Quand l’Ontario envie les élections scolaires québécoises

Dans l’agglomération d’Ottawa-Gatineau, le contraste est frappant. Sur la rive québécoise, rien ne permet de soupçonner qu’une campagne électorale bat son plein en vue de pourvoir les postes de commissaires scolaires. Mais il suffit d’enjamber la rivière des Outaouais pour que les pancartes électorales surgissent à tous les coins de rue et que les rallyes s’annoncent.
Photo: Jake Wright Le Devoir Dans l’agglomération d’Ottawa-Gatineau, le contraste est frappant. Sur la rive québécoise, rien ne permet de soupçonner qu’une campagne électorale bat son plein en vue de pourvoir les postes de commissaires scolaires. Mais il suffit d’enjamber la rivière des Outaouais pour que les pancartes électorales surgissent à tous les coins de rue et que les rallyes s’annoncent.

Quand on se compare, on se console, dit l’adage. La démocratie scolaire semble faire mentir la maxime lorsque le Québec se mesure à l’Ontario, où les taux de participation aux élections scolaires frisent parfois 50 %. Mais derrière ce taux enviable se cache une réalité plus nuancée. Au point que certains Ontariens rêvent au modèle québécois…

Dans l’agglomération d’Ottawa-Gatineau, le contraste est frappant. Sur la rive québécoise, rien ne permet de soupçonner qu’une campagne électorale bat son plein en vue de pourvoir les postes de commissaires scolaires. Mais il suffit d’enjamber la rivière des Outaouais pour que les pancartes électorales surgissent à tous les coins de rue et que les rallyes s’annoncent.

En Ontario, les élections pour les quatre conseils scolaires de chaque territoire (public francophone, public anglophone, catholique francophone et catholique anglophone) se tiennent en même temps que les élections municipales, qui ont eu lieu lundi. Chaque ville étant responsable de l’organisation du scrutin, il est impossible d’obtenir un taux de participation provincial.

À Ottawa, le taux a été d’environ 40 % cette année (selon les districts) et de 44 % en 2010. Il se trouve cependant des gens pour déplorer cet engouement apparent pour la démocratie scolaire. Marc Roy est du lot. Il se présentait comme conseiller pour le Conseil des écoles publiques de l’est de l’Ontario (CEPEO) après avoir siégé sept ans au comité de parents des écoles primaire et secondaire que fréquentent ses trois enfants.

Il a gagné son élection lundi. Il avait posé 600 affiches de parterre dans son quartier, plus quelques panneaux de quatre pieds par six pieds.

« Il y a quatre conseils scolaires et aucune place dans les médias pour parler de ça. Les enjeux ne sont pas discutés, les gens n’y sont pas exposés. Nos pancartes et nos pubs sont noyées par celles de la campagne municipale.

« Oui, 50 % des gens vont voter, ce qui fait paraître le vote plus démocratique, mais s’il n’y a que 5 % des gens qui connaissent les enjeux, ce vote est-il plus judicieux ? »

Marc Roy raconte qu’il a participé au débat des candidats organisé dans son secteur. Le débat des candidats municipaux a d’abord eu lieu, puis celui des conseillers scolaires. « Il y avait une soixantaine de personnes dans la salle. Mais elles ont fait une pause-café avant le débat scolaire et il ne restait plus que 12 personnes après. De ces 12 personnes, 10 votaient pour la commission scolaire anglophone publique. J’ai proposé aux deux personnes qui restaient d’aller jaser dans le corridor… »


Une affaire de femmes?

Cette bibitte politique (il travaille depuis 17 ans sur la colline parlementaire à Ottawa et a été deux ans le directeur des communications adjoint du premier ministre Paul Martin) calcule qu’à peine 15 % des électeurs votent selon ce qu’ils ont appris pendant la campagne. 15 % de 44 %, cela signifie… 6,6 %. C’est environ le taux de participation au Québec ! « Les 85 % restants, c’est du hasard. »

Ce hasard avantage la personne qui se trouve en tête du bulletin et les candidates. « Je ne critique pas. Pour une fois que les femmes ont un avantage dans la joute électorale… Mais il n’en reste pas moins que c’est un désavantage d’être un homme. Demandez à des gens qui ils choisiraient entre deux candidats qu’ils ne connaissent pas, un homme et une femme, et ils vous diront qu’ils voteraient pour une femme. Parce que c’est l’éducation. »

Il en sait quelque chose. En 2010, lorsqu’il s’était présenté sans succès à l’élection, une femme s’était présentée dans son district, où elle ne résidait pas. La rumeur voulait qu’elle ait eu pour but de diviser le vote. Elle était première sur le bulletin. Elle n’a posé aucune pancarte, n’a participé à aucun débat, n’a pas fait campagne, n’a même pas fourni ses coordonnées comme les autres.

Malgré tout, elle a terminé troisième et avant-dernière avec 17 % du vote. Cette année, une femme a retiré sa candidature à la mi-campagne pour des raisons personnelles dans le district 4 de la Commission scolaire catholique anglophone. Mais il était trop tard pour retirer son nom du bulletin de vote. Elle a eu beau dire qu’elle ne voulait pas être élue, Andrea Steenbakkers a gagné lundi soir, coiffant ses deux rivaux masculins.

Séparation des élections

Kevin O’Shaughnessy est d’accord avec la lecture de M. Roy. Il s’est présenté pour l’Ottawa Catholic School Board et a perdu. « Oui, certaines personnes savent pour qui elles votent, mais c’est rare. Dans mon district, c’est une campagne de marque. Il faut mettre le nom en évidence pour que les gens le reconnaissent dans l’isoloir. » Alors, lui aussi a posé des pancartes.

Selon M. O’Shaughnessy, l’omniprésence de celles-ci ne témoigne pas tant d’un engouement pour la politique scolaire qu’elle confirme une incapacité à engager les citoyens dans le débat de fond. M. Roy se demande par ailleurs s’il ne faudrait pas permettre aux jeunes de 16 ans ou plus de voter. « Parce que ça concerne les jeunes énormément. »

Tant M. Roy que M. O’Shaughnessy voient un intérêt dans la séparation des élections telle qu’elle se pratique au Québec. Mais tous deux se demandent si cela n’entraîne pas un dédoublement des coûts électoraux.

À Ottawa seulement, le coût des élections combinées s’élève à 6,2 millions de dollars, confirme la municipalité. De cette somme, un montant de 35 000 $ a été consacré à la publicité pour faire savoir aux gens qu’une élection avait lieu. C’est exactement le montant dont disposent la totalité des commissions scolaires de tout le Québec pour rappeler la tenue de l’élection ce dimanche…

Quelques chiffres

Il y a en Ontario 72 conseils scolaires regroupant 4901 écoles primaires et secondaires publiques. Celles-ci accueillent un peu plus de deux millions d’élèves (deux fois plus qu’au Québec). Le ministère de l’Éducation leur fournit un budget annuel de 21 milliards de dollars (excluant les dépenses en capital). Le budget annuel des commissions scolaires au Québec est d’environ 10 milliards de dollars.