Réinventer le modèle pour se rapprocher des élèves

Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir

Elles ont été critiquées, menacées de mise sous tutelle ou carrément d’abolition. Alors qu’autour des élections de dimanche se joue sans doute leur survie si les taux de participation stagnent autour des 7 %, les commissions scolaires bataillent depuis un moment pour regagner la confiance des autorités et de la population. Mais certaines ont une longueur d’avance et ont déjà changé leur modèle de gouvernance.

À la commission scolaire Val-des-Cerfs, à Granby (CSVC), chaque séance du conseil des commissaires se termine, non pas par une prière, mais bien par une question : « En quoi les décisions prises ce soir ont-elles un impact sur la réussite des élèves ? » Depuis deux ans, cette sorte de credo est un point à l’ordre du jour et les commissaires se prêtent au jeu en y répondant. « C’est un examen de conscience. Ça peut paraître puéril, mais à 23 autour de la table, c’est important que tout le monde se parle des vraies affaires », souligne André Messier, le directeur général.

Ce fait, quoiqu’anecdotique, est une petite illustration de ce qui a changé à la CSVC. Une petite révolution dont M. Messier se dit fier. « Et savez-vous quoi ? On n’a pas fait de voyage en Finlande », lance-t-il dans un sourire.

Désormais, les élus prennent des décisions pour le bien des élèves et la direction générale gère et fait les choix qui s’imposent. Fini le temps où les élus perdaient du temps à siéger à des comités de sélection du personnel, fini celui où ils étaient consultés pour l’aménagement des planchers dans un gymnase. « Les commissaires ont constaté qu’ils étaient constamment détournés de la réussite des élèves. Le calendrier scolaire, les conflits des employés, tous ces éléments de l’ordre des opérations complexifiaient le processus de décisions et allongeaient les séances inutilement. »

Ce coup de barre dans la gouvernance a fait en sorte que le directeur général (DG) s’est retrouvé avec beaucoup plus de pouvoirs. Les commissaires mettent encore le nez dans les questions budgétaires mais se concentrent davantage sur les objectifs de réussite qu’ils veulent atteindre. Au DG de s’arranger pour qu’ils se réalisent. « Le conseil qui, par exemple, souhaite augmenter le taux de réussite des élèves en français me donne ensuite la marge de manoeuvre et les budgets pour y parvenir », explique-t-il. « On ne me dit pas : “ Prends 100 000 $ et va acheter des livres ”, on me dit : “ Prends 100 000 $ et choisis les moyens pour arriver aux résultats ”. »

La contrepartie de ces pouvoirs accrus, c’est que le directeur général est davantage imputable. « Il faut que j’accepte que ce soit le conseil qui donne les orientations et les cibles. Et que moi, comme DG, je doive rendre des comptes. Je ne peux plus dire que ce n’est pas de ma faute. »

Un modèle ontarien

Le modèle de gouvernance qui leur a servi d’inspiration n’est donc pas scandinave, mais bel et bien ontarien. Quelques visites et échanges avec le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est, une commission scolaire d’Ottawa, ont suffi. Celle-ci fait une grande place au modèle très populaire en management de John Carver, soit la « gouvernance par politiques » (policy governance model). Plus connu ailleurs au Canada, ce modèle distingue les « moyens » des « fins » et accorde une plus grande importance à ces derniers. Il permet au conseil de se concentrer sur les grandes questions, de déléguer de façon claire et précise et d’évaluer rapidement les progrès d’une organisation.

À l’instar de son homologue ontarienne, la CSVC a plongé. Elle a implanté des structures aux noms peu sexy, mais qui n’en demeurent pas moins en vogue, telles que les Communautés d’apprentissage professionnel (CAP) et le Leadership intégrateur axé sur les résultats scolaires (LIRS). Les premières sont des comités où les enseignants d’une école se réunissent afin de trouver des stratégies pour améliorer la réussite des élèves sur un thème donné. Le LIRS permet d’accompagner les directions d’école pour les aider à mieux diriger.

Selon André Messier, les commissions scolaires, surtout francophones, gagneraient à s’inspirer de la recherche en éducation de sommités telles que Michael Fullan, John Hattie, Richard DuFour, qui ont contribué et enrichi ces façons de voir. « On est très axés sur la littérature scientifique de la francophonie, mais on se rend compte que notre culture éducative est plus près de celle d’Amérique du Nord. »

Un modèle pratico-pratique

À Montréal, la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) se revendique également d’une culture de gouvernance différente. Voilà près de cinq ans qu’elle a revu son modèle de gestion. Il comprend une réorientation en profondeur — comme la réorganisation de la commission en territoires et non plus en « réseaux » —, mais aussi beaucoup de petits changements qui font toute la différence.

Des GPS ont été installés dans les camions de livraison pour contrôler les itinéraires des chauffeurs, un chariot contenant les mêmes produits pour chacun des concierges permet des économies d’échelle dans les achats, le recours à la suppléance est plus sévèrement contrôlé, de même que les congés de maladie. Ces petites actions finissent par se traduire par des économies de plusieurs millions, assure Diane Lamarche-Venne, présidente sortante de la CSMB qui brigue un autre mandat.

« La situation est différente d’une commission scolaire à l’autre. Je ne peux pas juger, mais force est de constater qu’on n’a pas tous la même ouverture », admet-elle. « Ça prend des gestionnaires de haut niveau pour faire face aux défis actuels. […] Et des fois, le problème, c’est pas toujours le modèle de gouvernance, mais les gens qui dirigent qui n’ont pas la compétence pour le faire. »

6 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 1 novembre 2014 05 h 04

    Demain on vote

    Je suis agréablement surpris de la qualité des candidats au poste de commissaire dans ma circonscription. Demain j'irai voter aux élections scolaires, pour la première fois en plus de vingt ans. Pourquoi ais-je negligé de le faire durant tout ce temps, moi qui me fait un devoir de toujours voter aux élections provinciales, fédérales et municipales?
    Sortez, allez voter demain matin. Les bureaux de vote sont dans votre école de quartier, la plupart du temps. Vous n'avez pas d'excuse pour ne rien faire.

  • Nicole Bernier - Inscrite 1 novembre 2014 06 h 11

    Enfin des francophones qui parlent à leurs collègues anglophones et qui s'intéressent aux résultats, aux élèves plutôt qu'au développement de leur structure:

    "Le modèle de gouvernance qui leur a servi d’inspiration n’est donc pas scandinave, mais bel et bien ontarien. Quelques visites et échanges avec le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est, une commission scolaire d’Ottawa, ont suffi. Celle-ci fait une grande place au modèle très populaire en management de John Carver, soit la « gouvernance par politiques » (policy governance model). (...) Selon André Messier, les commissions scolaires, surtout francophones, gagneraient à s’inspirer de la recherche en éducation de sommités telles que Michael Fullan, John Hattie, Richard DuFour, qui ont contribué et enrichi ces façons de voir. « On est très axés sur la littérature scientifique de la francophonie, mais on se rend compte que notre culture éducative est plus près de celle d’Amérique du Nord. »"...

    Le sectarisme linguistique ou culturel ne désert en rien le bien de la communauté et l'intérêt de la population pour l'engagement social

    Il faut valoriser la créativité axée sur la résolution des problèmes... Bravo à l'initiative de cette communauté de Granby...

    Cela me fait pensé à l'initiative de l'Hôpital juif pour repenser les services hospitaliers en profondeurs... Il faut du courage pour innover et cesser de reproduire des vieux trucs qui ne marchent pas.

  • Robert Henri - Inscrit 1 novembre 2014 07 h 55

    Je ne sais pas pour les autres commissions scolaires...

    Je ne sais pas pour les autres commissions scolaires. À chaque élection scolaire on peut lire dans les journaux locaux le nom des différents candidats et de quel milieu ils viennent mais rarement leur vision de l'éducation. Ça n'aide pas vraiment à faire un choix. Comme si on nous disant «élisez nous et oubliez nous jusqu'à la prochaine fois... Les commission scolaires doivent rester à mon avis mais elles doivent être profondément remaniées.

  • CLoze - Abonnée 1 novembre 2014 09 h 25

    Grande découverte!

    Je suis surprise de lire l'article sur la Commission scolaire du Val-des-Cerfs. Surprise de constater que la réussite des élèves est l'objetif principal poursuivi depuis deux ans. Suis-je naive? J'ai toujours cru que la réussite des élèves était au coeur du mandat de toutes commissions scolaires, justifiant ainsi leur existence. Finalement je suis davantage inquiète que surprise!!!

  • Julie Blaquière - Inscrite 1 novembre 2014 17 h 41

    "Ce coup de barre dans la gouvernance...."

    Il était temps. Quand c'est rendu que la main gauche ignore ce que la droite fait ainsi que la direction à prendre pour que le bien-être et la sécurité des écoliers soient une réalité et non un objectif on imagine mal qu'il faille encore accorder autant de budget à l'improvisation d'autant de joueurs. Que faire? Imposer des résultats et valider avec les clientèles?