Retenir les étudiants aux 2e et 3e cycles

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Pierre Dumouchel, directeur général de l’École de technologie supérieure
Photo: ETS Pierre Dumouchel, directeur général de l’École de technologie supérieure

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation novembre 2014

C’est connu et documenté : les diplômés de l’École de technologie supérieure (ETS) sont fort convoités sur le marché du travail, à un point tel que leur taux de placement frôle les 100 %. Chacun d’eux reçoit en moyenne huit offres d’emploi. Le taux de rétention des étudiants est-il affecté par un pareil engouement ?

Pierre Dumouchel, le directeur général de l’École, fournit dans un premier temps cette explication : « Environ 76 % des étudiants qui s’inscrivent terminent leurs études au premier cycle : c’est d’autant plus difficile d’en arriver là, particulièrement pour nous, parce qu’ils sont au départ des technologues ou des techniciens qui détiennent déjà un papier et qui peuvent se qualifier pour aller travailler dans une spécialité ; il en va autrement à Polytechnique, où les étudiants sont détenteurs d’un diplôme en sciences de la nature. »

Il aborde le sujet au niveau des 2e et 3e cycles : « C’est plus ardu de ce côté-là, et, si on regarde la situation au doctorat, il y a un étudiant sur deux qui va terminer. » Le fait d’obtenir un taux de placement très élevé et de tisser des liens très étroits avec l’industrie, comme c’est le cas pour l’ETS, aurait-il une incidence sur la rétention durant le parcours ? « On se qualifie de “ génie pour l’industrie ”, ce qui teinte la façon d’enseigner nos cours. Il a donc fallu prendre des mesures pour garder notre monde et je fournis à ce sujet un exemple en génie logiciel : il y a un manque de ressources dans ce domaine, où il serait possible de placer trois fois plus d’ingénieurs, mais il n’y a pas suffisamment d’étudiants pour occuper ces postes ; après leur troisième stage, près de 80 % d’entre eux travaillent. »

L’ETS a trouvé un moyen de les accommoder : « Il nous a fallu concilier travail et études, car on se retrouvait devant un fait accompli : ils travaillaient, ils occupaient un emploi. Donc, les derniers cours qui leur sont donnés, ceux de spécialisation, leur sont offerts durant la soirée. Il est possible de trouver des façons d’apporter des solutions à certains problèmes de rétention. »

Pour autant, il ne cache pas l’envers de la médaille et ses effets : « Par contre, ils ont un papier d’ingénieur, ils ont déjà eu trois expériences de travail et ils reçoivent des offres de travail. C’est difficile de les motiver à poursuivre des études et, jusqu’à maintenant, 7 % de nos étudiants qui font un baccalauréat poursuivent leurs études par la suite. La moitié de ceux qui sont en maîtrise et au doctorat viennent de l’étranger. »

Il admet volontiers qu’il y a des efforts à consentir pour s’attaquer au problème de la rétention, mais le véritable défi se situe sur un autre plan : « C’est celui du recrutement des Québécois aux 2e et 3e cycles. »

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