L’aide aux handicapés servira à éponger les coupes

L’UQAM a démenti par courriel des informations contenues dans le document remis lors de sa rencontre avec le Comité à la vie étudiante.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’UQAM a démenti par courriel des informations contenues dans le document remis lors de sa rencontre avec le Comité à la vie étudiante.

L’UQAM entend utiliser près d’un million de dollars destinés à ses étudiants en situation de handicap pour absorber les compressions imposées par Québec et atteindre l’équilibre budgétaire, a appris Le Devoir. La décision, communiquée au Comité à la vie étudiante (CVE), qui s’est réuni vendredi matin, a provoqué l’ire des étudiants, qui ont vivement dénoncé ce « détournement de fonds ».

Venant d’une enveloppe bonifiée de 7,5 millions pour l’ensemble des universités, le montant de 900 000 $, dont l’UQAM s’est vu confirmer l’octroi en décembre dernier, devait servir à financer une aide directe offerte aux étudiants en situation de handicap, qui sont à mobilité réduite ou qui ont, par exemple, une déficience visuelle, auditive ou neurologique. Or, selon des documents obtenus par Le Devoir, on peut lire que « le réinvestissement prévu pour les étudiantes et les étudiants en situation de handicap servira à pallier au [sic] manque à gagner 2014-2015 et les années suivantes dans le cadre du Plan d’atteinte de l’équilibre budgétaire 2015-2018 ».

Pour Gabriel Boileau, membre du CVE et président de l’Association étudiante de l’École des sciences de la gestion (AEESG), c’est une décision « scandaleuse » qui s’ajoute aux problèmes causés par les compressions qu’a imposées le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, dont les « contrecoups » se font déjà sentir dans le réseau universitaire. « Pour nous, c’est un détournement de fonds. Car c’est le ministère qui donne des ressources spécifiques pour un projet précis, et l’UQAM met l’argent ailleurs », a dit M. Boileau, interrogé par Le Devoir.

Il déplore que son établissement s’en prenne ainsi aux étudiants les plus vulnérables et fasse fi de leurs besoins en vue d’atteindre le déficit zéro.

Chaque année depuis 2012, le Programme de soutien à l’intégration des personnes handicapées se voit octroyer sur demande un montant de 326 641 $ par la Direction générale des affaires universitaires et interordres (DGAUI) au ministère de l’Éducation (MELS). En décembre, cette Direction générale a confirmé que, à compter de l’année scolaire 2014-2015, cette enveloppe allait être majorée de 7,5 millions, un « réinvestissement [qui] permettra de soutenir l’organisation et l’offre de services à ces étudiants, notamment ceux ayant un trouble d’apprentissage, un trouble mental ou un trouble de déficit d’attention ». Rien que pour l’UQAM, ce montant dédié est de 900 000 $ et il serait accaparé pour renflouer le déficit créé par les coupes du gouvernement dans les budgets de l’université.

Des fonds nécessaires

La population étudiante en situation de handicap a crû de 25 % en un an et de 600 % au cours des cinq dernières années, rapporte M. Boileau. Les ressources manquent, a admis le Service à la vie étudiante de l’UQAM, et les fonds octroyés par Québec auraient été bienvenus. « Pour l’UQAM, ce réinvestissement de près de 900 000 $ viendrait stabiliser et améliorer l’offre des services offerts sur le campus pour cette population étudiante en forte croissance au cours des six dernières années », peut-on lire dans les documents du CVE.

Selon Gabriel Boileau, cette subvention permet le financement des postes de divers spécialistes — un neuropsychologue, un orthopédagogue et un conseiller aux services — en plus de permettre l’achat de matériel de soutien et de services plus adaptés à ces étudiants à la bibliothèque. Ce montant doit aussi servir à la formation des professeurs et des chargés de cours. « C’est non seulement un soutien à ces étudiants beaucoup moins stables et à leur réussite scolaire, mais aussi à l’enseignement, a-t-il souligné. Et ce n’est pas les aider que de couper dans les ressources qui leur étaient allouées. »

Interpellé à propos de cette annonce, l’UQAM n’a pas été en mesure d’accorder une entrevue sur le sujet. Le service des communications s’est contenté de préciser que « cette subvention sert à financer des dépenses que l’UQAM assume déjà pour les étudiants en situation de handicap [pour 2014-2015], mais pour lesquelles l’université n’a pas de financement ». Contrairement à ce qui a été précisé lors de la rencontre avec le Comité à la vie étudiante, l’UQAM assure que cette subvention ne représente pas une mesure du plan d’atteinte de l’équilibre budgétaire 2015-2018, n’ayant « aucune garantie qu’une telle subvention sera octroyée par le gouvernement pour les prochaines années ».

Dans la lettre envoyée à l’UQAM en décembre, la DGAUI laisse plutôt entendre qu’un comité sur les besoins émergents des étudiants en situation de handicap dans les universités, mis sur pied en avril 2014, statuera sur de nouvelles modalités de financement qui devraient s’appliquer dès 2015-2016.

En chiffres

L’UQAM est, de loin, l’université francophone où se trouve la plus grande proportion d’étudiants en situation de handicap (14 %). L’Université McGill et l’Université Concordia en ont toutefois plus (17 % toutes les deux). À l’UQAM, 96 % de ces étudiants sont au premier cycle et sont en majorité des femmes (62 %). Les troubles les plus fréquents sont les troubles du déficit de l’attention (31 %), les troubles d’apprentissage (22 %) et les troubles de santé mentale (19 %).

1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 2 février 2015 07 h 47

    De longue date

    «Scandale et détournement de fonds » : ce sont les bons mots.

    Je navigue depuis quarante-quatre ans dans le système scolaire québécois et son secteur « jeunes » qui rassemble le préscolaire, le primaire et le secondaire connaît depuis longtemps ce genre de tour de passe-passe lorsque les coupes à l'aveugle frappent ses services essentiels, ce qui est somme toute un état permanent.

    On voit alors que des gestionnaires talentueux, voire déontologiques, mais sans éthique, sont en mesure d'inventer comment s'emparer des subventions théoriquement dédiées aux écoliers et étudiants en situation de handicap.

    Dans ma commission scolaire inventive, cela s'est traduit par imputer aux écoliers en situation de handicap les dépenses de chauffage et d'éclairage en proportion du nombre qu'ils représentent dans les écoles. Le modèle a provincialement été copié, permettant aux commissions scolaires et au MEQ-MELS de prétendre à une augmentation des investissements auprès de ces clientèles vulnérables.

    Évidemment, personne au ministère ne s'est posé la question : ferme-t-on l'éclairage et le chauffage dans une classe sans écoliers handicapés?

    Le blâme est sans nul doute à servir aux exécuteurs de ses basses oeuvres, mais plus encore à ceux qui provoquent le châtiment.

    Je suggère au ministre Bolduc un sérieux examen de conscience : les coupes gouvernementales corrompent bien plus que des colonnes de chiffres...

    Nous n'aurons bientôt d'âme ni en Éducation, ni en Santé, ni en développement durable!