L’UQAM admet qu’elle doit faire plus, mais dénonce des «dérives»

Le vice-recteur s’engage à traiter sans complaisance les cas documentés de harcèlement sexuel ou psychologique, mais affirme que l’UQAM n’est pas une <em>«organisation policière»</em>. 
Photo: Jean Gagnon Creative Commons Le vice-recteur s’engage à traiter sans complaisance les cas documentés de harcèlement sexuel ou psychologique, mais affirme que l’UQAM n’est pas une «organisation policière»

Constat d’échec à l’UQAM : dans une missive obtenue par Le Devoir, l’établissement reconnaît qu’il doit faire davantage pour prévenir la violence sexuelle, mais prévient par la même occasion qu’il ne tolérera pas que des membres de la communauté la « prennent en otage » en se faisant eux-mêmes justice.

Depuis le déclenchement de l’affaire Jian Ghomeshi, fin novembre, l’UQAM a été la scène de vifs débats concernant la question du harcèlement sexuel. L’université a notamment été le théâtre de dénonciations anonymes, sur le campus et les médias sociaux, concernant des cas allégués impliquant des professeurs.

Certaines associations avaient même placardé des affiches sur la porte des bureaux de ces employés, dénonçant de possibles actes de nature sexuelle. Puis, lors de levées de cours, d’autres allégations d’agressions sexuelles avaient été exposées, sans que des plaintes aient été déposées par les possibles victimes.

« Gestes inacceptables »

Dans une lettre envoyée lundi aux employés, chargées de cours et professeurs de la maison d’enseignement, le vice-recteur à la vie universitaire, Marc Turgeon, soutient qu’il y a « au sein de l’institution une volonté réelle et partagée de mettre à jour la manière dont sont régies les relations entre les personnes et le soutien qui leur est offert dans les situations difficiles ou problématiques ».

L’UQAM doit également s’attaquer aux « gestes inacceptables qui semblent pour certains se justifier d’eux-mêmes en toutes circonstances », écrit-il dans cette lettre qui tranche avec le ton institutionnel habituel, évoquant une série d’incidents survenus au cours des dernières semaines.

Lors d’une assemblée tenue le 26 novembre dernier, le Syndicat des étudiants employés (SETUE) — qui regroupe notamment les auxiliaires à l’enseignement — décidait en outre qu’advenant un conflit portant sur un cas d’agression sexuelle ou de harcèlement de la part d’un membre, il se gardait le droit de ne pas représenter ce membre contre l’employeur.

« Dérives »

« Dénonciations anonymes, manipulation, procès d’intentions, condamnations par association, enseignants vilipendés sur les réseaux sociaux pour les points de vue abordés en classe, portes bloquées pour des gens n’ayant pas les bonnes opinions et intimidation lors des levées de cours pour forcer la solidarité. Toutes ces actions nient le droit à la dissidence et à la libre expression, ouvrent la voie à la méfiance et créent un climat malsain qui nuit à l’Université. Cela suffit », écrit Marc Turgeon.

Le vice-recteur s’engage à traiter sans complaisance les cas documentés de harcèlement sexuel ou psychologique, mais affirme que l’UQAM n’est pas une « organisation policière ». « Ses règlements et politiques sont conçus pour et par une communauté respectueuse du droit. Face à l’intimidation exercée par une minorité accaparant la rectitude politique et prétendant agir au nom de tous, il faut se serrer les coudes et dénoncer cette dérive », conclut-il.

8 commentaires
  • Réjean Guay - Inscrit 16 décembre 2014 05 h 24

    c'est une bonne chose que de condamner l'action de ces amazones de la gachette .
    Resserrer les règles et contrer ces folles adeptes de l'auto-justice permettront sans doutes de faciliter l'accusation légale et d'éviter les dérapages injustifiables .

    • Félix GingrasGenest - Inscrit 16 décembre 2014 12 h 05

      Quel antiféminisme! On peut être en désaccord sans tomber dans un discours aussi décevant.

    • Michel Vallée - Inscrit 16 décembre 2014 16 h 05

      @Félix GingrasGenest

      Quel rectitudedinisme (sic) ! On peut manifester notre désaccord, sans avoir peur des mots qui l’expriment.

  • Félix GingrasGenest - Inscrit 16 décembre 2014 12 h 12

    Se bander les yeux et mettre de l'huile sur le feux

    Ainsi le vice-recteur Turgeon, connu à l'UQÀM pour son conservatisme (rappelons-nous ses positions autoritaires vis-à-vis de la vidéosurveillance et d'un centre d'injection supervisée dans le quartier) utilise les canaux institutionnels pour relayer ses tendances au bon ordre à tout prix, cette fois-ci contre un mouvement de femmes qui sonne l'alarme contre la culture du viol présente dans nos universités comme ailleurs. Hier en lisant ce courriel j'ai eu l'impression qu'on voulait intimider les personnes pratiquant ou appuyant une discidence interne. À force d'utiliser son autorité pour critiquer la critique qu'on fait à l'encontre de son autorité, Marc Turgeon se peinture toujours plus dans un coin, seul contre une communauté universitaire en constante ébulition - d'ailleurs le journaliste aurait dû s'y plonger, juste pour voir, à la place d'uniquement retransmettre le sermon vice-rectoral. L'administration et le rectorat de l'UQÀM devront un jour cesser de mettre de l'huile sur le feu : les activités universitaires ont un caractère politique indéniable, quelles qu'elles soient. Question à Marc Turgeon : quelle chance d'émerger a le progrès, sans transgression? À méditer.

    • Michel Vallée - Inscrit 16 décembre 2014 16 h 09

      @Félix GingrasGenest

      « [...] La culture du viol présente dans nos universités...»

      À l’évidence, c’est surtout la culture de l’enflure verbale qui est présente dans nos universités…

  • Félix Sylvestre - Inscrit 16 décembre 2014 12 h 32

    Mais monsieur Guay, n'êtes vous pas d'accord que sans l'action de ses "amazone" il n'y aurrait pas de remise en question de la piètre situation de la prévention et de la lutte contre le harcellement commis envers des femmes au sein de l'Université. que le Satut Quo persiterais?

    Maintenant que l'uqam et ses dirigeantEs disent bouger me laisse septique. cela semble plus verser dans les voeux pieux que dans la véritable volonté d'action et encore on peu souligner le temps et l'énergie qu'il déploit pôur tirer à boulet rouge sur les méssagères. message courriel, sortie médiatique, communiqué de presse etc. et que fon-il quand un membre de la communauté transgresse ses devoir et obligation face à ses étudiantEs etcollègue, rien!

    je paris un 10$ avec vous qu'il y aura de plus rapide sanction contre ses "amazones" que contre tout membre du corps professoral dont on prouvera avoir commis du harcèlement à l,égard d'élèves et de colègues.

    • Jacques Gagnon - Inscrit 16 décembre 2014 15 h 09

      Dans tous les cas monsieur, il s'agit de transgresser une loi ou de la faire appliquer, sans plus. Si des femmes, ou des hommes d'ailleurs, sont victimes d'intimidation ou d'agression, la loi est là pour redresser les torts. Que les personnes aient honte ou trouvent difficile de porter plainte pour une agresssion sexuelle, c'est une autre question, de société probablement. C'est aussi un crime que de dénoncer sans preuves ou de vouloir se faire justice. Nous ne devons pas devenir comme ceux qui présentement justifient la torture en détruisant la démocratie et la liberté.

      Dans le cas de l'Uqam, je ne suis pas convaincu que la cause de la violence aux femmes ait fait du progrès. J'ai déjà été victime de menaces graves et quand les policiers m'ont fait remarquer que les auteurs avaient le nombre pour eux, j'ai reculé, seul témoin de mon côté. Aurais-je dû me faire justice moi-même ? Certes non, mais je n'y peux rien, j'ai ravalé et j'ai appris de ce stress. J'ai appris que je l'ai échappé belle et qu'il y a des choses qui mettent longtemps avant de changer.

    • Michel Vallée - Inscrit 17 décembre 2014 03 h 53

      @Félix Sylvestre

      « [...] Le harcellement commis envers des femmes au sein de l'Université […] Je paris un 10$ avec vous qu'il y aura de plus rapide sanction contre ses "amazones"»



      Je parierais que les simples œillades sont aussi mises sur le compte du harcèlement…