L’heure est à la décentralisation

Alexandre Lampron Collaboration spéciale
Jean Beauchesne, p.-d.g. de la Fédération des cégps
Photo: Fédération des cégeps Jean Beauchesne, p.-d.g. de la Fédération des cégps

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À l’aube du 50e anniversaire de la création des cégeps, l’heure est à la décentralisation, croit le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne.

Selon M. Beauchesne, le moment est bien choisi pour donner une place plus importante aux 48 établissements locaux afin d’adapter les programmes et les compétences dispensés, et ce, dans le contexte où le monde fait actuellement face à la mondialisation, aux accords de libre-échange et à la délocalisation des entreprises. Cela ne diluera toutefois en rien les diplômes d’État, qui vont demeurer, assure-t-il.

« Il faut être capable de décentraliser, en même temps que nous nous responsabilisons, car c’est à cela que nous sommes conviés dans le contexte de la commission Robillard, avance Jean Beauchesne. Ne nous cachons pas ! Les compressions budgétaires font que, encore une fois, nous sommes conviés à faire plus avec moins. Il faut accepter de revoir nos façons de faire, d’en donner le plus possible à la population pour l’argent que coûte le réseau collégial. »

Le p.-d.g. de la Fédération des cégeps estime néanmoins être positif dans les circonstances, par rapport au projet de réforme avancé par le gouvernement du Québec. Pour le réseau collégial, le débat ne se fait pas au chapitre des structures, comme c’est le cas dans le secteur de la santé, par exemple, mais plutôt à propos du contenu.

L’adéquation formation-emploi

Selon lui, l’objectif consiste à mieux déployer l’offre de formations afin d’éviter, dans la mesure du possible, qu’il y ait des doublons, particulièrement en région, et d’offrir une meilleure complémentarité des programmes. De sa position, M. Beauchesne croit qu’il ne faut jamais perdre de vue qu’un étudiant est libre de choisir ce qu’il désire réaliser le plus. Il faut tenir compte de ce qu’il appelle « l’adéquation formation-emploi ».

« Si nous formons des chômeurs, souvent, nous nous faisons dire que nous marchandisons l’éducation parce que nous sommes trop connectés à l’adéquation formation-emploi, aux besoins du marché du travail. Or ma philosophie est très différente, explique-t-il. Nous ne brimerons jamais le libre choix, mais c’est plutôt à nous de favoriser l’orientation des jeunes avec des conseillers en orientation ou avec un service d’admission dans le milieu. Nous avons donc une responsabilité d’informer les citoyens de ces perspectives. »

Il rappelle aussi que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, dans son discours inaugural, avait parlé de favoriser davantage la formation en entreprise. La Fédération des cégeps estime être très ouverte à cette alternance entre les maisons d’enseignement et les entreprises.

« Nous n’avons pas de problème avec cela, mais il faut savoir de quoi on parle. Est-ce que nos entreprises sont prêtes à aller plus loin que la simple supervision des stages ? Nous sommes ouverts, mais cela implique aussi des éléments structurels », répond-il.

L’actualisation des programmes

Le réseau collégial, ce sont quelque 130 programmes regroupés dans deux grands poumons entre les secteurs préuniversitaire et technique. C’est la poursuite entre des compétences plus spécifiques et des compétences plus génériques qui doivent être intégrées. De plus, il existe aussi des exclusivités nationales, telles que les programmes en thanatologie, offert au Collège Rosemont, ou en aménagement de la faune, offert au Cégep de Saint-Félicien.

À l’inverse, Jean Beauchesne explique qu’il existe aussi des programmes de haut volume, notamment dans les domaines liés à la santé. Il cite, entre autres, le programme de soins infirmiers, donné dans 44 des 48 cégeps, car la demande y est très forte, compte tenu du fait qu’il s’agit d’un secteur qui connaîtra un important renouvellement d’effectifs dans les années à venir.

Chose certaine, enchaîne-t-il, les cégeps doivent répondre plus rapidement à l’actualisation de leurs programmes. Ils doivent demeurer connectés avec ce qui se passe, non seulement au Québec mais partout à travers le monde.

« Nous formons des travailleurs, c’est un défi croissant. De plus, il faut aussi répondre à la grande variété des profils qui nous arrivent. Nous avons des immigrants qui arrivent chez nous, qui ont aussi des formations et qui veulent rapidement s’intégrer au marché du travail. Ils viennent sur nos bancs d’école à plein temps dans des programmes intensifs. La variété des profils, ce ne sont pas seulement les jeunes. C’est aussi l’éducation des adultes. Nous ne fournissons pas assez de diplômés dans les secteurs d’avenir pour combler les postes techniques. Il faut rehausser la qualification des adultes en situation de travail. »

Diversifier les services

Même si le réseau collégial a grandement évolué au cours des 15 ou 20 dernières années, le p.-d.g. de la Fédération des cégeps insiste néanmoins sur la pertinence du cégep dans le cheminement éducationnel des jeunes. Le réseau collégial a ainsi su s’adapter pour mieux répondre à leurs besoins en diversifiant davantage ses services pour favoriser la réussite de sa clientèle.

Il cite en exemple la question de l’accueil du profil d’étudiants ayant des troubles du spectre autistique (TSA), mieux connu auparavant comme les troubles envahissants du développement de la personnalité.

« Le réseau collégial est vu dans la population comme une terre d’accueil pour les jeunes de 17 ou 18 ans qui, à l’aube de l’âge adulte, se cherchent une identité, qui vont travailler en même temps qu’ils vont poursuivre leur programme collégial, illustre Jean Beauchesne. Ce sont également des consommateurs qui vont se chercher, au point de changer. La preuve, c’est qu’un étudiant sur trois change de programme en cours de route, ce qui allonge son parcours au niveau collégial. Toute notre palette de services est ainsi organisée pour aider ces jeunes qui sont en quête d’identité. Pour nous, l’important, c’est d’abord qu’ils persévèrent et qu’ils obtiennent leur diplôme. C’est notre première préoccupation. »

Le réseau collégial mise entre autres sur le travail de ses conseillers en orientation, qui évaluent, au moyen d’examens, les différents besoins et les aliénations entre les forces et les faiblesses des jeunes.

D’autre part, le réseau collégial a également évolué au chapitre de l’engagement étudiant. Bien que la mission première demeure l’enseignement, Jean Beauchesne estime qu’il faut former des étudiants engagés, entre autres, dans des projets de coopération internationale, dans des équipes intercollégiales ou dans des causes telles que Cégep en spectacle ou Science on tourne.