La solution aux besoins du marché du travail?

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Près de 25 000 adultes suivent chaque année des cours de formation continue dans les cégeps de la province. Environ 56 % d’entre eux sont inscrits à un programme conduisant à une attestation d’études collégiales (AEC), 25 % à un diplôme d’études collégiales (DEC).
Photo: Archives Le Devoir Près de 25 000 adultes suivent chaque année des cours de formation continue dans les cégeps de la province. Environ 56 % d’entre eux sont inscrits à un programme conduisant à une attestation d’études collégiales (AEC), 25 % à un diplôme d’études collégiales (DEC).

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation continue - Octobre 2014

D’après les perspectives d’Emploi-Québec, d’ici 2022, plus de 1,3 million d’emplois seront à pourvoir à travers la province. Considérant que plus du tiers d’entre eux nécessiteront une formation de niveau technique, mais que, au rythme où il diplôme ses étudiants réguliers, le milieu collégial ne parviendra pas à répondre à la demande, la Fédération des cégeps croit que le Québec doit, par le biais de la formation continue, miser sur le rehaussement des compétences des travailleurs déjà en emploi.

Chaque année, les 48 cégeps de la province octroient entre 10 000 et 12 000 diplômes de niveau technique. Or, pour répondre aux besoins du marché du travail qui prévaudront en 2022, il faudrait que ce soit le triple, signale Jean Beauchesne, le président et directeur général de la Fédération des cégeps.

« Le défi est énorme, relève-t-il. Ce n’est pas réaliste de penser qu’on va parvenir à combler les besoins uniquement grâce à nos diplômés techniques. On n’y arrivera pas si on ne se fie qu’à eux. Par contre, on pense qu’en rehaussant la qualification des gens qui sont déjà en milieu de travail, par le biais de la formation continue au niveau collégial, on peut s’approcher davantage du but. »

État des lieux

Actuellement, ce sont près de 25 000 adultes qui suivent chaque année des cours de formation continue dans les cégeps de la province. Environ 56 % d’entre eux sont inscrits à un programme conduisant à une attestation d’études collégiales (AEC), 25 % à un diplôme d’études collégiales (DEC) et 19 % à des cours hors programme. Ils pourraient être plus nombreux à faire de même, mais, faute d’un financement suffisant, les établissements ne parviennent pas à répondre à la demande.

« On a des enveloppes forfaitaires qui ne progressent pas au même niveau que les inscriptions, indique M. Beauchesne. En dollars constants, comme les enveloppes ne sont pas majorées, c’est comme si on faisait face à une diminution parce que nos coûts augmentent. Ça fait en sorte qu’on a des milliers d’adultes sur des listes d’attente. »

Ainsi, chaque année, la Fédération des cégeps estime que de 7000 à 8000 adultes doivent patienter pour avoir accès à une formation continue de niveau collégial. La situation est particulièrement critique à Montréal, où le bassin de nouveaux arrivants désireux de parfaire leur formation pour s’intégrer au marché du travail est sans cesse grandissant.

« Le gouvernement perçoit les sommes qu’il alloue à la formation continue comme des dépenses, note M. Beauchesne. Or il faut voir ça comme un investissement. Quand on rehausse la formation des gens qui sont déjà en emploi, on augmente non seulement la productivité des entreprises dans lesquelles ils travaillent, mais, comme ils tendent à avoir de meilleurs revenus, ils paient plus d’impôts et utilisent moins les services publics. Il faut prendre tout ça en compte ! »

Améliorer l’accessibilité

Malgré un financement déficient, la Fédération des cégeps reste convaincue que la réponse aux besoins imminents du marché du travail passe par la formation continue au niveau collégial. Ainsi, au cours des prochains mois et des prochaines années, elle entend mettre de l’avant toutes sortes de mesures pour améliorer son offre et rejoindre davantage de travailleurs intéressés à rehausser leurs compétences.

« D’abord, on va veiller à faciliter la fréquentation à temps partiel des adultes dans les divers cégeps de la province, confie M. Beauchesne. On travaille beaucoup là-dessus actuellement. On essaie de faire en sorte que les horaires d’ouverture des établissements, la disponibilité des enseignants et le programme de formation soient mieux adaptés à la réalité des adultes qui sont déjà sur le marché du travail. Il y a des endroits où ça se passe très bien, mais il y en a d’autres où le défi est plus grand. »

La fédération s’efforcera également de simplifier les processus de reconnaissance des acquis, qu’elle juge parfois trop lourds et qui tendent à décourager les travailleurs potentiellement intéressés à parfaire leur formation au collégial.


« Quand un adulte nous arrive et qu’il a une expérience de travail dans une formation spécifique, si on est capable de reconnaître rapidement ses acquis et donc d’alléger sa formation en conséquence, on contribue à rehausser son intérêt et à favoriser son intégration, explique M. Beauchesne. Il y a beaucoup de travail à faire de ce côté-là. »

Mieux se faire connaître

Un autre défi de taille attend la Fédération des cégeps : celui de mieux faire connaître aux entreprises l’existence de son offre de formation sur mesure. Car, si les établissements collégiaux ont la capacité de proposer des services spécialisés aux entreprises québécoises, ces derniers sont largement méconnus.

Peu d’entreprises savent, par exemple, qu’il est possible de faire appel à un établissement collégial pour créer un programme particulier répondant à des besoins spécifiques. Celles qui l’ont fait tendent à valoriser l’expérience. C’est le cas notamment de la société IBM, dont une usine est basée à Bromont. Dans le cadre d’une entente avec le Cégep de Granby, IBM a pu obtenir la création d’une formation spécialement adaptée aux besoins de ses employés intéressés à y devenir contremaître. Le programme n’est pas crédité, mais il constitue un gage de compétence pour l’entreprise.

« On veut développer davantage de telles formations sur mesure, exprime M. Beauchesne. Elles sont méconnues et sont en concurrence avec l’offre des formateurs privés. Mais, dans le réseau collégial, on a tout ce qu’il faut pour faire le prolongement vers l’entreprise, et c’est ce qu’on veut mettre de l’avant. »

Pour faciliter sa tâche, la fédération lancera d’ici quelques semaines un site Internet mettant en lumière les différentes propositions de formation collégiale s’adressant spécifiquement aux entreprises. Basé sur un modèle de guichet unique, il répertoriera l’ensemble de l’offre québécoise.