Engouement pour les cours en ligne ouverts et gratuits

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Malgré l’enthousiasme suscité par les cours en ligne ouverts et gratuits, le taux d’abandon reste important.
Photo: Archives Le Devoir Malgré l’enthousiasme suscité par les cours en ligne ouverts et gratuits, le taux d’abandon reste important.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’engouement pour les cours en ligne ouverts et massifs (CLOM), mieux connus sous leur acronyme anglophone MOOC (massive open online course), gagne les établissements de formation à distance. Cégep à distance en a expérimenté un premier cet automne et la TÉLUQ en amorcera deux à partir du 20 octobre prochain. Mais pourquoi des établissements offrant déjà des formations en ligne se lancent-ils dans cette aventure ?

Le phénomène des CLOM fait de nombreux adeptes chez les internautes. Plusieurs universités, dont certaines très réputées, concoctent depuis quelques années ces cours offerts en ligne gratuitement. Les établissements québécois de formation à distance commencent aussi à défricher ce terrain.

Via sa nouvelle plateforme nommée Ouvert, Cégep à distance a offert dans les dernières semaines un cours en ligne gratuit d’introduction à la biologie, intitulé « Un corps en équilibre, c’est vital ». Plus de 900 personnes s’y sont inscrites. Accessible jusqu’en décembre, le cours administré en quatre volets aborde la matière généralement donnée aux étudiants qui amorcent une technique dans le domaine de la santé. L’angle adopté visait, du même coup, à intéresser un plus large public. Il s’agit donc à la fois d’un soutien à l’apprentissage pour les étudiants déjà inscrits dans un programme collégial et d’une manière de parfaire la culture générale d’adultes curieux. Le prochain CLOM, prévu le printemps prochain, abordera les finances personnelles. « On a réfléchi pour développer notre propre vision, qui était adaptée au monde collégial québécois, explique Isabelle Delisle, conseillère pédagogique et chargée de projet de Cégep à distance. On a une clientèle de jeunes adultes plus ou moins desservis actuellement par les CLOM, qui sont typiquement universitaires. »

La TÉLUQ, de son côté, a inauguré récemment son portail Ulibre dédié aux CLOM. Le 20 octobre prochain, deux cours commenceront leur vie en ligne : l’un sur la conciliation travail-famille et l’autre sur l’histoire politique du Québec. Déjà, près de 1500 inscriptions ont été enregistrées pour chacun d’eux. « Oui, ça fait 40 ans qu’on fait de la formation à distance, et on donne des cours en ligne depuis presque 15 ans, admet Gilbert Paquette, directeur du projet Ulibre. Ce qu’il y a de nouveau avec les CLOM, c’est qu’on ouvre vers l’international et l’ensemble de la francophonie, tout en donnant ce service collectif et démocratique. » Quelque 50 % des visites du site Ulibre ont, jusqu’à maintenant, été réalisées à l’extérieur du Canada.

Attirer une nouvelle clientèle

« On a eu beaucoup plus d’étudiants francophones de l’extérieur du Canada que je croyais », s’étonne Véronique Campbell, la professeure qui a donné le premier CLOM pour Cégep à distance. Environ 15 % des personnes inscrites provenaient d’ailleurs, essentiellement de la Tunisie, de l’Algérie, du Sénégal et du Maroc. « Dans les forums de discussion, les étudiants pouvaient échanger, et je trouvais que c’était intéressant d’avoir le point de vue des personnes à l’étranger », ajoute-t-elle.

« Il y a beaucoup, dans notre clientèle, de futurs immigrants ou de gens qui viennent d’immigrer, qui ont besoin de parfaire leurs connaissances ou d’aller chercher une formation manquante pour la reconnaissance de leur diplôme, dit Caroline Lambert, coordonnatrice administrative de Cégep à distance. Le CLOM sert aussi de vitrine auprès de cette clientèle. »

Cégep à distance attend de faire le bilan de ses deux premiers CLOM, qui seront analysés par une équipe de chercheurs, avant de se lancer dans l’élaboration d’un modèle d’affaires. À la TELUQ, on y réfléchit déjà. « Le modèle économique est encore à trouver, écrit par courriel Denys Lamontagne, éditeur du site Thot Cursus (cursus.edu), spécialisé dans les questions de formation numérique, en réponse aux questions du Devoir. Les établissements de formation à distance assistent au phénomène sans trop de mal jusqu’ici, mais ils s’en inquiètent ; ils peuvent en profiter ou encore passer tout à fait à côté. Tout dépend de leur niveau d’engagement et de leurs buts. »

Mais tant la TÉLUQ que Cégep à distance voient dans les CLOM un bon moyen d’attirer une nouvelle clientèle. Caroline Lambert les considère comme une « initiation à la formation à distance » et Gilbert Paquette comme des « portes d’entrée ».

Haut taux d’abandon

Le taux d’abandon observé dans la plupart des CLOM, par contre, s’avère important. Même si l’expérience n’est pas complètement achevée, on note pour l’instant un taux d’abandon similaire pour le cours libre de Cégep à distance. Pour motiver les étudiants, un macaron numérique est décerné à l’étudiant lorsqu’il a complété le cours avec succès. Ce dispositif de reconnaissance, en émergence à travers le monde, est composé d’une image et d’une série de métadonnées. Il peut être partagé dans les médias sociaux ou s’ajouter à un portefolio numérique. Une quarantaine ont été accordés jusqu’à maintenant pour le CLOM de Cégep à distance.

Mais les nombreux abandons associés aux CLOM n’inquiètent pas outre mesure. « Quelqu’un qui suit un cours de biologie et qui a besoin de savoir quelque chose de très particulier sur la structure de la cellule, par exemple, s’il s’inscrit au CLOM et qu’il ne fait que la partie sur la structure de la cellule, il peut être très content », avance Mme Delisle. Constat similaire à la TÉLUQ. « Très souvent, les gens vont suivre le cours pendant les deux ou trois premières semaines et cela leur suffit. Ils voulaient simplement avoir une vue d’ensemble du domaine », observe M. Paquette.

Par contre, selon ce dernier, plusieurs abandons seraient causés par le manque d’encadrement, vu le nombre vertigineux d’élèves inscrits, et par ce qu’il nomme l’« ingénierie pédagogique ». « Les professeurs de campus n’ont pas l’habitude de faire une planification pédagogique élaborée. En formation à distance, on est déjà obligé de faire ça, parce que le professeur n’est pas en classe et ne peut pas corriger le tir. » Pour un établissement comme la TÉLUQ, les CLOM seraient donc une évolution et non une révolution. « Nous pensons offrir un meilleur service que la plupart des universités, pour lesquelles c’est une première expérience de formation en ligne et qui n’ont pas nécessairement l’infrastructure que la TÉLUQ possède », juge M. Paquette.

Les CLOM nécessitent tout de même une approche différente. « Si on passe à côté des propriétés des technologies de l’information dans la communication, les échanges et l’enregistrement des données, on assiste à un appauvrissement de la formation à distance : des vidéos en série de têtes parlantes et des quiz ne sont rien de plus qu’un cours magistral numérisé, écrit M. Lamontagne. Mais si, au contraire, on met les ressources nécessaires dans la préparation, l’accompagnement, l’animation, la collecte et l’analyse des données, les CLOM sont un véritable laboratoire et un lieu de productivité éducative inégalé à cette échelle. »