Le banquier apôtre de la persévérance tire sa révérence

L. Jacques Ménard (au centre) a réussi à mobiliser le monde des affaires pour lutter contre le décrochage.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L. Jacques Ménard (au centre) a réussi à mobiliser le monde des affaires pour lutter contre le décrochage.
L. Jacques Ménard quitte la direction du Groupe d’action sur la persévérance scolaire, qui avait mobilisé sur cet enjeu toute une communauté de gens d’affaires. Diane De Courcy le remplacera.​
 

Rarement un banquier aura fait autant l’unanimité. Surtout dans le milieu de l’éducation. À la tête du Groupe d’action sur la persévérance scolaire, le président de BMO Groupe financier, Québec, L. Jacques Ménard, a récolté de nombreux éloges. Encore la semaine dernière, le ministre de l’Éducation saluait son action devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Son fait d’armes ? Avoir donné un électrochoc à toute une communauté de gens d’affaires qui, jusqu’à il y a quelques années, ne s’était jamais vraiment intéressée à la persévérance scolaire.

« Le milieu d’affaires n’était pas indifférent, mais on n’était pas particulièrement sensible. Je ne voyais pas beaucoup d’implication des milieux économiques. C’est un peu comme le problème de l’analphabétisme. On gardait ça sous le boisseau. Ce n’est pas un enjeu que tu te plais à embrasser parce que tu ne peux pas régler ça en dedans de quatre ans », souligne en toute franchise M. Ménard. « Moi je me suis dit, on doit prendre fait et cause de cela. C’est dans notre intérêt. Notre société ne va qu’en être plus harmonieuse et plus performante. »

D’avoir été cette locomotive qui a mis en branle toute une mobilisation du milieu — mais aussi le gouvernement qui a pratiquement fait un copier-collé des recommandations du rapport « Savoir pour pouvoir » du groupe de travail qu’il avait présidé —, voilà le seul mérite qu’il s’accorde. Et encore là, il ne s’applaudit pas longtemps. « Je prends ça avec un grain de sel », dit-il à propos des louanges reçues. Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, lui disait sa mère.

Après six ans d’engagement, L. Jacques Ménard tire sa révérence. À la tête de l’organisation, du moins, puisqu’il continuera d’y siéger. « Quand j’embarque dans quelque chose, je travaille quatre-cinq ans. Je donne tout ce que j’ai, je fais ce que j’ai à faire, je fais mon travail de leadership et ensuite, sans être indifférent, je me retire », explique-t-il. Il passe le flambeau à Diane De Courcy, une femme qui connaît bien le milieu de l’éducation, comme ancienne présidente de la CSDM, et le milieu de la politique, en tant qu’ex-ministre péquiste de l’Immigration.

Ce sens de l’engagement ne date pas d’hier. « Je n’étais pas un nerd, plutôt un gars impliqué », raconte-t-il. Des scouts qu’ils fréquentaient étant jeune à la fondation d’Oxfam-Québec avec ses amis Yvon Deschamps, Bernard Derome, Jean-Claude Rivard et cie, à son retour de la Western University en Ontario, l’homme a été nourri au lait de l’engagement social. « Ça a été mon premier geste civique. J’avais du temps libre. Mes chums cherchaient quelqu’un qui savait compter et j’ai été leur trésorier, dit-il. C’est devenu une seconde nature. Et ça s’est enchaîné pendant 40 ans. »

 

Une question de sous

Son action aura tourné beaucoup autour de la collecte de fonds. Au cours de l’entrevue, M. Ménard n’a cessé de faire allusion à toutes ces fois où il est allé cogner aux portes pour « quêter de l’argent ». Un coup de téléphone à des leaders d’institutions financières comme Monique Leroux (Desjardins) et Louis Vachon (Banque Nationale) pour les convaincre d’investir dans diverses initiatives, un autre au ministre des Finances de l’époque pour lui demander de consacrer une enveloppe à un projet de littératie financière dans les écoles. Parfois, il n’a pas eu besoin d’appeler qui que ce soit, mais son action seule a inspiré. Rio Tinto qui a investi 100 millions pour la réussite scolaire sur 10 ans. Le groupe Aldo qui l’appelle pour associer une de ses franchises aux enjeux de la réussite scolaire.

La persévérance est-elle toujours une question d’argent ? « Quand j’étais au collège, on s’attendait à ce que le gouvernement règle l’essentiel de tous les enjeux sociaux. Mais le monde a bien changé depuis ce temps-là, a-t-il soutenu. Maintenant, les idées et les moyens viennent de la société civile. Il n’y a rien comme une participation communautaire. Je suis allé récemment donner une conférence en France. Les journalistes me demandaient de leur expliquer comment on faisait pour que les gens d’affaires s’impliquent comme ça dans l’éducation. Ils ne sont pas habitués à ça. »

Des legs et des défis

En presque six ans, M. Ménard et son groupe d’action, auquel ont siégé des gens de tous les milieux, dont le Dr Julien et Michel Perron, de l’Université du Québec à Chicoutimi, ont permis de créer une mobilisation sans précédent autour de la réussite scolaire au Québec, qui s’est notamment traduite par une forte participation à trois Rencontres interrégionales sur la persévérance et la réussite scolaires. Le président de BMO Groupe financier, Québec, part en laissant dernière lui trois grandes entreprises oeuvrant dans la lutte contre le décrochage, dont une de très grande envergure, Fusion Jeunesse, qui, bien qu’elle soit entièrement non gouvernementale, est pratiquement une branche du ministère de l’Éducation.

L’objectif d’un taux de diplomation de 80 % d’ici 20 ans, que s’est donné le gouvernement du Québec, inspiré par le groupe d’action, ne sera pas facile à atteindre. Il est passé de 68,6 % en 2006-2007 à 75,8 % cinq ans plus tard. « Mais ce sont les derniers points de pourcentage qui sont les plus difficiles à atteindre », note M. Ménard. Il part au moins avec la certitude que l’importance de la réussite scolaire perdurera. « On ne reviendra jamais en arrière là-dessus. »

5 commentaires
    • Alain Castonguay - Abonné 27 février 2015 12 h 57

      J'aime beaucoup le prof Lauzon et son rôle de commentateur. Mais cela ne m'empêche de constater la profondeur de l'engagement civique de Jacques Ménard. Vous trouvez que le titre "apôtre de la persévérance scolaire" est trop ronflant? C'est votre droit, tout comme M. Lauzon a le droit de contredire la vision optimiste de M. Ménard. Mais il ne s'est pas contenté de parader dans les cocktails, il a mis du temps et des efforts. S'il y avait plus de banquiers comme lui, le Québec et le Canada se porteraient mieux.

    • Jean-Yves Proulx - Abonné 27 février 2015 19 h 15

      M. Ménard est probablement un homme fort sympathique. Il a certainement été un excellent gestionnaire pour la Banque de Montréal. Le cri d'alarme qu'il a lancé auprès des gens d'affaires ?
      Quand on voit les millions que ces mêmes banques détournent du fisc à chaque année, au bénéfice de ces mêmes gens d'affaires, contribuant ainsi au sous-financement de notre système scolaire (et de notre sytème de santé), j'hésiterais à canoniser cet apôtre, et même à lui attribuer le titre d'apôtre...
      Jetez un coup d'oeil à cette carte interactive des pricipaux paradis fiscaux utilisés par nos grandes banques canadiennes : http://www.cbc.ca/news2/interactives/banks-canada/
      Lisez le dernier livre d'Alain Deneault, Paradis fiscaux : la filière canadienne...

  • Claudette Boisvert - Abonnée 27 février 2015 07 h 01

    Bravo monsieur Jacques Ménard

    Comme c'est bon de lire sur un tel personnage. Bravo monsieur L. Jacques Ménard.
    Et merci!

  • André Le Belge - Inscrit 27 février 2015 15 h 49

    L,argent rend tout facile

    Oui, l'argent rend tout facile: les beaux habits, l'entregent, la belle rhétorique et les beaux mensonges. Qu'il est facile de ...