Haro sur les menaces et le vandalisme à l’UQAM

Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir

Des professeurs du Département de sciences politiques de l’UQAM lancent un cri du coeur, appelant à faire cesser le vandalisme et le climat d’intimidation régnant dans les couloirs de l’Université. Selon eux, c’est carrément l’avenir et la réputation de l’UQAM qui sont en jeu.

« Depuis quelques années, en effet, notre université est en proie aux agissements d’une minorité : empêchement du déroulement des cours par des commandos autoproclamés et parfois masqués, intimidations, harcèlement, bousculades, actes de vandalisme et saccages, perturbations de réunions et de conférences, grèves à répétition », écrit le vice-doyen aux études de la Faculté de science politique et de droit, Jean-Guy Prévost, dans une lettre envoyée à la communauté universitaire que cosignent 13 de ses collègues professeurs et obtenue par Le Devoir. « Nous refusons catégoriquement qu’une minorité — de quelque couleur politique qu’elle soit — s’impose ainsi à l’UQAM. »

Depuis un certain temps et encore aujourd’hui, des actes d’intimidation et de vandalisme se produisent régulièrement, surtout dans le pavillon des sciences humaines, Hubert-Aquin. De la peinture est lancée sur des murs, de l’équipement est saccagé et des cours ou des conférences sont interrompus par des militants perturbateurs, parfois masqués, qui crient des slogans de lutte ou d’appui à des causes (contre l’austérité, pro-Palestine, contre les hydrocarbures, etc.). Encore lundi, des militants ont frappé dans les portes et les fenêtres des bureaux du personnel de l’UQAM, effrayant des employés et brisant une vitre.

Le vice-doyen s’explique mal ces agissements. « Ça me semble contre-productif. C’est comme si quelqu’un qui reçoit une hausse de taxe foncière qu’il juge injuste décidait de vandaliser sa propre maison. Il y a des choses comme ça qui me dépassent. »

La goutte qui a fait déborder le vase ? Le 20 janvier dernier, une rencontre réseautage avec le sous-ministre adjoint des Ressources naturelles Canada à laquelle participaient une plusieurs étudiants a été interrompue par une soixantaine de manifestants qui sont « entrés dans la salle et se sont mis à hurler jusqu’à ce que tout le monde quitte, par crainte ou par écoeurement », raconte M. Prévost.

De tels gestes sont inacceptables, poursuit-il. « Des profs nous rapportent des comportements désagréables qu’on a eus à leur endroit parce qu’ils ne voulaient pas quitter la classe pendant un vote de grève, par exemple. » Dans le cours d’un de ses collègues où avait lieu une vidéoconférence avec des intervenants en Afrique et aux États-Unis, des militants sont entrés et ont débranché les appareils. « Ça me semble complètement sauvage, a déploré M. Prévost. Ça crée une atmosphère qui n’est intéressante pour personne. Ces perturbations nuisent au climat d’étude. »

Bon an mal an, ce sont des dizaines de milliers de dollars que l’UQAM consacre à la réparation du bris de matériel et du saccage. « Ce n’est pas le coût matériel ou financier qui est le plus important. C’est ce qui en coûte à l’université, de ne plus constituer un espace de paix et de débats dans le respect de la diversité », a déploré le vice-recteur à la Vie universitaire, Marc Turgeon. « Expliquez-moi en quoi le saccage de l’UQAM va faire avancer l’université. »

Il se dit heureux de voir qu’il n’est pas le seul à dénoncer ces actes, depuis un message envoyé à la communauté peu de temps avant Noël. « Il y a assez de place à l’université pour permettre le débat sous toutes ses formes et sur toutes les causes », a dit le vice-recteur. « Mais à un moment donné, ça suffit. J’ai besoin que les gens de la communauté universitaire nomment et dénoncent ce qui se passe. Ce n’est pas juste une confrontation entre la direction et les étudiants militants. C’est une situation dans laquelle une minorité militante attaque toute l’université. »

Des perturbateurs étudiants

Selon la direction, les perturbateurs seraient des étudiants de l’université, mais également des personnes venant de l’extérieur. Si elle a manifesté cet automne son souhait de participer à un éventuel printemps 2015, l’Association facultaire étudiante de science politique et droit (AFESPED) se défend d’appeler à ces actes d’intimidation et ne « crédite » pas ces gestes. « J’imagine qu’il doit y avoir [dans ces perturbateurs] des étudiants en sciences po et en droit, mais je ne suis pas au courant des groupes qui se forment », note Anne-Marie Veillette, coordonnatrice aux communications.

Parler de « climat d’intimidation » est, selon elle, « un peu exagéré ». Elle ne croit pas non plus que l’image de l’UQAM en est entachée. « Je pense que l’action politique fait tout autant partie de l’éducation que son étude théorique dans les cours, avance-t-elle. Je ne pense pas que ça donne une mauvaise image de l’UQAM. » Mme Veillette admet que son association reçoit des plaintes d’étudiants. « Mais on essaie de mettre en place des mécanismes dans nos assemblées générales pour que les débats se passent de la façon la plus respectueuse possible. »

Marc Turgeon dit ne pas cibler les associations étudiantes, mais plutôt la minorité militante. Mais l’UQAM n’étant pas une organisation policière, il voit mal comment il peut faire cesser ces agissements. « Expliquez-moi comment une direction d’université peut empêcher des gestes de militants radicaux. Est-ce que je vais mettre des agents de sécurité dans toutes les salles de classe ? Je vais mettre en place dans nos 275 portes un mécanisme de contrôle des accès ? C’est absurde », a-t-il dit. Il mise plutôt sur la vigilance des gens pour qu’ils dénoncent ces actes, et sur la prévention. « On essaie d’être attentifs. Quand un cas nous est rapporté, on fait enquête et on prend ensuite des mesures. »

15 commentaires
  • Charles Lebrun - Abonné 24 février 2015 03 h 17

    Désobéissance civile

    Voilà où mène la "désobéissance civile" que des organisations comme Greenpeace se sentent justifier d'emprunter comme moyens de pression. C'est devenu tellement "normal" à force d'être reporté comme tel dans les bulletins de nouvelles que des étudiants trouvent tout naturel d'interrompre une rencontre réseautage. Une manifestation avec des pancartes, à la porte du local, ne les contentent plus! Il faut plus! Toujours plus! Jusqu'où ça ira? À la société de se questionner, de réfléchir... et de répondre!

    • Yves Côté - Abonné 24 février 2015 07 h 56

      Monsieur Lebrun, SVP, quelles seraient vos questions pour les gens et les organisations politiques qui manipulent l'état de fait que vous dénoncez ?
      Merci.

    • Brian Monast - Abonné 24 février 2015 08 h 25

      Cette désobéissance n'est justement pas civile. Plus encore, une manifestation, bien menée, n'est pas non plus un acte de désobéissance.

      De même, ces gestes *ne constituent pas* une action politique.

      Cf le commentaire de la représentante étudiante, Anne-Marie Veillette:
      « Je pense que l’action politique fait tout autant partie de l’éducation que son étude théorique dans les cours, avance-t-elle. Je ne pense pas que ça donne une mauvaise image de l’UQAM. »

      Faudrait-il comprendre que, dans les cours de politique à l'UQÀM, on append la théorie en ce qui concerne l'usage de la violence et que, dans "la vraie vie", on met ça en pratique?

      Enfilons nos pantalons, comme le dit Yves Côté, si on ne veut pas que, comme le laisse entendre le commentateur suivant, Monsieur H. le fasse pour nous!!

    • Charles Lebrun - Abonné 25 février 2015 12 h 06

      Je disais bien à nous de nous questionnner... à savoir jusqu'où allons tolérer le "désordre" (ça vaut pour les gens et les organisation politiques qui manipulent l'État, pour les tricheurs que nous avons vus aux Commissions Charbonneau, Gommery et Bastarache, ça vaut pour tout l'monde!) puis, nous allons y réfléchir... et répondre (ce qui voulait dire, agir) ce que la Direction de l'UQAM, pourtant bien rémunéré, ne fait tout simplement pas! Si j'étais un élève touché par ces gestes, je poursuivrais la Direction de l'UQAM aux Petites créances... Simplement pour leur faire prendre conscience de leurs responsbilités!

  • Yves Côté - Abonné 24 février 2015 04 h 32

    Questions...

    Serions-nous devenus une société incapable d'empêcher ce genre de comportement contre-productif socialement ?
    Je ne le crois pas.
    Serions-nous devenus une société si manipulée qu'il nous semble impossible de remonter jusqu'aux donneurs d'ordres de ce genre de comportements ?
    Je crains commencer à grandement le croire.
    Depuis quand serions-nous rendus si incapables d'action comme société, que l'arrestation et l'identification formelle d'une petite bande de casseurs nous apparaît comme impossible ?
    De prendre quelques coups pour arrêter ces individus et démanteler leur structure agissante serait-il d'un risque trop grand pour nos forces policières et de sécurité ?
    Et aussi, à qui toute cette affaire de sabotage intellectuel et d'intimidation peut-elle servir ?
    Selon moi, certainement pas aux individus qui tentent de s'instruire, ni à un peuple qui cherche à s'émanciper...
    Cette situation montre que nous en sommes, me semble-t-il, à une étape de notre déconstruction sociale si avancée, que nous cherchions maintenant les fleurs sur notre propre tapis québécois pour nous enfarger dedans...
    Et finalement, que doit faire un gouvernement avec une direction d'université très bien payée pour faire un travail que, de toute évidence, elle est incapable de faire ?
    Que faire, sinon que de commencer par mettre ses culottes ?

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 24 février 2015 06 h 16

    Du terrorisme...

    Police pour arrêter ces malfrats.
    C'est du terrorime, loi fédéral.
    Appel à la GRC.
    No tel. dans internet ou 411.

    • François Dugal - Inscrit 24 février 2015 08 h 11

      La police, madame Ste-Marie, est trop occupée à donner des contraventions pour excès de vitesse, une activité payante qui justifie ses émoluments. Arrêter des étudiants ne rapporte pas un sou, en plus d'être fatiguant; c'est par conséquent une activité contre-productive, nulle et non-avenue.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 24 février 2015 23 h 19

      Je comprends votre ironie M. Dugal mais vous devez comprendre la mienne qui implique la GRC, la police fédéral qui devra avec la loi C-51 s'impliquer au Québec dans des institutions d'éducation Québécoise alors que les contraventions pour excès de vitesse sont de juridiction provinciale ou municipale.
      L'on verra qu'est ce que le fédéral fera dans des circonstances de terrorismes au Québec. Il ne pourra pas imposé la loi des mesures de guerre à chaque fois qu'il y aura une petite menace terroristique comme Trudeau le 1er fît à l'époque. (lol)

  • Gilles Delisle - Abonné 24 février 2015 08 h 39

    Dans le métro et les autobus!

    Les caméras semblent avoir un effet dissuasif sur les petits délinquants envahissants de nos réseaux de transport! Pourrions-nous essayer cela dans nos réseaux publics d'éducation et de culture. Une manifestation, cà se passe dans la rue, et non pas à salir le matériel urbain chèrement payé par le peuple.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 24 février 2015 08 h 51

    Une application

    Que les ètudiants,intellectuellement agresse dans les classes de cours,se fedèrent et

    fassent appel à la legitime defense intellectuelle pour sortir les troubleurs à une pai-

    sible jouissance des lieux.