Payant, le système collégial?

Une étude sur la contribution économique des cégeps et des centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) indique que ces établissements ont rapporté annuellement, en 2012-2013, 9,8 milliards de dollars à la société québécoise, dont 6,5 milliards de dollars en augmentation de la productivité.

L’étude, réalisée par KPMG-SECOR, a été commandée par la Fédération des cégeps et le Réseau Transtech il y a un an. « Ce que l’étude lance comme message, c’est que pour le gouvernement, investir dans les cégeps, ça rapporte », affirme la directrice des communications de la Fédération des cégeps, Judith Laurier.

L’étude indique que les détenteurs d’un diplôme d’études collégiales (DEC) s’intègrent mieux au marché du travail. Ils présentent un taux d’emploi et un revenu plus élevé que les diplômés du secondaire. Ils payent donc plus d’impôts, entraînant « des entrées fiscales d’un milliard de dollars » de plus.

Ces établissements d’enseignement permettent aussi d’offrir « une main-d’oeuvre qualifiée et adaptée aux exigences du marché du travail », peut-on lire, qui contribue à appuyer les entreprises dans leurs efforts pour innover et augmenter leur productivité. Tous ces éléments permettent « à la société québécoise de réaliser d’importants gains de productivité » de 6,5 milliards de dollars. Les cégeps et les CCTT rapporteraient également 1,3 milliard de dollars à leurs entreprises clientes et 2,0 milliards à leurs employés et fournisseurs.

Les cégeps et CCTT sont aussi un outil de maintien, d’attraction et de scolarisation des jeunes en région, indique l’étude, puisqu’ils sont dispersés sur 90 sites à travers la province.

Pour Jean-François Roberge, député et porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière d’enseignement supérieur, l’étude confirme ce qui était déjà connu, notamment depuis le rapport Demers sur l’offre de formation collégiale, déposé en juin. « L’apport économique des cégeps, et particulièrement des CCTT, est très important. Les CCTT sont extrêmement dynamiques. […] Ils sont partenaires dans différents projets. »

D’autres options

Michel Poitevin, directeur du Département des sciences économiques de l’Université de Montréal, estime toutefois que le modèle des cégeps n’est pas la raison première de l’apport économique. « On pourrait retrouver un impact économique similaire avec un réseau universitaire comme celui qu’on voit au Canada anglais et aux États-Unis, où il n’y a plus de cégeps, mais où on a un an de plus au secondaire et à l’université. On peut se demander si le cégep vaut la peine. »

Quant aux bénéfices pour les régions, M. Poitevin est sceptique. « Si l’objectif est d’amener des gens en région, d’accord, mais les étudiants vont-ils nécessairement rester en région après leurs études ? Et on remarque qu’il y a énormément de bénéfices à organiser les gens dans les villes plutôt qu’en région. Avoir une agglomération, c’est payant, même pour l’environnement. »

M. Poitevin doute aussi du lien établi à tout coup entre la possession d’un DEC et l’augmentation du revenu. « Les personnes qui font un DEC apprennent peut-être naturellement plus vite, ce qui se reflète lorsqu’ils sont au travail, sans égard à leur éducation. »

Il considère toutefois que les programmes techniques offerts par les cégeps sont intéressants, puisqu’ils permettent aux étudiants de poursuivre leurs études après le secondaire sans pour autant aller à l’université.

L’influence des coupes

La publication de l’étude survient une semaine après qu’une nouvelle vague de coupes de 19 millions de dollars dans les cégeps eut été annoncée par le gouvernement libéral.

Cette annonce avait été fortement décriée par le président de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne. « Ça va affecter les services offerts aux étudiants, comme les équipes sportives et les services de bibliothèque », déplore-t-il.

Il ne croit toutefois pas que ces coupes auront une influence sur les retombées économiques des cégeps. « À partir du moment où le ministre [de l’Éducation, Yves Bolduc] s’est engagé publiquement à maintenir tous les points de services, les enseignants resteront en place, les étudiants des différentes régions continueront à recevoir des diplômes et ils seront quand même en mesure d’avoir des salaires plus élevés vu leur niveau d’éducation. »

Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, n’a pas voulu commenter l’étude.

4 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 27 novembre 2014 08 h 20

    Monsieur le ministre

    "Le ministre de l'Education, Yves Bolduc, n'a pas voulu commenter l'étude".
    Il eut fallu lire : "Le ministre de l'Education, Yves Bolduc, ne peut commenter l'étude."

    • Nicole Moreau - Inscrite 27 novembre 2014 13 h 54

      je ne crois pas que malgré le discours pro-région du PLQ, Philippe Couillard plaidant fréquemment qu'il comprend les régions parce qu'il est établi dans une région, les décisions vont dans un sens favorable aux régions,

      Yves Bolduc ne peut expliquer par conséquent des décisions qui semblent pour le moins contestables, et cette étude en est une preuve

  • Leclerc Éric - Inscrit 27 novembre 2014 20 h 11

    Un DEC ou un AEC pour un avenir plus solide

    Les cégeps sont des écoles de pensées (voilà pourquoi les cours de philosophie y sont dispensés), delà l'avantage pour les étudiants qui obtiennent un diplôme de niveau collégial d'avoir une formation plus complète - au point de vue intellectuel - ce qui les préparent mieux au marché du travail.

    Ce n'est pas seulement l'impact économique pour les régions, mais surtout la qualité de l'enseignement offert qui permet aux étudiants sortants de regarder le monde qui les entourent avec un esprit plus critique, en leur faisant voir la réalité et non l'abstrait.

  • Jimmy St-Gelais - Abonné 27 novembre 2014 23 h 49

    Des collèges aux États-Unis

    Monsieur Poitevin devrait mieux se renseigner. Il existe des collèges du même genre que les CEGEP à l’extérieur du Québec – le caractère obligatoire pour les finissants du secondaire pour accéder aux études universitaires avant l’âge de 21 ans ainsi que sa relative gratuité demeurant les seules différences notables des CEGEP par rapport aux autres institutions de même acabit ailleurs.

    Dans le reste du Canada, ainsi qu’aux États-Unis, il existe des collèges techniques, souvent payants et parfois à prix modiques, avec aussi des offres de cours préparatoires à certains programmes universitaires plus spécialisés, comme nos formations générales.