Québec ne doit pas faire de coupes dans la recherche, clame l’INRS

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Craignant la venue d’une autre vague de compressions dans les universités, le recteur de l’Institut national de recherche scientifique (INRS) exhorte Québec à ne pas sabrer le financement en recherche. Il s’inquiète aussi de l’éventuelle hausse des droits de scolarité des étudiants étrangers, qui ferait beaucoup de tort à des établissements comme le sien.

« Je comprends que le gouvernement du Québec fait son effort de rationalisation et que les universités doivent y participer, mais il ne faudrait pas qu’on jette le bébé avec l’eau du bain, a déclaré Daniel Coderre, recteur de l’INRS, en entrevue au Devoir. On est capables de courber le dos encore cette année, mais il ne faudra pas que ça dure parce que ça va mettre à risque notre université. […] En 2015-2016, ça va être impossible s’il nous arrive d’autres compressions. Ça va être extrêmement difficile de continuer à bien faire ce qu’on fait. »

Jouissant d’une excellente réputation, l’INRS, qui accueille des étudiants en recherche aux 2e et 3e cycles, doit réduire de 1,3 million un budget de fonctionnement de 100 millions. Cette fois-ci, le budget a pu être bouclé, mais c’est le plan de développement stratégique qui est passé à la trappe. « Ça nous aurait permis de nous positionner encore mieux dans notre domaine, explique ce biologiste de formation. La recherche, c’est une des deux missions essentielles des universités. Nous, on n’est pas une université si on ne fait pas de la recherche. »

Étudiants étrangers

La majoration des droits de scolarité pour les étudiants étrangers aux cycles supérieurs préoccupe aussi grandement M. Coderre, et pour cause : son institut compte 45 % d’étudiants étrangers qui y font une maîtrise ou un doctorat. « C’est majeur ! », lance-t-il. Les étudiants étrangers hors Canada qui étudient au Québec déboursent 12 000 $ par année en droits de scolarité.

Si on augmente leur facture, cela se répercutera sur l’INRS, qui, en plus de leur fournir un revenu décent pour que les étudiants étrangers puissent se consacrer à leurs études et à la recherche, paie aussi une partie des droits de scolarité de ces étudiants, pour qu’ils soient au même niveau que les étudiants québécois. Il en va ainsi dans de nombreuses universités québécoises et canadiennes qui font de la recherche. « L’enjeu est là: si les frais de ces étudiants sont majorés, ça va se ressentir sur notre budget de fonctionnement, car on va être obligés de [dédommager] encore plus les étudiants. »

L’attractivité en sera aussi affectée, croit M. Coderre. De tous les étudiants étrangers qui fréquentent son université, environ 60 % s’installent au Québec et s’intègrent directement au marché du travail. C’est le « moteur même du développement économique » qui est en péril, souligne-t-il. « Il y a cette incertitude face aux étudiants étrangers. Et on aimerait savoir si on va épargner [de la hausse] les étudiants aux cycles supérieurs parce que ça va influencer nos stratégies pour la suite des choses. On est dans une période mouvante et difficile à gérer », déplore-t-il.

Rapport Tremblay-Roy

Dans le rapport définitif sur la politique de financement des universités, rendu public en décembre dernier et réalisé par Hélène Tremblay et Pierre Roy, l’un des trois volets portait uniquement sur les droits de scolarité des étudiants étrangers. Il ouvrait toute grande la porte à une modulation des droits de scolarité en fonction des disciplines pour les étudiants étrangers et des autres provinces, ce qui avait inquiété les représentants étudiants, qui craignaient que cela n’attire que les étudiants les plus riches et non les meilleurs. « Les universités tournées vers l’international vont pouvoir facturer le plein prix et les petites universités vont se retrouver désavantagées », avait déploré Jonathan Bouchard, président de la Fédération étudiante universitaire.

M. Coderre s’est dit déçu du rapport Tremblay-Roy, qu’il juge incomplet. « Ce qui manque cruellement dans ce rapport, c’est le “benchmark”. Quelles sont les meilleures pratiques qui se font ailleurs ? On dirait qu’on nous présente plus une vision des choses qu’un vrai effort de bonification du système. »

Les recteurs des universités tiendront une rencontre à la mi-février pour établir un « plan de match collectif », souligne M. Coderre. Ils se demanderont comment ils peuvent faire mieux avec leurs budgets actuels, comment mettre en commun des ressources — le partage des espaces au nouveau campus situé à l’ancienne gare de triage à Outremont est un bon exemple — et comment alléger leur lourd fardeau de la reddition de comptes.

1 commentaire
  • Maurice Bernard - Inscrit 26 janvier 2015 12 h 14

    Coupures dans la recherche

    Il est reconnu en administration, publique ou privée, qu'une entreprise qui fait de la recherche progressera grandement. Or couper dans ce secteur équivaut à couper les jambes à un...coureur ! Compétitivité oblige. Si une entreprise ou une institution de haut savoir n'a plus les ressources pour faire de la recherche, c'est de réduire les citoyens à...l'ignorance et rettraper cela prend une éternité.
    À quoi pense-t-on lorsqu'on coupe ? Allons voir!
    Maurice Bernard