Enseignants du cégep et du primaire, même combat?

La responsabilité des enseignants dans la qualité de l’enseignement est déjà dans la convention collective, mais cette fois le gouvernement veut plus, croit-on.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La responsabilité des enseignants dans la qualité de l’enseignement est déjà dans la convention collective, mais cette fois le gouvernement veut plus, croit-on.

Augmentation de la tâche et des groupes classes, non-reconnaissance des étudiants handicapés ou à besoins particuliers, contrôle accru par des évaluations et des méthodes imposées… Les enseignants du cégep craignent d’être soumis au même régime que ceux du primaire et du secondaire, ont souligné deux de leurs représentants en entrevue au Devoir.

Les demandes patronales sont « floues », mais font justement craindre le pire aux deux syndicats représentant les professeurs de cégeps (FNEEQ-CSN et FEQ-CSQ) qui, pour une des rares fois de leur histoire, s’unissent dans un front commun pour les négociations de leur secteur. « On sent beaucoup d’attaques. Ils attaquent tout ce qu’on a obtenu ces dernières années », constate Nicole Lefebvre, vice-présidente de la Fédération nationale des enseignant(e) s du Québec (FNEEQ-CSN).

Ce n’est pas exactement le même combat que pour les enseignants du primaire, mais la lutte que les professeurs de cégep devront mener a des points en commun.

« On se demande s’ils ne vont pas augmenter le nombre d’étudiants par classe », s’est interrogé Mario Beauchemin, président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEQ-CSQ). « Il y a des signaux dans les demandes patronales. […] Quand il y a plus de 160 élèves par prof, ils voient que ça commence à leur coûter cher. Alors ils veulent peut-être jouer là-dessus. Mais ce sont des conjectures… On ne sait pas trop parce qu’ils n’ont encore donné aucune précision. »

Au cégep, il n’y a pas, comme au primaire et secondaire, de pondération a priori, qui fait en sorte qu’un jeune ayant un handicap ou un trouble d’apprentissage peut compter pour plus d’un élève dans la composition d’une classe. Et les diagnostics suivent rarement l’élève aux études supérieures. Car non seulement celui-ci ne souhaite pas être stigmatisé, mais il n’est pas tenu par la loi de déclarer sa condition. « Mais à la mi-session, quand il voit que ça ne va pas bien, il fait sa déclaration. Ça veut dire que, pour nous, il faut revoir les choses en mi-session », a expliqué Mme Lefebvre. Elle souhaite qu’on trouve un moyen d’informer les enseignants de la « limitation » de l’élève parce que cela signifie pour eux plus de travail, en encadrement hors classe et en évaluation. D’autant que les étudiants ayant un handicap sont de plus en plus nombreux au cégep : en 2007, ils étaient 2000, mais étaient plus de 7500 en 2014. « Il y a eu plus de fonds pour les centres d’aide et de services aux étudiants. Mais pour les profs, il y a zéro ressource. »

Les syndicats veulent aussi envoyer un message clair : ils tiennent à leur autonomie. La responsabilité des enseignants dans la qualité de l’enseignement est déjà dans la convention collective, mais cette fois le gouvernement veut plus, croit Nicole Lefebvre. « Ils veulent implanter des audits d’assurance qualité. Et toutes les recommandations qu’ils font, c’est une uniformisation des façons de faire », indique Mme Lefebvre. Comme uniformiser la façon de faire les plans de cours. « Mais ça devient un document technocratique. »

Agir en région

Le coeur des revendications demeure la lutte contre la précarité, intimement lié à la situation en région. « Cette lutte se mène autant au régulier qu’à la formation continue. Et c’est d’autant plus d’actualité que les cégeps en région s’attendent à des difficultés et des baisses de leurs effectifs étudiants », souligne Nicole Lefebvre. Il faudra tout faire pour préserver les emplois, poursuit-elle. Les syndicats rappellent que, contrairement aux enseignants du primaire et du secondaire, les heures travaillées le soir ou les fins de semaine (planification ou correction) ne sont pas rémunérées.

Pour maintenir la vitalité des régions et assurer la survie des cégeps, leur permettre de développer des programmes uniques qu’ils seraient les seuls à donner est une idée à considérer, croient les syndicats. Mais les demandes patronales semblent aller dans une autre direction : celle du téléenseignement. « Pour eux, la formation à distance c’est LA solution. Mais c’est tellement le free for all. Les directions des cégeps font ce qu’elles veulent en contournant les conventions collectives. Ce n’est pas une panacée, souligne Mario Beauchemin. Il faudrait l’encadrer et ajouter de la cohérence. Ce n’est pas toujours un gage de réussite. »