De controverse en controverse

Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc

Actions… rétractations. Voilà de quoi auront été faits les premiers mois de mandat du ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, qui a accumulé les « gaffes », « bourdes », « frasques » et « maladresses » à son dossier. Même si l’année 2014 tire à sa fin, impossible de ne pas voir les quelques mauvaises notes à son bulletin.

Première controverse, qui l’a suivi tout l’été, considérée comme une « tempête dans un verre d’eau » pour les libéraux : les 55 000 $ qu’il a empochés en trop pour avoir suivi moins de 12 mois des patients qu’il a pris à sa charge après la défaite du gouvernement Charest (lui avait été réélu), étant assez rapidement retourné au conseil des ministres à la défaite des péquistes. Yves Bolduc a passé une partie de la belle saison à se défendre sur toutes les tribunes et à tenter de juguler la crise pour finalement abdiquer et rembourser ladite somme, en la départageant entre la RAMQ et des organismes de charité.

Cette controverse n’aurait de toute façon pas résisté à l’ampleur de celle qui a succédé et qui l’a complètement balayée (et, surtout, a soufflé le milieu de l’éducation) : celle des coupes du budget pour l’achat de livres dans les bibliothèques scolaires. Avec sa désormais célèbre phrase « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s’empêcher de lire, parce qu’il existe déjà des livres [dans les bibliothèques] », le ministre est passé malgré lui au panthéon non pas des mal cités, mais des ministres aux déclarations « malhabiles » — adjectif qu’il a lui-même utilisé. « Ça a été difficile pour le gouvernement, et ça, je le reconnais », a-t-il admis. « Habituellement je ne suis pas un gars gaffeur. Je suis quelqu’un de très, très responsable. »

Le ministre s’est donc excusé et rétracté, et le Parti québécois, qui avait exigé sa démission pour la controverse entourant les primes de la RAMQ, a quant à lui rappliqué : « Pour le bien du milieu de l’éducation, nous persistons, nous signons : démission », avait lancé la députée critique en la matière, Nicole Léger. L’opposition n’aura pas eu raison du ministre, mais on peut dire que cette controverse — élevée au rang de scandale dans le milieu — hantera certainement Yves Bolduc pour toute la durée de son mandat et même au-delà.

Un nouveau ministre ?

 

Sans lui laisser le temps de soupirer, une autre controverse s’est pointée. Début septembre, son intention de mettre en place un mécanisme d’évaluation a créé chez les enseignants toute une commotion. « J’ai rarement été aussi outré de lire les propos d’un ministre de l’Éducation. Il est complètement déconnecté. On était prêt à lui laisser une chance, mais c’est gaffe après gaffe. J’ai l’impression qu’il veut détourner l’attention, comme s’il voulait cacher son incompétence », avait sévèrement critiqué Denis Simard, président du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec, affilié à la FSE-CSQ.

Une situation qui mettait drôlement la table aux négociations qui s’amorcent pour le renouvellement des conventions collectives. Le dépôt récent des propositions de la partie patronale a embrasé le milieu de l’éducation, qui n’a pas toléré qu’on veuille remettre en question d’importants acquis comme les ratios maîtres-élèves et la composition des classes. Parce qu’il a « multiplié les bourdes et les projets dévastateurs », l’Alliance des professeurs de Montréal, le plus important syndicat de l’enseignement, a même exigé sa démission. « M. Couillard, offrez aux citoyennes et citoyens du Québec un nouveau ministre de l’Éducation pour 2015 ! » a clamé la présidente, Catherine Renaud.

Action… rétractation

Ayant laissé entendre que l’examen final de français au cégep — souvent échoué — pourrait ne plus être obligatoire pour obtenir le diplôme d’études collégiales, le ministre Bolduc a encore dû se rétracter devant le tollé que cette annonce a suscité. « L’épreuve sera maintenue et sera corrigée de la même façon », avait-il assuré, admettant quelques possibles exceptions pour les « cas particuliers ».

Autre « action… rétractation » : le ministre Bolduc, qui avait demandé aux commissions scolaires d’absorber des compressions de 200 millions en permettant de la souplesse et les coupes dans certaines mesures comme l’achat de livres, s’est finalement ravisé pour rappeler que les services aux élèves ne devaient pas être touchés. Refusant d’obtempérer, des commissions scolaires, dont la CSDM et des Patriotes, lui ont tenu tête et l’ont chèrement payé : elles devront se soumettre à l’observation d’un vérificateur, possiblement être mises sous tutelle. Certaines d’entre elles l’ont même accusé de mener des combats personnels.

Après avoir soumis leur avenir à l’importance du taux de participation aux élections scolaires, le ministre s’est engagé dans une autre voie impopulaire : celle de la fusion des commissions scolaires. Hormis pour Montréal et Québec, l’espoir d’une entente sur un redécoupage de certains territoires serait toutefois en train de se profiler. Après avoir maintes fois demandé qu’il soit limogé, la Coalition avenir Québec (CAQ) est revenue à la charge, remettant en doute sa compétence à diriger le ministère. « Je ne sais pas si vous voulez le garder dans le conseil des ministres, mais, s’il vous plaît, pas en éducation », avait lancé en Chambre le député caquiste, Jean-François Roberge.

Vent de compression

 

Le vent de compression n’a pas que soufflé à l’école primaire et secondaire. Et une fois de plus, le ministre Bolduc a dû goûter à la colère des milieux collégial et universitaire. Des coupes de 30 millions dans les budgets des universités ont été demandées. Cela rend « extrêmement périlleux » le bouclage d’un budget équilibré, a insisté le recteur de l’UQAM, Robert Proulx.

Le gouvernement libéral, qui avait justifié une hausse des droits de scolarité par le sous-financement des universités, s’est étrangement permis de les couper, ont constaté d’anciens leaders du printemps. Quant aux cégeps, ils croient que les coupes de 19 millions pour l’exercice en cours mettront en péril les services aux étudiants.

Dans le dossier des écoles juives, le ministre Bolduc s’était rapidement affirmé, indiquant qu’il allait faire fermer ou rentrer dans le rang les écoles délinquantes. Il s’est finalement entendu avec l’une d’entre elles en novembre pour que les enfants soient scolarisés à la maison. Mais sitôt conclue et célébrée, cette entente a été assombrie par une poursuite déposée contre le ministère de l’Éducation par un Juif hassidique lui réclamant plus d’un million pour violation de son droit à l’éducation.

Malgré ses erreurs et les controverses soulevées, Yves Bolduc aura certes été un bon élève pour son chef Philippe Couillard, qui lui avait demandé de piloter les opérations que commandait le retour à l’équilibre budgétaire. Car non seulement est-il confirmé dans ses fonctions, mais il incarnera la vision de l’éducation du gouvernement libéral pour 2020-2025, a déclaré le premier ministre tout juste avant Noël, rappelant que son ministre se dévouait à sa tâche « avec beaucoup d’intensité ».

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