la porte-parole du MELS, Esther Chouinard. Il n’a toutefois pas été possible d’obtenir les détails sur les raisons d’une telle différence dans les calculs.
 
Durant la dernière campagne électorale, le Parti libéral de Philippe Couillard avait affirmé son intention de fermer les 11 directions régionales du MELS, ce qui entraînerait la disparition directe de 120 postes de fonctionnaire et permettrait, selon ses calculs, des économies annuelles de 15 millions. Par ailleurs, cela devait aussi causer l’élimination de 500 postes (100 par année pendant cinq ans) au siège administratif du ministère à Québec et engendrer des économies de 7,5 millions par an (37,5 millions). Au total, après cinq ans, les 620 postes abolis devaient permettre au gouvernement de faire d’importantes économies.
 
Des dépenses de 8 millions
 
Comme l’opération n’est pas arrivée à son terme, il est impossible de chiffrer les économies réelles qui ont été réalisées, mais, chose certaine, elles n’ont pas été au rendez-vous dans l’opération d’abolition des directions régionales qui s’est concrétisée à la rentrée scolaire. Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, avait indiqué au Devoir en mai dernier qu’aucun fonctionnaire n’allait perdre son gagne-pain. « On ne peut pas juste dire à des gens : “ Ça y est, c’est fini, merci, bonsoir, vous partez ” », avait expliqué son attachée de presse, Yasmine Abdelfadel.
 
En juin 2014, lors de l’étude des crédits, le tableau des dépenses de fonctionnement du MELS indiquait que, dans les directions régionales, 7,1 millions étaient versés en rémunérations et 1 million était alloué au fonctionnement, pour un total d’un peu plus de 8 millions.
 
Peu de voix se sont élevées pour protester contre la disparition des directions régionales. Toutefois, beaucoup de scepticisme a été exprimé du côté des syndicats. Certains ont dit craindre que cette réduction du nombre des fonctionnaires n’ait pas d’impact sur les services aux élèves. D’autres se sont inquiétés du transfert des responsabilités de ces directions régionales aux structures existantes.
 
Au moment d’annoncer leur intention de réduire les dépenses du ministère de l’Éducation, les libéraux avaient insisté sur le fait que l’argent serait réinvesti dans la lutte contre le décrochage scolaire : l’aide aux devoirs, l’embauche de professionnels, etc. Le gouvernement n’a pas encore fait le point là-dessus.
 
Philippe Couillard avait expliqué son opération de réduction de la bureaucratie en disant vouloir diminuer de quatre à trois le nombre de paliers d’intervention du réseau scolaire, ne laissant que le ministère, les commissions scolaires et les écoles. Il ne croyait plus nécessaire que ces instances viennent « chapeauter et jouer un rôle d’accompagnateur » pour les commissions scolaires.
 
À cette même époque, lors d’un débat des chefs, il avait dit comprendre l’importance du rôle des commissions scolaires. « Je veux les préserver, c’est un endroit de proximité, on me l’a dit partout », avait-il déclaré. À un hebdomadaire de Québec, il avait affirmé qu’il n’y aurait pas de « fusions forcées ». Aujourd’hui, le gouvernement Couillard impose la fusion de plusieurs commissions scolaires du réseau francophone, avec l’objectif clair de réaliser des économies, qu’il se dit toutefois incapable de chiffrer.
 
Au moment d’annoncer son plan de fusion de certaines commissions scolaires, le ministre avait soutenu qu’il fallait attendre « le découpage final » de la carte des territoires avant de déterminer les économies qui seront réalisées. Les propositions de redécoupage demeurent toujours à l’analyse, alors que les commissions scolaires et le ministère ont bon espoir de pouvoir s’entendre au début de l’année 2015.