Une structure avantageuse, mais des éléments nuisibles

Martine Letarte Collaboration spéciale
Alors que la formation à distance facilite le retour aux études de la clientèle adulte, le Québec est à la traîne en matière d’infrastructures informatiques par rapport aux autres provinces.
Photo: Archives Le Devoir Alors que la formation à distance facilite le retour aux études de la clientèle adulte, le Québec est à la traîne en matière d’infrastructures informatiques par rapport aux autres provinces.

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation continue - Octobre 2014

Avec son offre de certificats au premier cycle, la formation continue dans les universités se distingue au Québec par rapport au reste du Canada et à d’autres pays dans le monde. Toutefois, le Québec a ses enjeux, notamment dans le domaine de la reconnaissance des acquis, de l’accessibilité et des technologies.

Après avoir obtenu de très bons résultats au certificat en droit à la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal (UdeM), Josée décide de poursuivre ses études au baccalauréat. L’UdeM considère son certificat comme l’équivalent de la première année du baccalauréat en droit, mais elle ne permet pas d’étudier à temps partiel dans le cadre du programme. Comme Josée doit travailler pour gagner sa vie, elle se tourne vers l’Université du Québec à Montréal (UQAM), où le baccalauréat en droit peut être suivi à temps partiel. Or l’UQAM ne reconnaît pas les cours du certificat de l’UdeM.

« Pourtant, ce sont exactement les mêmes cours en droit constitutionnel, par exemple, en droit administratif, en interprétation des lois ; c’est une aberration que nous dénonçons depuis de nombreuses années, puisque cela nuit à la poursuite des études et que, si l’étudiant recommence les cours, le gouvernement se trouve à les financer en double », affirme Denis Sylvain, président de la Fédération des associations étudiantes en éducation permanente (FAEUQEP).

Aux yeux de Christian Blanchette, doyen de la Faculté de l’éducation permanente de l’UdeM, la reconnaissance des acquis est un enjeu de l’heure. L’UdeM a d’ailleurs lancé cette année un service de reconnaissance des acquis expérientiels.

« Nos étudiants arrivent en moyenne avec cinq ans d’expérience de travail, précise-t-il. Pendant cette période, ils ont appris des choses. Pour faciliter leur retour aux études et augmenter leurs chances de diplomation, nous évaluons leurs apprentissages et, s’ils sont de niveau universitaire, nous les reconnaissons par des crédits. »

Denis Sylvain voit des percées, mais il prône une uniformisation.« Nous avons proposé au gouvernement d’établir une table d’équivalence pour faciliter la reconnaissance des cours, indique M. Sylvain. Le défi, c’est qu’on ne peut pas imposer une façon de faire aux universités. Il faut respecter leur autonomie. »

Pour Christian Blanchette, alors que la clientèle des universités québécoises est composée à 47 % d’étudiants âgés de 25 ans ou plus, il faut adapter les structures à leur contexte, et la reconnaissance des acquis est un bon moyen.

L’avantage des certificats

Avec son offre de certificats de premier cycle équivalant à un an d’études à temps plein, le Québec se distingue toutefois du reste du Canada, où les universités offrent seulement des baccalauréats de quatre ans au premier cycle et de la formation non créditée aux adultes.

« Le Québec est bien placé pour mettre à jour les compétences de ses citoyens et leur permettre d’aller chercher une nouvelle spécialisation, croit M. Blanchette. C’est particulièrement important dans le contexte actuel des coupes dans le secteur public. Plusieurs travailleurs devront trouver des façons de se démarquer. La formation continue en est une. »

 

Retards technologiques

Par contre, alors que la formation à distance facilite le retour aux études de la clientèle adulte qui doit déjà jongler avec son travail, sa famille et sa vie personnelle, le Québec est à la traîne en matière d’infrastructures informatiques par rapport aux autres provinces. C’est ce qu’a remarqué Christian Blanchette lorsqu’il dirigeait l’Association canadienne d’éducation des adultes des universités de langue française (ACDEAULF).

« Les universités québécoises font avancer les choses et elles ont des systèmes intégrés de vidéoconférence, mais la richesse des fonctionnalités n’est pas la même qu’ailleurs au Canada, alors les possibilités pédagogiques sont réduites, explique-t-il. C’est uniquement pour des raisons budgétaires. Les universités québécoises reçoivent un peu plus de 3400 $ par étudiant à temps plein de la part du gouvernement et un peu plus de 2600 $ en droits de scolarité. En Ontario, elles reçoivent environ 6000 $ du gouvernement et environ 6000 $ en droits de scolarité. »

Pour voir comment on pourrait améliorer la situation au Québec, Christian Blanchette dirige un projet de recherche avec l’ACDEAULF, dans le cadre duquel il regarde les modèles d’accélération de l’adoption de la formation à distance dans les universités.

« Par exemple, il y a 10 ans, le gouvernement de la Colombie-Britannique a mutualisé l’infrastructure de la formation à distance, indique le chercheur. Cela incluait la plateforme utilisée, mais aussi la gestion financière. Une équipe a été mise en place pour faire évoluer l’infrastructure et des fonds ont été donnés aux universités pour développer des cours à distance. Cette initiative a été un grand succès au Canada. »

La sortie du rapport de ce projet de recherche est prévue en décembre.

Pour une meilleure accessibilité

Les étudiants à temps partiel ont aussi une accessibilité moindre à l’aide financière, par rapport à leurs camarades inscrits à temps plein.

« Avec au moins six crédits par session, les étudiants peuvent avoir un prêt pour couvrir leurs droits de scolarité et leurs coûts de déplacement, mais pas de bourses, affirme Denis Sylvain. Pourtant, avec leurs droits de scolarité, les étudiants à temps partiel contribuent à la cagnotte d’aide financière du gouvernement. Nous avons évalué qu’ils versent entre six et huit millions, mais qu’ils coûtent 1,5 million, y compris les frais de gestion. Nous voudrions qu’ils aient les mêmes droits que les étudiants à temps plein. D’autant plus que la moitié des étudiants à temps partiel gagnent moins de 30 000 $ par année et que, parmi eux, 50 % gagnent moins de 15 000 $. »

Dans certaines régions du Québec, le manque de formations universitaires peut aussi être un frein à l’accessibilité aux études.

« Les universités donnent des formations hors campus, mais auparavant on formait des groupes d’environ 25 à 30 personnes, alors que maintenant on attend plutôt d’avoir autour de 45 personnes, indique M. Sylvain, qui étudie à temps partiel en gérontologie, à l’UdeM. Ça peut être difficile de former de si gros groupes dans certaines régions. Les universités se justifient en disant qu’elles doivent s’autofinancer, mais la formation sur campus est rentable. Les universités devraient utiliser une part de ces profits pour financer des formations en région. C’est une question d’accessibilité. »