Couperet imminent dans les universités

À l’Université de Montréal, où 27,3 millions doivent être coupés pour l’exercice en cours, les compressions épargnent la question du salaire.
Photo: François Pesant Le Devoir À l’Université de Montréal, où 27,3 millions doivent être coupés pour l’exercice en cours, les compressions épargnent la question du salaire.

Abolition de cours, diminution des salaires, rétrécissement des congés et augmentation de la tâche… À quelques semaines du dépôt des budgets, le climat de morosité s’amplifie dans les universités alors que le couperet se prépare à tomber.

À l’Université de Sherbrooke, on est allé jusqu’à demander aux professeurs de réduire de 6,5 % leur masse salariale, sans toucher au salaire comme tel mais en jouant sur d’autres avantages comme les congés, selon des documents obtenus par Le Devoir. À l’UQAM, où les économies à faire sont de 20,7 millions, c’est carrément une baisse salariale de 2 % aux professeurs et employés qui est sur la table.

« C’est une hypothèse de travail, ce n’est pas coulé dans le béton », a dit André Dorion, vice-recteur aux Affaires administratives et financières. L’UQAM en est à boucler son budget 2015-2016 et déplore que ces coupes soient récurrentes. « On continue dans le dialogue. Il n’est pas question de cesser ces rencontres-là. » Sur 7800 cours qui se donnent dans une année, 150 pourraient être abolis, ce qui est moins de 2 %, nuance-t-il, toutefois. M. Dorion dit craindre les rumeurs qui parlent d’une troisième vague de compressions.

À l’Université de Sherbrooke, diverses propositions ont été soumises par la direction, dont la réduction des frais pour la formation, l’abolition de toutes sortes de privilèges comme celui de l’exonération des droits de scolarité, des primes pour les cours donnés à plus de 50 km et le supplément d’été. En plus de demander aux professeurs de travailler deux journées sans solde, on leur propose de donner un cours de plus par année, soit cinq au lieu de quatre, et de prolonger le gel des embauches. Le nombre maximal d’étudiants par classe pourrait aussi être majoré de 20 % et les professeurs devront accepter de diriger un plus grand nombre de thèses et de mémoires pour avoir droit à une décharge.

Les compressions exigées par le gouvernement Couillard ont eu raison du poste de directeur du campus de Longueuil, qui a été aboli. La Faculté de théologie, qui est petite mais qui n’en constitue pas moins un important symbole pour l’Université de Sherbrooke qui a été érigée par un décret apostolique, sera aussi fermée et fusionnée à d’autres facultés.

Un climat peu réjouissant

À l’Université Laval, le climat est peu réjouissant, alors que les facultés doivent absorber leur part des 22 millions à couper, et remettre leurs plans de match d’ici le 30 janvier. Les budgets de fonctionnement des départements doivent être réduits de 5 %, ce qui se traduira par moins de cours et moins d’embauche chez les chargés de cours. « Personne n’a le sourire aux lèvres », a convenu Michel De Waele, doyen de la Faculté de lettres et sciences humaines. « C’est sûr qu’il y a des cours qu’on ne va plus donner, à notre grand regret. Mais il n’est pas question, comme à l’UdeM, de fusionner des départements. » Sa faculté doit économiser 1,5 million, en plus de subir une baisse d’étudiants.

Selon le syndicat des professeurs de l’Université Laval (SPUL), aucune proposition de baisse salariale a été soumise, mais des discussions informelles ont lieu avec la direction pour que soient gelés les montants prévus à la convention collective. On a aussi proposé aux professeurs de réduire les montants pour le soutien académique et ceux prévus pour les congés sabbatiques. « Nos membres sont extrêmement inquiets, il y a un climat de morosité et d’inquiétude qui règne », constate Yves Lacouture, le président du SPUL.

À l’Université de Montréal, où 27,3 millions doivent être coupés pour l’exercice en cours, les compressions épargnent la question du salaire. « Il faut dire qu’il y a eu de nombreuses mesures d’adoptées pour réduire les dépenses. Les budgets des facultés, départements et services ont été coupés, des projets sont retardés, des achats sont remis à plus tard, des cours seront offerts à une moins grande fréquence, etc. » a rappelé Mathieu Filion, porte-parole de l’UdeM.

Coupes et négos

Ces coupes sont mêlées aux enjeux des négociations avec professeurs, qui sont officiellement en cours depuis en mai 2014. « [La baisse de salaire] va peut-être nous arriver comme à l’UQAM », a laissé entendre Jean Portugais, président du Syndicat général des professeurs de l’Université de Montréal (SGPUM). Alors que le syndicat demande des salaires à parité avec la moyenne des U15 (les 15 grandes universités à travers le Canada), la direction semble vouloir proposer une augmentation de 2 % sur quatre ans, a rapporté M. Portugais. « Ça a été bien sûr rejeté. »

Le syndicat craint aussi que les professeurs qui partent à la retraite ne soient pas remplacés, ce qui « va boucher l’horizon » des diplômés au doctorat pour au moins quatre ans. « Et s’il n’y a pas de remplacements, on subodore que l’université va s’en aller vers un modèle où on va embaucher plus de personnel précaire », dit M. Portugais.

Quant au syndicat des professeurs de l’UQAM, il n’a pas souhaité commenter les négociations en cours.

53 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 21 janvier 2015 00 h 36

    Les bonis

    Qu'attendent Couillard Coiteux et cie pour couper les bonis des dirigeants d'organismes d'état et d'institutions qui en fait gèrent des entreprises monopolistiques au nom de l'état. Il faut revoir l'ensemble des primes de départ indécentes; McGill en fut un bel exemple il y a quelques années. Il faut commencer par le haut de la pyramide de ces petits empires qui se sont développés en moins d'une génération. Il fallait chèrement payer pour attirer les meilleurs semble-t-il. On a souvent vu ce que cela donnait. Et que dire de toutes ces commissions bidons quand un gouvernement veut faire annoncer ses décisions par d'autres (les amis bien entendu) On a vu le résultat de la dernière commission.
    Robert Beauchamp

    • Jacques Moreau - Inscrit 21 janvier 2015 09 h 56

      Non seulement les dirigeants d'organisme d'État, et monopoles. IL y a, en particulier, ces institutions financières, ou la rénumération avec bonis est indésirable. Trop facile pour ces MBA, qui pensent plus à leurs propres goussets, d'arranger le "gros profit" qui génèrera le "gros bonis" et... la réputation pour les rendre attrayant à une autre entreprise cherchant à augmenter les profits, (laissant au successeur le paquet de problèmes qui s'en suivra), et accumuler encore plus de revenus de bonis, avec le gros salaire de base.

  • Michel Vallée - Inscrit 21 janvier 2015 00 h 43

    Qu’on les ferme !




    Fermez-moi donc ça, les universités dans la Belle province, et à la place favorisons l’immigration de diplômés, ce qui serait une économie non négligeable en ces temps d’austérité.

    • Yves Corbeil - Inscrit 21 janvier 2015 09 h 05

      Et oui qu'on ferme ça et qu'on s'ocuppe des vraies affaires et des 250000 jobs qui viennent avec.

    • Jacques Moreau - Inscrit 21 janvier 2015 09 h 48

      Une idée formidablement attrayante.... mais en réalité pas bonne. J'espère que vous n'étiez pas vaiment sérieux.

  • Marc Belliveau - Abonné 21 janvier 2015 03 h 32

    L'effet libéral : la création d'un sous-continent

    On peut déjà sentir l'éducation des québécois sera de moindre qualité que toute l'Amérique du Nord, à cause d'une surcharge de travail des professeurs et des enseignants à tous les niveaux scolaires. Avant, on disait que le système québécois performait mondialement malgré un financement par tête d'étudiant moindre que la plupart des autres provinces, mais ce financement est de nouveau en baisse...

    Pourtant, plusieurs s'entendent à dire que l'économie québécoise souffre d'improductivité à cause d'un manque d'entrepreneurs, de décideurs et de travailleurs qualifiés. N'est-il pas est évident que l'éducation est un des vecteurs pour y remédier? Comble de l'ironie de la part d'un gouvernement qui prétend soutenir l'économie, il a tué les CLD et les CJE qui ont pour rôle d'initier et de soutenir l'entrepreneuriat.

    À titre de rappel, aucune agence de cotation de crédit n'a formulé de crainte concernant la dette québécoise et le FMI affirme maintenant que les mesures d'austérité appliquées en Europe n'ont pas permis de résoudre les problèmes budgétaires de ces économies. Je sais, je deviens cynique, mais permettez-moi cette remarque : pourquoi la population n'est-elle pas davantage indignée d'être retranchée à un sous-continent croulant sous la pauvreté et l'ignorance ? Souhaitons-nous donc redevenir ce "cheap labor" d'un autre siècle ?

  • Raymond Chalifoux - Abonné 21 janvier 2015 05 h 58

    Tout ça, parce qu'on n'a pas le courage...

    ... d'aller chercher le "cash" là où il se trouve: La classe moyenne est vidée, crevée, sans le sou? Alors ON FERME!

  • Marie-Mance Vallée - Inscrite 21 janvier 2015 06 h 28

    Universités angophones ?

    Qu'en sera-t-il dans les universités anglophones ?

    • Jacques Moreau - Inscrit 21 janvier 2015 10 h 03

      Seriez-vous en train de suggérer un discrimination linguistique? Il me semble que toutes les universités Québecoises devraient avoir les subsides accordés sur les mêmes règles de base, sans regard à la langue prédominante de l'institution. D'ailleur, n'a t'on pas imposé l'usage du français dans les université dite "anglophone", et n'accordé de reconnaissance officielle de pratiquer certaine professions au Québec, qu'après la réussite d'un test de maîtrise de langue française?

    • Tony Arsenault - Inscrit 22 janvier 2015 09 h 06

      Ben...considérant que les universités anglophones reçoivent un tiers du budget de l'éducation supérieure, je dirais qu'il y a déjà discrimination linguistique.