De la difficulté de réussir à l’école quand on ne peut pas se concentrer

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
« À QI équivalent, les personnes atteintes d’un TDAH font deux ans d’études de moins que les autres. »
Photo: Mychèle Daniau Agence France-Presse « À QI équivalent, les personnes atteintes d’un TDAH font deux ans d’études de moins que les autres. »

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au Québec, 8 % des enfants souffrent d’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), de nature à miner leur estime de soi ainsi que leur capacité de fonctionner en milieu familial, social et scolaire. Un trouble qui reste aujourd’hui encore tabou, alors même que, diagnostiqué à temps, bien traité et assumé, il peut être apprivoisé et compensé. « Bien encadré à la maison et à l’école, l’enfant peut même envisager une vie adulte accomplie et très créative. Beaucoup de nos humoristes et de nos artistes présentent ce trouble », affirme Christiane Laberge, omnipraticienne et grande spécialiste de cette maladie. Entrevue.

Un enfant est souvent très actif, désobéissant et impulsif… À quel moment ses parents doivent-ils se demander s’il ne souffre pas d’un TDAH ?

Si on envoie son adolescent à l’épicerie chercher du beurre, du lait et du pain et que, systématiquement, il revient sans le pain… on se pose des questions. Perdre ses mitaines, perdre ses gants, c’est correct en première et en deuxième années du primaire. En troisième, non. Quelquefois, on demande au parent s’il tient encore la main de son enfant quand il traverse la rue et il répond que oui… Il a 10 ans ! On lui demande pourquoi, il répond qu’il est distrait. Tout ça, ce sont des indices qui peuvent nous mettre sur la voie.

A contrario, comment être certain que son enfant n’est pas atteint ?

Commençons par faire disparaître l’anxiété que peut ressentir un enfant. C’est certain qu’un adolescent dont les parents viennent de divorcer, qui subit un déménagement, qui se retrouve dans un 3 ½ à Montréal alors qu’il habitait à Longueuil dans une maison, qui vit avec une nouvelle belle-mère ou un nouveau beau-père et qui ne sait pas où il va coucher le soir parce qu’il ne comprend rien au système de garde, eh bien il n’est pas disponible pour l’étude. Mais il ne souffre pas d’un TDAH pour autant. Il y a des critères. Il faut que le trouble se soit manifesté avant l’âge de 12 ans et que ce soit constant. L’ange chez grand-papa qui devient un démon à la maison, ce n’est pas un TDAH.

Quelque 8 % des enfants sont atteints par ce trouble au Québec. Est-ce qu’il y a plus de cas aujourd’hui ou est-ce seulement qu’ils sont mieux repérés ?

On les diagnostique mieux, c’est vrai. Mais ils sont surtout plus dysfonctionnels qu’auparavant. Autrefois, il y avait plus d’activités physiques en classe. De nos jours, 70 % du temps scolaire se passe assis. Quand on a un déficit d’attention, c’est tout un défi ! Il n’y en a donc pas plus qu’auparavant, mais, dans nos sociétés occidentales devenues très sédentaires, ça paraît plus. En revanche, ce qui change en ce moment, c’est le clivage filles-garçons. On a longtemps cantonné ce trouble aux garçons. On se rend compte aujourd’hui que les filles qui sont dans le coin de la classe à toucher sans arrêt leur couette de cheveux ou la petite gomme en dessous de la table souffrent d’un TDAH. Mais, comme elles ne dérangent personne, elles sont repérées moins rapidement.

Que faire lorsque le diagnostic tombe ?

On commence par les mesures non pharmacologiques. La première d’entre elles : on couche les enfants plus tôt parce que, souvent, ils ont de la difficulté à trouver le sommeil. On les fait manger le matin, on leur offre une certaine routine et on les récompense, parce que la dopamine est un des transmetteurs qui posent problème dans un TDAH. Il faut donner des objectifs clairs, routiniers, de sorte que l’enfant puisse prévoir ce qui va se passer. Ça le rassure. Pendant qu’on fait les devoirs, rien ne l’empêche de se lever aux 10 minutes pour faire le tour de la table et manger une datte. Ou de se balancer sur une chaise berceuse et de jouer avec un ballon pendant qu’il récite une leçon. Il y a de petites choses comme ça qui fonctionnent jusqu’à un certain point. Mais notre enfant peut avoir un diagnostic qui nécessite de voir un spécialiste. Son TDAH peut s’accompagner de dyslexie, de dyscalculie, de difficultés d’apprentissage de la lecture, de l’écriture. On peut faire appel à un orthophoniste, à un psychologue ou à un neuropsychologue. Et, selon la réponse de l’enfant à toutes ces méthodes, on pourra envisager de le médicamenter.

On évoque aussi souvent l’importance d’adopter une bonne hygiène de vie…

Pas seulement pour ces enfants-là ! Les pesticides, les additifs, les colorants alimentaires et même le sucre auraient un impact sur l’attention des enfants… Régulièrement, cette rumeur revient, mais rien de tout ça n’a jamais été prouvé. Cela dit, mieux vaut avoir une alimentation saine et équilibrée. Idem pour le sport. Tous les enfants devraient se dépenser au moins une heure chaque jour, ils seraient tous beaucoup plus calmes. Mais il est vrai, cela dit, que les sports d’équipe, même très simples, aident beaucoup les enfants atteints d’un TDAH, parce que ça leur apprend la hiérarchie, les habiletés sociales, le respect des autres, l’arrêt des mouvements, etc. Et, grâce à l’oxygénation, le développement du cerveau va être amélioré.

Concrètement, comment se sent un enfant atteint d’un TDAH ?

J’ai eu un petit garçon en consultation qui me disait que c’est comme s’il avait une télécommande dans la tête, mais qu’il n’en avait pas le contrôle. Chaque fois qu’un stimulus passe, on s’y accroche. Je vous parle, je vois un monsieur qui traverse la rue, je ne vois pas la lumière qui vient de changer de couleur, je vois la dame qui vient de s’asseoir… Comment je fais pour me concentrer ? Comment je fais pour savoir de quelle couleur sont les yeux du monsieur qui s’en vient ? Je ne suis pas capable de fixer mon attention sur ça. Vu de l’extérieur, ça peut être tout aussi bien des enfants plutôt rêveurs que d’autres, impulsifs, qui sautent partout et qui ne tiennent pas en place. Parfois, un mélange.


Et quelles sont, au final, les conséquences sur les résultats scolaires ?

À QI équivalent, les personnes atteintes d’un TDAH font deux ans d’études de moins que les autres. C’est tout un défi de suivre un programme scolaire lorsqu’on a de la difficulté à se concentrer et à rester en place. Cela dit, le fait d’être diagnostiqué, et donc de comprendre pourquoi on est comme ça, permet aussi de trouver ses propres solutions. Beaucoup font des listes pour ne rien oublier, d’autres font du sport pour évacuer toute cette adrénaline. Le potentiel intellectuel de ces enfants n’est pas inférieur à celui des autres et certains auront même une très belle carrière professionnelle. Ils sont d’ailleurs généralement très créatifs, car ils ont une manière très particulière de réfléchir et d’agencer les idées.