Bolduc promet de gros changements

Le taux de participation aux élections de dimanche a été de 4,85 %.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le taux de participation aux élections de dimanche a été de 4,85 %.

Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, écarte la possibilité d’abolir les 72 commissions scolaires à la grandeur du Québec. Mais, le « statu quo n’est plus possible » à la suite d’un taux de participation « décevant » de 4,85 % aux élections scolaires, a-t-il averti lundi.

« Les gens s’attendent à ce qu’on fasse une réforme. […] Une révision s’impose », a déclaré M. Bolduc au lendemain d’élections scolaires boudées par plus de 95 % de la population. Il fera connaître au cours des prochains mois un projet de loi prévoyant des « changements significatifs » à la « gouvernance », au « mandat » et au « rôle » des commissions scolaires francophones, mais aussi anglophones — qui sont protégées par la Constitution canadienne. « Nous allons avoir les mêmes règles pour les commissions scolaires francophones et anglophones », a-t-il précisé lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale.

M. Bolduc s’engage ainsi à laisser intact le droit de gestion des commissions scolaires dévolu actuellement aux deux communautés linguistiques. La présidente de la Fédération des commissions scolaires, Josée Bouchard, s’est dite rassurée.

Droit à l’autonomie

Le « changement aux structures de la gouvernance scolaire » préconisé par le MELS devra être « respectueux d’une forme de droit à l’autonomie gouvernementale de la minorité linguistique anglophone en matière d’éducation [au Québec] », a souligné le professeur agrégé à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa, Sébastien Grammond, tout en citant l’arrêt Mahé de la Cour suprême du Canada. « Les écoles sont considérées comme étant des institutions essentielles pour le développement des minorités de langues officielles [au Canada] », a-t-il ajouté.

Les membres de la communauté anglophone ont « clairement » réitéré dimanche l’« importance » des neuf commissions scolaires anglophones sur le territoire québécois, a fait remarquer le directeur général de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ), Marcus Tabachnick. Ils étaient — toutes proportions gardées — quatre fois plus nombreux que leurs concitoyens francophones à exercer leur droit de vote (17,26 % contre 4,29 %).

L’ACSAQ presse M. Bolduc de se garder de sacrifier les élus à la tête des commissions scolaires. « Il devra en avoir un certain nombre. C’est important. La communauté a le droit de choisir ses leaders pour gérer la taxe scolaire et le réseau », a affirmé M. Tabachnick, rappelant le faible nombre d’« institutions québécoises où la communauté anglophone a un contrôle ».

Le ministre Bolduc entend « alléger les structures du réseau de l’éducation afin de les rendre plus efficaces et plus transparentes » au moyen notamment de « regroupements » de commissions scolaires ou de services.

La présidente réélue de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Catherine Harel-Bourdon, se ralliera à un projet de réforme, mais seulement si celui-ci permet de « mieux faire réussir les élèves », de « rendre plus efficaces les services » et de « coûter moins cher » aux contribuables québécois. « Jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de preuve que ce serait le cas », a-t-elle dit.

La structure actuelle ne reflète pas les attentes de la population, notamment à cause de sa lourdeur.

On a un problème de valorisation de l’éducation au Québec. Il faut se le dire.

9 commentaires
  • Marie-Thérèse Duquette - Abonnée 4 novembre 2014 07 h 03

    Qui demande du changement ? et Pourquoi ?

    Autant lors des dernieres élections, de la part de la CAQ, que de la part de M. Bolduc actuellement, personne ne fait le point pour dire à quel besoin répond cette volonté de changement à tout prix dans les CS. Pourquoi dire que le statut quo n'est pas acceptable ? Pourquoi avoir laissé les élections scolaires se dérouler sachant pertinemment bien que l'intention est de sabrer dans la structure ? Pourquoi mettre sur le dos de la population des électeurs l'odieux de faire des coupes ? Malgré mes lectures attentives de tout ce qui s'écrit sur le sujet, je ne trouve aucune réponse à ces questions.

  • Gilles Roy - Inscrit 4 novembre 2014 07 h 06

    Quelques questions, monsieur le ministre

    On allège en regroupant, M. Bolduc? Ne crée-t-on pas plutôt des instances plus massives et plus lourdes qui auront de la difficulté à piloter de près l'action plurielle décidée au local? Et ne favorise-t-on pas l'essor d'un nouveau jeu syndical, plus efficace quand il s'agit de négocier «en concentré» plutôt qu'en «situation»? Plus de dépenses publiques «conventionnées» et moins de capacités à se montrer imputables des décisions locales, est-ce là nécessairement un bon «deal», monsieur le ministre? Pas que j'en ai nécessairement contre le changement (il en faut!), mais on fait quoi lorsqu'on observe que le changement que l'on promeut mène (du moins, potentiellement) à l'impasse? Certes, vous vous fondez sur un rapport d'experts déposé au printemps dernier. Mais encore, le débat (la controverse) qui aurait du s'y attacher a-t-il eu cours? Et quels sont les constats qui ont ou encore qui auraient dû en émerger?

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 4 novembre 2014 07 h 29

    Le gros changement

    Le gros changement, ce serait de remplacer Bolduc.

    Desrosiers
    Val David

  • Jean-François Trottier - Inscrit 4 novembre 2014 11 h 09

    Cinq minutes

    C'est tout le temps qu'un médecin spécialiste est prêt à "accorder" à un cas et à ses serviteurs (infirmières et techniciens) avant d'imposer son diagnostic.
    Le patient, lui, est pourvoyeur de carte d'assurance et de prime, faut pas mélanger les rôles. Il a le défaut de parfois ouvrir sa bouche pour proférer des âneries sans intérêt.
    La santé est un concept abstrait, la maladie est, elle, génératrice de travail et de revenus.
    Faut savoir choisir. Bolduc est un spécialiste et commande tant les serviteurs que le respect.
    Ne venons pas lui dire que le système d'éducation est en santé, il sait que c'est impossible. Sinon, pourquoi serait-il à son chevet ?
    Les gens ne sont pas allés voter donc ils ne veulent pas du système. Il a raison, il est spécialiste.
    Les gens sont contre les commissions scolaires ou contre l'élection en système scolaire ? La réponse est évidente, Bolduc est spécialiste.
    Accroître le rôle de l'enseignant ne peut évidemment se faire qu'au détrment des commissions, le spécialiste l'a dit.
    Ceci dit, faudrait se dépêcher un peu pour administrer le remède. Faut comprendre, les cinq minutes sont écoulées.

  • Marie-Josée Longtin - Abonné 4 novembre 2014 12 h 25

    MJ Longtin

    Il me semble que les deux seules modifications vraiment nécessaires sont de tenir les élections scolaires en même temps que les élections municipales et de faire en sorte que les électeurs soient informés sur les candidatures et leurs visions de l'éducation.
    Pour le reste, on peut penser que cette inquiétude gouvernementale sur des changements de structure à très faibles rendements n'est qu'un écran de fumée pour masquer la pauvreté de la réflexion sur l'éducation.