L’abc des commissions scolaires

Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir

Une commission scolaire, qu’est-ce que ça mange en hiver ? C’est la question qu’on peut lire sur bon nombre de mines ahuries lorsque Diane Lamarche-Venne, présidente sortante de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, frappe aux portes des électeurs de sa circonscription scolaire en vue de l’élection de dimanche.

« Personne ne sait ce qu’est un commissaire scolaire, personne ne sait ce qu’est une commission scolaire, ou à peu près personne », reconnaît-elle. Reste que, même si elle a l’impression d’arriver comme « un chien dans un jeu de quilles », la visite se termine souvent par une poignée de main.

La gestionnaire d’expérience, qui en est à sa cinquième campagne électorale, admet qu’il y a « un important travail d’information à faire ». Il faut user de stratégies pour convaincre de l’utilité de la mégastructure, utiliser des illustrations qui frappent l’imaginaire. Comme faire la comparaison avec une équipe de hockey. « Le Canadien de Montréal, quand ça ne va pas bien, c’est la faute du coach ou du directeur-gérant […], mais quand ça va bien, personne ne parle de toute l’équipe derrière. Du soigneur jusqu’au gars qui fait la glace et aiguise les patins. C’est la même chose pour les commissions scolaires. Quand les écoles vont bien, on ne parle pas de ce qu’on fait. C’est seulement quand ça va mal… »

Un certain sentiment d’urgence

Le vent abolitionniste qui a soufflé sur les commissions scolaires et les récentes déclarations du ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, qui a lié le taux de participation à ces élections à la survie de la structure, ont fait naître chez les protagonistes un certain sentiment d’urgence.

Les budgets de marketing et de publicité sont maigres — 35 000 $, comparativement à un demi-million pour les élections municipales —, mais, malgré tout, des pancartes barbouillent à nouveau le décor, surtout en ville, aux côtés des décorations d’Halloween. La mission : convaincre les gens du bien-fondé des commissions scolaires et les inciter à aller voter.

À Montréal, sur le Plateau Mont-Royal, le commissaire sortant, Ben Valkenburg, fait campagne à vélo, ayant accroché à celui-ci une grosse pancarte à son effigie. D’autres aspirants commissaires ou candidats briguant la présidence — un siège pour la première fois déterminé au suffrage universel — ont repris leur bâton de pèlerin et se tiennent aux abords des épiceries, dans les centres commerciaux, et font du porte-à-porte. « Il faut faire comprendre aux gens que les commissions scolaires, ce sont des humains qui sont au coeur de ça. On ne répare pas des nids-de-poule, on est des personnes qui s’occupent d’autres personnes », insiste Mme Lamarche-Venne.

Que font-elles?

Gérant des budgets allant de quelques millions à près d’un milliard de dollars — c’est le cas de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) — et étant souvent le premier employeur d’une région, les commissions scolaires accomplissent une panoplie de tâches que plusieurs tiennent pour acquises, croit Mme Lamarche-Venne. « S’il n’y avait pas de commissions scolaires, par exemple, un parent qui vient de déménager dans un quartier devrait lui-même prendre son enfant par la main et magasiner les écoles une par une », explique-t-elle.

De la gestion des immeubles et du transport scolaire jusqu’à l’embauche d’enseignants et de spécialistes, ce sont aussi les commissions scolaires qui veillent à la conformité des manuels utilisés et à ce que soient respectés les divers programmes nationaux du ministère de l’Éducation (MELS). C’est une sorte de contrôle de la qualité, avance la gestionnaire.

À l’école secondaire Cavelier-de-LaSalle, l’affaire d’un enseignant qui avait montré à sa classe la sordide vidéo du présumé assassin Luka Rocco Magnotta avait été étouffée par la direction. « Je ne veux jeter la pierre à personne, mais qui a ramassé les pots cassés après ? C’est notre service des communications. On a regardé le dossier et on a décidé de sanctionner et de congédier l’enseignant. On donne aussi ce soutien-là. »

Un rôle qui évolue

N’empêche que, jusqu’à tout récemment, le rôle des commissions scolaires était mal défini dans la Loi sur l’instruction publique. Le projet de loi 88, notamment, de l’ex-ministre de l’Éducation Michelle Courchesne, est venu le préciser. « Valoriser l’éducation publique sur son territoire » et « contribuer au développement social, culturel et économique de sa région » sont deux des missions inscrites dans la loi. Ce ne sont pas là de minces tâches, reconnaît David D’Arrisso, professeur adjoint au Département d’administration et fondements de l’éducation à l’Université de Montréal.

Certains devoirs ont été ajoutés, comme celui de se doter d’un protecteur de l’élève. C’est aussi sous Mme Courchesne que les premières conventions de gestion, obligeant les commissions scolaires à sceller des ententes avec le MELS comportant des cibles de réussite pour leurs élèves, ont été signées.

Précédemment, lorsque François Legault, alors député péquiste, était à la tête du ministère, les écoles avaient été obligées de fournir des plans de réussite et de diplomation. Le tout avec reddition de comptes.

Et ça continue aujourd’hui, alors que les commissions scolaires doivent désormais faire approuver la vente d’immeubles par le ministère et lui demander une autorisation pour entreprendre certains travaux d’agrandissement ou d’assainissement, en cas de moisissure par exemple. Le projet de loi 56 visant à lutter contre l’intimidation a aussi contraint les écoles à se doter d’un plan d’action.

Le rôle des commissions scolaires s’est alourdi au fil des années, constate David D’Arrisso, et le gouvernement a progressivement « resserré son pouvoir » sur ces structures « extrêmement normées », ce qui limite leur marge de manoeuvre. « Les commissions scolaires, qui étaient, à une certaine époque, un niveau de gouvernement en soi, sont de plus en plus intégrées comme faisant partie du mécanisme d’une école, un simple élément du système, dit-il. Mes collègues appellent ça la postbureaucratie. »

Si les moyens sont définis et les décisions prises par un ministère qui centralise, à quoi sert-il d’avoir une autre instance politique, soit la commission scolaire et ses commissaires élus ? La question mérite d’être posée, croit le professeur. Et elle trouvera sans doute une partie de réponse à l’issue du scrutin de dimanche.

Une commission scolaire

C'est une instance politique formée d’élus : un conseil des commissaires et des comités (comité de parents, protecteur de l’élève, etc.).

C'est aussi une direction générale qui s’occupe de la gestion des services éducatifs (inscription, coordination des programmes du MELS, etc.); de la gestion administrative (taxe scolaire, ressources humaines, service de paie, etc.) ; de la gestion des ressources matérielles (entretien des immeubles, location, protection des lieux, etc.); de la gestion du transport scolaire (550 000 élèves, 10 000 véhicules, un million de kilomètres par jour); des services généraux (informatique, imprimerie, téléphonie, publicité, archives).

Source: Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ)

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2 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 novembre 2014 10 h 38

    … l’allégresse !

    « Si les moyens sont définis et les décisions prises par un ministère qui centralise, à quoi sert-il d’avoir une autre instance politique (…) ? » (David D’Arrisso, professeur adjoint, Dafe, Université de Montréal)

    Drôle de question lorsqu’on sait que, en leur absence éventuelle ou appréhendée (Commissions scolaires), le Ministère concernée va devoir comme assurer et alimenter des relais-liens de communication, d’information et d’autorités susceptibles d’actualiser sa volonté !

    Entre-temps, y répondre, par les élections de demain, risque de susciter tout un bouleversement ou, mieux encore, de …

    … l’allégresse ! - 1 nov 2014 -

  • Guy Desjardins - Inscrit 2 novembre 2014 09 h 25

    C'est un jour triste pour les C.S.

    Dernières élections avant la mise au rancart. Les dirigeants ont creusés leurs pertes eux-mêmes par leurs dépenses exagérées et l'incapacité de bien gérer leurs finances. Se croyant un deuxième Gouvernement et la capacité des citoyens de payer leurs dépenses plus exagérées ont contribué à leur rejet. Il aura fallu que la CAQ dénonce cette organisme peu scrupuleux de leurs dépenses envers les payeurs de taxes et les enfants qui passaient en second. Encore une fois les Libéraux ont pris la balle au bond, du programme de la CAQ. Une consolation pour la CAQ de constater qu'il y a une vision dans leur parti et le GBS prôné, pour une société qui veut se sortir du trou creusé par les deux vieux partis.