Les zones d’ombre du plan Bolduc inquiètent

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) reçoit avec scepticisme et une certaine inquiétude le plan de restructuration du réseau des commissions scolaires proposé par le ministre de l’Éducation Yves Bolduc parce qu’il fournit, à ce stade-ci, très peu de détails.

Tel que le laissaient présager les fuites dans les médias, les 72 commissions scolaires ne seraient plus que 46. Du côté francophone, les 60 commissions scolaires seraient réduites à 36 et les anglophones passeraient de 9 à 7. Les trois qui ont des statuts particuliers demeureraient intouchées.

Mais combien d’économies permettra une telle restructuration ? Comment garantir le maintien de la qualité des services aux élèves ? Le ministre n’avait pas de réponses, a déploré Josée Bouchard, présidente de la FCSQ. À la sortie de sa rencontre avec les dirigeants de la FCSQ et de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec, Yves Bolduc s’est contenté de dire qu’il n’y avait pas de « quantification » à ce moment-ci, mais a promis « des économies à long terme ».

Quelles responsabilités ?

Rien, non plus, n’a été dit sur la redéfinition des responsabilités. Que quelques informations sur le redécoupage des territoires. La FCSQ comprend que le ministre n’a voulu livrer qu’une première étape de son plan. Les autres suivront après les Fêtes, a souligné Josée Bouchard. La Fédération rencontrera toutefois ses membres en conseil général jeudi matin pour leur faire part de la nouvelle carte du réseau.

Toutes les commissions scolaires seront touchées par ces fusions. Il n’y a pas qu’à Montréal que les territoires seront redécoupés, ce sera également le cas à l’extérieur de la métropole.

La restructuration majeure pressentie pour la Commission scolaire de Montréal (CSDM), la plus importante de la commission scolaire, semble aussi se concrétiser. « Je suis assez indignée », avait déclaré plus tôt en journée la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, réagissant aux rumeurs qui circulaient concernant le nouveau plan du ministre. « Je comprends que le statu quo n’était plus possible et qu’on veuille revoir la structure et la gouvernance des commissions scolaires, mais mon impression est qu’on change quatre 25 sous pour un dollar, a-t-elle lancé. C’est même quatre 25 sous pour 1,05 $ parce qu’il va y avoir des frais à ces transferts-là. »

Selon les rumeurs, la CSDM, qui accuse un important déficit en raison de sa situation particulière, pourrait perdre le contrôle d’une partie de son territoire au profit de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Il y a quelques semaines, le ministre l’avait menacée de tutelle si elle n’acceptait pas de procéder aux compressions budgétaires qu’on lui demandait de faire. Mme Harel-Bourdon espère que sa commission scolaire n’est pas « punie ».

Quelles économies ?

La FCSQ doute toutefois que ces changements permettent de grandes économies, rappelant qu’en 1998, la restructuration du réseau (en commissions scolaires linguistiques et non plus confessionnelles) avait coûté 70 millions, alors que le gouvernement péquiste promettait plutôt des économies de 100 millions. Plus récemment, un scénario de fusion présenté dans le budget de l’ex-ministre péquiste des Finances, Nicolas Marceau, prévoyait des économies de 125 millions.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, croit que les fusions seules ne suffiront pas à engendrer des économies. L’important, selon lui, est de transformer les commissions scolaires en « centres de services » et donner davantage d’autonomie aux écoles.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, croit également que les fusions ne règlent pas tout. « Le regroupement sur de grands territoires, ce n’est pas toujours la solution, a-t-il dit. En milieu urbain, ça peut effectivement engendrer des économies. »

Quant à l’Association des directions générales des commissions scolaires (ADIGECS), elle ne digère pas de ne pas avoir été consultée par le ministre jusqu’ici, et ce, malgré le fait qu’elle avait sollicité une rencontre. « C’est quand même étonnant qu’on élabore un plan de cette envergure avec un impact potentiel non négligeable sur la vie de plusieurs personnes et qu’on ne prenne pas le temps de consulter les acteurs du milieu qui sont là à temps plein, a dit Raynald Thibeault, président de l’ADIGECS. On veut participer, mais on est confiné à un rôle de spectateur. »

7 commentaires
  • Pierre Martin - Inscrit 20 novembre 2014 07 h 11

    La CSDM: l'illustration des méfaits de l'«indi-gestion» scolaire

    La seule bonne nouvelle du plan Bolduc, c'est le redécoupage du territoire de la plus grande commission scolaire du Québec. En 1998, au moment de la restructuration confesso-linguistique, l'occasion était belle mais le courage politique a fait défaut. Je ne crois pas que la perte d'une partie de son territoire au profit d'une autre améliorera sensiblement le sort réservé des élèves de l'école publique montréalaise mais il est temps que le «palais des lustres» de la rue Sherbrooke subisse une saine cure d'amaigrissement.

  • Guy Desjardins - Inscrit 20 novembre 2014 08 h 36

    Ce n'est pas le plan Bolduc qui inquiète.

    C'est le ministre lui-même qui inquiète avec un plan de lancement de ballons. Un plan de rajustement selon la direction du vent. Je crois que la meilleur façon de régler le problème, c'est d'attendre les prochaines élections et que les électeurs donnent la chance à la CAQ qui eux avait un programme ce que le ministre Bolduc et les Libéraux n'ont pas. Il s'agit pour le moment d'avoir un contrôle absolu sur les dépenses des Commissions Scolaires. Mettre fin aux voyages et aux congrès. Les 22 millions de $ qui ont coûtés aux contribuables pour un élection de moins de 5% de voteurs auraient été mieux dépensé pour les élèves et réparation de locaux. Comment s'en sortir avec des ministres sans vision et un programme à ballon?

  • Denyse Lamothe - Abonnée 20 novembre 2014 09 h 38

    Monsieur Legault est dans les patates

    Transformer les CS en centres de services? Mais c'est ce qu'elles sont déjà!

    Denyse Lamothe, abonnée

  • Gilles Roy - Inscrit 20 novembre 2014 09 h 59

    Sur l'ADIGECS

    Certes, monsieur Thibeault a raison de ne pas digérer le fait que son association ne soit pas conviée au débat. N'empêche, des signes annonciateurs prévalaient : le rapport d'orientation déposé au printemps ne faisait en rien mention de leur «rôle utile». Persiste ici : il est étonnant de constater jusqu'où les rapports déposés trouvent peu écho sur la place publique, même lorsqu'ils sont incomplets, bluffants et contestables. À cette absence de débat public étoffé se greffe des plans et des politiques dessinés dans l'ombre, dont la valeur et la capacité d'aboutissement sont loin d'être démontrées.

  • Claude Richard - Abonné 20 novembre 2014 12 h 16

    Toujours plus gros...

    Pense-t-on qu'en regroupant de nouveau, donc en éloignant le pouvoir (ou ce qu'il en reste au niveau scolaire) du citoyen, on va favoriser la participation? Il y a fort à parier que ce sera le contraire. Déjà que les contribuables ne connaissent pas les personnes qui se présentent, ni les programmes qui sont souvent faits de généralités, mettre une distance de plus n'améliorera pas les choses. Il y aura tout simplement un grand bouleversement qui va engendrer des coûts dont on aurait pu se passer pour un résultat à peu près nul. Coupler le scolaire aux municipalités m'apparaîtrait une solution plus naturelle et plus prometteuse.