Coupes: l’UQAM au bout des efforts possibles, dit Proulx

Robert Proulx assure que ses propositions n’ont rien à voir avec les coupes exigées par Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Robert Proulx assure que ses propositions n’ont rien à voir avec les coupes exigées par Québec.

Pour absorber les compressions et équilibrer son budget, l’UQAM a mis en veilleuse son plan de développement immobilier et a entrepris un virage numérique, qui privilégie l’utilisation des logiciels libres. Mais elle pourra difficilement tenir le coup advenant d’autres coupes, avertit-elle, et pourrait devoir faire des « compressions dans la masse salariale ».

« Est-ce que ce sera des fermetures de postes ? On n’est pas en mesure de le dire, car on commence [à regarder ça] », a dit le recteur, Robert Proulx, lors d’une présentation de son plan stratégique 2015-2020 à des journalistes. La situation est « sérieuse » et l’exercice pour équilibrer le prochain budget sera « extrêmement exigeant » et « encore plus périlleux si d’autres compressions gouvernementales venaient s’ajouter au cours des prochains mois ».

Pour l’heure, l’UQAM puise dans ses réserves, un 8 millions qu’elle avait pour l’informatique et son plan directeur immobilier, qu’elle suspend. Mais cela ne l’empêche pas de notamment proposer un gel des embauches de professeurs dans le cadre des négociations qu’elle mène actuellement pour le renouvellement de la convention collective de ces derniers. Les demandes patronales ne satisfont d’ailleurs pas du tout le syndicat des professeurs de l’UQAM, qui les qualifie de « reculs considérables ».

M. Proulx assure que ses propositions n’ont rien à voir avec les coupes exigées par Québec, soit 3,7 millions pour 2014-2015 sur un budget de fonctionnement de 425 millions. Celui qui à son arrivée en poste il y a deux ans voulait grossir le corps professoral et qui reconnaît que le ratio prof/étudiants est trop élevé craint maintenant que l’embauche de nouveaux professeurs n’entraîne des coûts supplémentaires. « Quand on embauche des profs, il faut embaucher des employés de soutien », dit-il.

Et rien n’empêche qu’une université se mette « à réfléchir sur les façons d’améliorer [son] efficacité », dit-il. Il y a simplement divergence sur les manières d’y arriver. « Je veux agir de façon responsable. On ne va pas mettre l’université en difficulté. »

Aucune « fermeture brutale » de programmes n’est envisagée pour le moment. « Des programmes peuvent disparaître parce qu’ils vont moins bien, parce que l’UQAM juge qu’ils ne sont plus utiles », note le recteur. Non pas parce qu’il faut absorber des compressions, du moins, pas pour l’instant.

Allergique à la compétition

Dans ce contexte d’austérité, il ne sera pas facile de mettre en oeuvre le nouveau plan stratégique 2015-2020 de l’UQAM, qui visera notamment à briser les silos et favoriser l’interdisciplinarité (entre le monde de l’enseignement et de la recherche, par exemple), à internationaliser l’université et à l’ancrer davantage dans sa communauté, compte tenu de sa clientèle aux profils très divers. « Le contexte budgétaire n’est pas favorable au développement », dit-il, rappelant que les compressions ne datent pas d’hier. « En gros, on part avec 20 millions de moins et c’est sans savoir ce qui va nous être demandé pour l’an prochain. »

Robert Proulx semble allergique à l’idée que les universités compétitionnent entre elles. Comme bien d’autres recteurs, il n’a pas manqué de rappeler que la formule de financement du gouvernement, qui alloue un montant par tête d’étudiant, doit être entièrement revue. « Ça nous met dans un contexte de compétition. Plutôt que de collaborer entre elles, les universités vont aller chercher les étudiants [dans l’université] d’à côté, ce qui est tout à fait inadmissible compte tenu de leur rôle. »

Rejetant encore une fois l’idée de créer « deux réseaux d’universités », il s’est aussi dit satisfait du retrait des établissements du réseau de l’Université du Québec (UQ) du projet de loi 15. Pour lui, seul un réseau d’universités québécoises, toutes autonomes, a sa place. Pas de club sélect d’universités qui ont des facultés de médecine, pas de U8 d’universités dites « à chartes » qui exclurait les universités de l’UQ, « que des universités ». « Je suis contre toute forme de compétition entre les universités, la population n’en profiterait pas », a insisté le recteur Proulx.

Toujours plus de femmes diplômées

La scolarisation universitaire est toujours aussi populaire chez les femmes, au point où on remarque un écart de 10 points entre les jeunes femmes et les jeunes hommes. Selon les plus récentes données sur la scolarisation dévoilées par l’Institut de la statistique du Québec jeudi, chez les Québécois âgés de 25 à 34 ans, la proportion de titulaires d’un diplôme universitaire atteint 29,9 %. Cette donnée cache toutefois un important écart entre les hommes et les femmes, alors que 24,5 % des jeunes hommes ont un diplôme, contre 35,3 % des jeunes femmes. L’ISQ souligne qu’un tel écart n’est pas propre au Québec, puisque l’on en remarque aussi un au Canada dans son ensemble. L’écart entre les sexes est moins marqué quand on regarde l’ensemble des Québécois âgés de 25 à 64 ans. Il est alors de moins de 3 points, soit 21,9 % pour les hommes et 24,7 % pour les femmes. La Presse canadienne
L'UQAM en chiffres
44 017 étudiants

60 % d’étudiantes femmes

19 % d’étudiants étrangers

42 % d’étudiants âgés de 21 à 25 ans

63 % d’étudiants à temps complet

52 % d’étudiants de première génération
3 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 12 décembre 2014 05 h 04

    Et pendant ce temps....

    McGill a le riche CUSM.
    Les universités anglophones accaparent au moins 27% des sommes allouées par Québec aux universités, alors que la communauté anglophone ne repr.sente que 8,5% de la population.
    D'autant plus que l'étude des budgets démontre que 47% du montant des salaires des professeurs d'université versé par l'État québécois l'est aux professeurs des universités anglophones.
    Faut-il rappeler que les trois (3) université de langue anglaise du Québec servent largement à angliciser les immigrés et à former en anglais, largement à nos frais, des étudiants étrangers qui retourneront pratiquer en anglais chez eux après leurs études ? C'est le cas de plus de 50% des médecins formés à McGill...

    • Albert Descôteaux - Inscrit 12 décembre 2014 12 h 09

      M. Ricard, McGill est une des meillleures universités au monde, qui a formé et forme encore des générations de québécois francophones dans à peu près tous les domaines. Ce n'est pas qu'une machine à angliciser des immigrants et des étudiants étrangers, comme vous vous plaisez à l'écrire ici à chaque fois qu'il est question de financement universitaire.

    • François Ricard - Inscrit 12 décembre 2014 16 h 24

      M. Descôteaux,
      Le palmarès des "meilleures" universités au monde est basé principalement sur leur richesse monétaire.
      Mc Gill est riche, je vous le concède.