La gestion de l’UQTR inquiète le ministre Yves Bolduc

L'Université du Québec à Trois-Rivières
Photo: Source UQTR L'Université du Québec à Trois-Rivières

Taux de roulement élevé au niveau de la haute direction, climat de terreur dénoncé par le personnel, apparences de conflits d’intérêts et allégations de mauvaise gestion à l’égard de la rectrice : la situation inquiète à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Le ministre de l’Enseignement supérieur, Yves Bolduc, souhaite d’ailleurs intervenir « le plus tôt possible », selon ce qu’a appris Le Devoir.

Le rectorat de Nadia Ghazzali, entrepris il y a près de trois ans, est pour le moins tumultueux. Depuis son entrée en fonction le 1er février 2012, elle a frôlé la destitution, a été blâmée par une firme dans un audit externe pour ses « lacunes de gestion » — et celles de l’équipe de haute direction — « ayant mené à la détérioration du climat organisationnel », a été soupçonnée d’avoir court-circuité des instances pour déménager sa chaire de recherche à Trois-Rivières. Même le vérificateur général du Québec, dans un geste plutôt rare, s’est immiscé dans les finances de l’UQTR. Des membres de la communauté universitaire réclament une fois de plus sa tête, évoquant « le climat de terreur », « la loi du silence » qui régnerait au sein de l’établissement comptant 14 000 étudiants.

Plus récent coup d’éclat : l’UQTR pourrait imposer des mesures disciplinaires à l’un de ses employés, Jean Paquette, pour s’être exprimé dans une lettre ouverte publiée le 5 décembre dernier dans le quotidien Le Nouvelliste. Le milieu universitaire, ébranlé, y voit une atteinte à la liberté d’expression.

Bolduc «préoccupé»

Jointe vendredi, la porte-parole du ministre Yves Bolduc, Yasmine Abdelfadel, a soutenu que l’enjeu de la gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières « soulève plusieurs questions ». « M. Bolduc est préoccupé tant par ce qu’on voit dans les médias que par ce qu’on apprend ailleurs. Il a demandé au ministère d’effectuer les vérifications nécessaires afin d’obtenir un juste portrait de la situation. »

Dans sa lettre, qui faisait suite à celles d’autres membres du personnel actuels et retraités de l’établissement trifluvien inquiets de l’accumulation des scandales, Jean Paquette, employé du service des technologies de l’information depuis près de 40 ans, critiquait sévèrement son employeur. « Terminée la discussion franche et sereine avec un vice-recteur, le recteur ou un haut cadre afin de résoudre [la] crise existentielle qui secoue notre relation de travail », écrit-il.

En réponse à sa lettre ouverte, M. Paquette a hérité d’une convocation devant la direction des ressources humaines de l’établissement, évoquant un article de la convention collective qui stipule qu’un employé peut faire l’objet de mesures allant de l’avertissement à la suspension ou au congédiement.

Il ne serait pas le premier à perdre son emploi à l’UQTR depuis 2012 dans des circonstances difficiles. Le vice-recteur Martin Gélinas, le secrétaire général André Gabias, le directeur des équipements Alain Fournier, l’ancien registraire et président de l’Association des cadres Normand Shaffer ont éont été congédiés, donné leur démission ou quitté leurs fonctions de façon imprévue au cours des dernières années. La directrice des communications, Guylaine Beaudoin, a quant à elle perdu son emploi après avoir reçu 182 000 $ dans le cadre d’une entente privée, selon Le Nouvelliste.

«Ménage»

Professeur en saine gouvernance et en performance organisationnelle à l’UQTR, Éric Chartier, qui brigue la présidence du syndicat des professeurs, juge la situation actuelle intenable. Il attend avec impatience le rapport du vérificateur général au sujet de l’établissement, lequel devrait être remis au cours des prochains mois.

En entrevue avec Le Devoir, la rectrice Ghazzali clame quant à elle son innocence. Gestionnaire universitaire reconnue ayant occupé plusieurs postes de gestion à l’Université Laval, dont ceux de vice-rectrice adjointe à la recherche et de vice-doyenne, elle dit faire les frais de quelques individus, bien branchés avec les médias régionaux, et rejette tout blâme en ce qui a trait aux nombreux départs ou à la poignée de dossiers ayant atterri devant la Commission des relations du travail depuis son arrivée en poste.

« Le pape François — je n’essaie pas de me comparer à lui — arrive et fait un peu le ménage et on l’applaudit. Quand on est une femme, quand on n’est pas de Trois-Rivières, c’est plus difficile ici », a confié Mme Ghazzali en entrevue. Elle assure que « le milieu universitaire et l’UQTR sont un milieu où l’on respecte la liberté de parole et la liberté de penser ».

1 commentaire
  • Colette Pagé - Inscrite 10 janvier 2015 10 h 37

    La Rectrice serait-elle la seule à avoir raison ?

    Se peut-il que la Rectrice soit la seule à avoir raison ? Que dire du CA dont le rôle semble si peu crédible et qui n'a pas su apporter les solutions satisfaisantes depuis que dure ces conflits à répétitio. Que dire également des sommes considérables consacrées aux mandats confiés à des consultants externes alors que l'UQTR possède à l'interne des spécalistes en gestion. Curieux message envoyé à la clientèle et à la population. Pourtant, ne dit-on pas que l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. La rectrice aurait-elle atteint son niveau d'incompétence ?

    À l'évidence la gestion des ressources humaines et le manque de leaderhip semblent être la bête noire de la rectrice dont la garde rapprochée demeure sous son emprise. Un contrôle quasi maladif qui dérange !

    Par contre, n'est-il pas raisonnable de penser que contrairement au Pape François la rectrice ne serait pas éclairer par la lumière du Saint-Esprit