Les ressources disponibles sont-elles suffisantes?

Jacinthe Leblanc Collaboration spéciale
Pour le professeur agrégé de l’Université de Montréal et docteur en neuropsychologie, Dave Ellemberg, un avantage majeur de la structure des études supérieures réside dans le fait qu’il y a beaucoup plus de flexibilité pour l’étudiant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour le professeur agrégé de l’Université de Montréal et docteur en neuropsychologie, Dave Ellemberg, un avantage majeur de la structure des études supérieures réside dans le fait qu’il y a beaucoup plus de flexibilité pour l’étudiant.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Nombreux sont les jeunes qui ont un ou plusieurs troubles d’apprentissage. Mais, avec l’évolution de la science et depuis l’avènement de l’imagerie cérébrale au début des années 1990, il est possible de poser un meilleur diagnostic et de les aider. Les ressources qui leur sont offertes au cours du primaire et du secondaire ne sont plus un mystère. Mais qu’en est-il lorsque ces élèves arrivent aux études supérieures ?

« Pour l’élève qui se présente dans un établissement [postsecondaire], il y a des services […] qui accueillent tous les élèves qui ont tout type de handicap ou de trouble pour leur offrir des accommodements [et] des possibilités de parcours comme à tous les autres élèves », explique Odette Raymond, personne-ressource auprès de l’Association québécoise des troubles de l’apprentissage (AQETA). Ces ressources sont variées : psychologue, travailleur social, conseiller en orientation, aide pédagogique, centre d’aide en français, service de tutorat par les pairs, aides technologiques. Elles varient selon l’établissement, « mais, dans tous les établissements, il y a des services », insiste Mme Raymond.

C’est à l’étudiant de faire les démarches auprès de son établissement d’études supérieures pour obtenir de l’aide et celui-ci doit avoir « un rapport diagnostique posé par une personne reconnue compétente en la matière » pour avoir accès aux services. S’il n’a pas de diagnostic, il sera dirigé vers des cliniques externes pour l’obtenir. « À partir de ce diagnostic, on analyse les besoins de l’étudiant. On analyse les besoins qu’on va devoir combler pour qu’il puisse faire ses études comme tout le monde », dit-elle, tout en expliquant la marche à suivre.

Odette Raymond, qui a également été conseillère en services adaptés au Cégep du Vieux-Montréal pendant 25 ans, suggère aux nouveaux étudiants ayant un TA de rencontrer « le conseiller en services adaptés au mois de juin si possible, pour que, dès la rentrée au mois d’août, il y ait des choses déjà mises en place ». Elle est consciente, par contre, du fait que ce ne sont pas tous les étudiants qui veulent le dire. « Plus on se rapproche du milieu de l’emploi, plus les étudiants, on dirait, sont inquiets des répercussions de l’étiquette qui les suit et des répercussions que ça va avoir sur le milieu du travail. »

Quand on parle de TA, on fait référence généralement à la dyslexie (trouble spécifique de la lecture), à la dysorthographie (trouble spécifique de l’orthographe) ou encore à la dyscalculie (trouble spécifique du fonctionnement mathématique). « Mais il y a aussi toutes les autres fonctions cérébrales qui sont importantes pour apprendre, comme les capacités d’organisation, de planification, de gestion de l’information, la mise en place des priorités. C’est ce qu’on appelle nos fonctions exécutives », mentionne Dave Ellemberg, professeur agrégé de l’Université de Montréal et docteur en neuropsychologie. Autrement dit, « lorsqu’une capacité cérébrale n’est pas optimale et que cela fait en sorte que ça porte atteinte à l’apprentissage, il s’agit alors d’un trouble d’apprentissage », précise-t-il.

Le chercheur rajoute que les TA sont d’origine génétique. Les personnes ayant un trouble d’apprentissage sont intelligentes, mais « une partie [de leur] cerveau [fait] en sorte que les régions qui sont activées dans l’apprentissage de la lecture, dans l’apprentissage de l’orthographe [par exemple] […] peuvent moins bien se développer ».

La flexibilité des études supérieures

Pour M. Ellemberg, un avantage majeur de la structure des études supérieures réside dans le fait qu’il y a beaucoup plus de flexibilité pour l’étudiant. En effet, ce dernier peut alléger son horaire, en fonction de ses besoins et de la façon dont il fonctionne, en ayant moins de cours ou en prenant des cours d’été, par exemple. Ces accommodements, qui doivent être faits de concert avec un aide pédagogique pour s’assurer du suivi du programme scolaire, ne visent pas à « donner des avantages à cause d’un trouble, mais à permettre [à l’étudiant] de partir sur le même pied que tout le monde, de poursuivre ses études. Cela ne lui donne pas non plus une garantie de réussite », précise Mme Raymond.

Mais un problème reste : l’accumulation des échecs. Les jeunes qui arrivent au cégep, dit Odette Raymond, ont une estime de soi « très affectée » et éprouvent de l’anxiété. C’est pourquoi il est important d’offrir dès le primaire et le secondaire un soutien aux élèves ayant un TA, afin de faciliter leur arrivée au cégep et à l’université, pour ceux qui désirent y aller. Parce que, « comme vous et moi, illustre Dave Ellemberg, quand on se frappe à répétition le nez contre le même mur de brique, on fait quoi ? On va se dire que ce n’est pas pour [soi et on va] faire autre chose ».

Améliorations à apporter

Depuis une dizaine d’années, Mme Raymond a constaté une augmentation importante du nombre d’étudiants ayant un trouble d’apprentissage. Cela a pour conséquence que, bien que les ressources soient présentes, « on n’a pas assez de personnel pour rencontrer tous les étudiants », souligne-t-elle. « Dans la pratique, au quotidien, ce qu’on voit, c’est qu’il y a plus d’étudiants qui viennent chercher des services et cogner aux portes, poursuit la consultante. […] Et les situations que vivent les étudiants sont de plus en plus complexes. » Il n’est pas rare, en effet, que les étudiants aient un diagnostic avec plus d’un TA.

Et plusieurs apprennent qu’ils ont un TA au cours de leurs études supérieures, ce qui peut être autant un choc qu’un soulagement pour eux. « Ils se disent : Si j’avais su ça ! Je me suis fait traiter de paresseux toute ma vie. Je suis content de savoir que je ne suis pas paresseux, mais que j’ai un trouble d’apprentissage ! ” », raconte Odette Raymond. Par la suite, ils doivent l’accepter et « accepter d’aller chercher de l’aide », rajoute la consultante.

Plus de TA qu’auparavant ?

Selon le neuropsychologue clinicien, il n’y a pas forcément aujourd’hui plus de jeunes ayant un trouble d’apprentissage ; on ne les connaissait tout simplement pas. « On ne savait pas que c’était d’origine neurologique. On n’avait pas les outils nécessaires et on n’avait pas les critères diagnostiques. » Même son de cloche chez Odette Raymond, pour qui, aujourd’hui, « ils sont rares les gens qui ne connaissent personne ayant un trouble d’apprentissage ». C’est donc plus accepté et les gens ont moins honte d’en parler dans le milieu scolaire, entre autres. Et le jeune ayant un TA n’est nullement défini par celui-ci.

1 commentaire
  • Marie-Thérèse Duquette - Abonnée 25 octobre 2014 09 h 12

    et l'université ?

    merci pour votre article.
    dommage que vous vous soyez limité au niveau collégial et à une seule personne de référence ...