Le multilinguisme comme atout dans le monde actuel

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Grâce à ces démarches, l’Université d’Ottawa attire un grand nombre d’étudiants chinois.
Photo: Université d’Ottawa Grâce à ces démarches, l’Université d’Ottawa attire un grand nombre d’étudiants chinois.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ce qui distingue l’Université d’Ottawa des autres universités canadiennes, c’est son bilinguisme, rapporte Gary Slater, vice-recteur associé aux affaires étudiantes au Bureau international de cette université. « Ici, nous avons évidemment un pied dans la francophonie et un autre du côté anglophone, relate-t-il. C’est dire que, chez nous, un étudiant peut faire ses études en français tout en apprenant en même temps l’anglais. »

Il souligne surtout que, « comme université bilingue, nous insistons beaucoup sur le fait que d’être bilingue, trilingue, quadrilingue, etc., c’est un atout majeur dans le monde actuel ». C’est ainsi que, par l’entremise de nombreux partenariats, le responsable du recrutement d’étudiants étrangers « vend » son université sur la base du bilinguisme qu’on y pratique.

M. Slater cite d’ailleurs de beaux cas, dont celui d’un Malien venu étudier à l’Université d’Ottawa. « Cet étudiant m’a raconté que, lorsqu’il est arrivé à Ottawa, il ne connaissait à peu près que trois mots d’anglais, rapporte-t-il, mais que, après quatre années d’études, il parle bien l’anglais. Je lui ai d’ailleurs demandé de me parler en anglais et il est absolument fantastique, il parle l’anglais de façon remarquable ! Cet étudiant m’a aussi dit qu’il n’avait jamais pensé sortir d’ici en étant aussi bilingue. C’est un peu ce genre d’expérience que nous vendons à l’étranger. »

Le français en Inde et en Chine

On pourrait même considérer que, selon ce que rapporte le responsable du recrutement et de l’intégration des nouveaux étudiants, l’Université d’Ottawa est un important outil de promotion du français à travers le monde. Dans le cadre de ses activités de recrutement, Gary Slater est amené à voyager un peu partout, dont en Inde et en Chine. « Il y a des milliers d’écoles en Inde où on enseigne le français, relate-t-il, alors qu’un million de Chinois apprennent le français. »

« Je suis allé en Inde en novembre dernier et j’y ai entre autres rencontré une professeure de français qui amène chaque année ses étudiants faire des stages de quelques semaines en France, dit-il. Je crois l’avoir convaincue de venir en stage ici, peut-être même en mai et juin prochains. On pourrait donc organiser une sorte de camp d’été pour des étudiants indiens parlant le français ! »

Le vice-recteur a par ailleurs constaté qu’en Chine des facultés universitaires donnent leur enseignement uniquement dans une langue : anglais, espagnol, portugais, français, etc. « Les Chinois savent que leur langue est très peu parlée en dehors de leur pays et, comme ils veulent tisser des liens et faire des affaires avec des pays où la langue est l’anglais, l’espagnol, le portugais, le français, ils forment de grandes quantités d’étudiants dans l’une ou l’autre de ces langues », explique-t-il.

Il raconte ainsi qu’à l’Université Sisu, à Chongqing, il s’est entretenu durant deux heures avec 200 étudiants uniquement en français. « C’était absolument ahurissant, se souvient-il, puisque j’avais l’impression d’être en France ! »

Grâce à ces démarches, l’Université d’Ottawa attire un grand nombre d’étudiants chinois, ceux-ci constituant même l’essentiel du contingent d’étrangers au campus universitaire.

L’Université d’Ottawa tisse d’ailleurs une variété de partenariats avec la Chine. C’est ainsi qu’elle offrira sous peu une formation unique en son genre : des étudiants chinois pourront acquérir la formation de médecin telle qu’elle est prodiguée à l’Université d’Ottawa. « Notre programme de médecine va donc être enseigné là-bas, confirme Gary Slater. Les enseignants chinois donneront notre programme comme nous le faisons et selon des standards suffisamment élevés pour que, en principe, leurs étudiants soient reconnus comme médecins ici en Amérique. »

Des efforts payants

Gary Slater indique que, étant donné le plafonnement du nombre des candidats aux études universitaires au Canada, toute université qui désire faire augmenter sa clientèle n’a d’autre choix que de recruter à l’étranger. Dans le plan stratégique des années 2010 qu’a mis de l’avant l’Université d’Ottawa, on prévoyait faire passer de 4 à 9 % la proportion des étudiants étrangers. Or cet objectif a été dépassé en quelques années seulement, lance fièrement le responsable du recrutement. « On est passé d’environ 4 à 11 % en moins de cinq ans, dit-il, et là, nous sommes à réviser la cible à atteindre d’ici 2020. Et la majorité de nos étudiants étrangers proviennent de la Chine. »

Et comme l’un des objectifs de l’Université d’Ottawa est « de former des leaders » par l’entremise d’une formation internationale, elle cherche sans cesse à développer des partenariats et à exposer ses étudiants à la mondialisation.