Hors des grands centres, des commissaires près des gens

Le faible taux de participation de 7,6 % en 2007, cité par le ministre de l’Éducation Yves Bolduc pour donner du poids à son ultimatum, occulte pourtant d’importantes différences régionales.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le faible taux de participation de 7,6 % en 2007, cité par le ministre de l’Éducation Yves Bolduc pour donner du poids à son ultimatum, occulte pourtant d’importantes différences régionales.

Cette campagne électorale a des airs de dernière chance. Le faible taux de participation de 7,6 % en 2007, cité par le ministre de l’Éducation Yves Bolduc pour donner du poids à son ultimatum, occulte pourtant d’importantes différences régionales.

Dans les commissions qui couvrent un territoire rural, les chiffres sont en effet moins mauvais. En 2007, toutes les commissions où l’on a voté à plus de 15 % comptaient moins de 30 000 électeurs. Pour 10 d’entre elles (sur 72), on a même enregistré des taux de participation de plus de 25 %.

La championne de la participation, la Commission scolaire des Appalaches, peut se targuer d’avoir vu ses électeurs voter à presque 39 % cette même année. « Il n’y a pas de recette miracle, ce sont surtout les candidats qui ont travaillé très fort pour convaincre les gens d’aller voter », explique Michel Emond, président d’élection pour ce territoire situé autour de Thetford-Mines. Seulement 2 des 17 circonscriptions ont cependant tenu des élections, les autres commissaires ayant été élus par acclamation, comme dans 67 % des cas au Québec.

Être l’unique candidat ne réduit en rien la motivation d’Alexandre Anctil, commissaire depuis 2003, qui souligne les 32 % de votes à la Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs en 2007 : « Rien pour se péter les bretelles, mais c’est moins pire qu’en ville. » Le producteur agricole en a déjà plein les bras avec son élevage de 500 brebis à Saint-Mathieu-de-Rioux, près de Trois-Pistoles. Mais il ne se contente pas du « moins pire » pour les écoles. Il défend bec et ongles la décentralisation du système d’éducation, car c’est justement la proximité de sa commission avec les citoyens qui garantit une plus grande participation, selon lui.

Même avec ses quatre enfants qui lui donnent un coup de main, M. Anctil trouve que sa charge de travail à la ferme « n’a pas d’allure ». Ce qui ne l’empêche pas de recevoir des appels de parents directement à la maison, de répondre à des questions sur le transport scolaire à l’épicerie et de prendre des décisions difficiles en réunion.

À l’inverse du surpeuplement des classes décrié à Montréal, les élèves se font rares dans certains villages. « On va me scier les jambes avant de fermer une école, même si la décision a des coûts. Notre rôle est de répartir le budget », expose-t-il. Le maintien d’écoles comptant aussi peu que 14 élèves est aussi un dossier critique pour Bernard Therrien. Aujourd’hui retraité, il est commissaire scolaire depuis 20 ans pour la Côte-du-Sud, le plus souvent élu par acclamation, en plus d’être bénévole et entraîneur pour des équipes sportives des localités voisines de la sienne, Saint-Vallier.

Entre les centaines de kilomètres parcourus chaque année pour assister aux réunions et ses efforts pour regarnir les cours d’école, les 5000 $ reçus annuellement font de ce poste « presque du bénévolat », affirme-t-il, sans toutefois se plaindre.

« J’ai enseigné pendant 38 ans au privé, mais mes enfants étaient à l’école publique et ma femme y enseignait aussi, raconte-t-il. J’ai encore envie d’aider les petits milieux, d’essayer de voir à ce que tous les jeunes aient les mêmes privilèges. » Au bout du fil, avant de partir pour une réunion, de sa voix grave il se dit sidéré d’entendre des commentateurs radio appeler à ne pas voter. « Je ne veux pas perdre la proximité de l’administration scolaire avec le milieu. En plus, c’est ce qu’il y a de moins cher dans l’administration publique ! Je vois mal comment des gens d’ailleurs pourraient connaître autant nos réalités », insiste-t-il.

« C’est le niveau de décision le plus proche de nous, encore plus que le municipal. L’avenir de notre société se joue dans les écoles, c’est fondamental », ajoute pour sa part Sarah Toulouse. Elle se présente à la Commission scolaire des Phares, dans le Bas-Saint-Laurent, même si elle est loin de manquer de travail envers la communauté : chargée de cours à l’Université du Québec à Rimouski, membre du conseil d’administration de la coopérative Le Bercail, elle est en train d’en créer une autre pour offrir des services de proximité ; elle aide aussi à mettre sur pied une école alternative. Quant à l’enfance, c’est ce qui l’occupait quand Le Devoir l’a jointe à Rimouski : « Élikia, laisse-moi parler au téléphone quelques minutes, après on va faire du bricolage, OK ? » Sa région n’est pas une championne de la participation aux élections scolaires, mais elle a bon espoir « que de plus en plus de gens seront conscients qu’ils peuvent avoir un impact ». Et qu’ils iront voter le 2 novembre.
 

1 commentaire
  • Josette Allard - Inscrite 1 novembre 2014 05 h 28

    Allonsvoter

    Vous seriez surpris de la qualite des candidats. Moi je l'ai été et je vais voter demain.