Au-delà des chiffres de l’OCDE

Vicky Fragasso-Marquis Collaboration spéciale
Des droits de scolarité élevés, mais accompagnés d’une aide financière, permettraient une meilleure accessibilité aux études postsecondaires, contrairement aux pays qui pratiquent des droits de scolarité moins élevés.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Des droits de scolarité élevés, mais accompagnés d’une aide financière, permettraient une meilleure accessibilité aux études postsecondaires, contrairement aux pays qui pratiquent des droits de scolarité moins élevés.

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation continue - Octobre 2014

Les pays qui maintiennent leurs droits de scolarité à un niveau relativement bas ne sont pas toujours les plus accessibles pour les études postsecondaires. C’est du moins l’une des conclusions du rapport étoffé que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié au début du mois de septembre.

L’accessibilité aux études postsecondaires serait donc mieux assurée dans des pays où les droits de scolarité sont relativement dispendieux, mais qui proposent une aide financière bien développée. Ainsi, l’Australie, le Canada et les États-Unis accueilleraient plus d’étudiants que la France, la Belgique et l’Espagne, où les droits de scolarité sont plus bas.

L’organisme estime toutefois que le meilleur modèle en matière d’accessibilité est celui de pays comme le Danemark, la Finlande et l’Islande, dont les droits de scolarité sont peu élevés, voire nuls, et qui offrent quand même une aide financière généreuse.

Cependant, il faut aller au-delà des chiffres, selon Christian Maroy, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en politiques éducatives et professeur au Département d’éducation de l’Université de Montréal. « L’OCDE traite de façon technique et statistique toute une série de questions en les présentant comme un ensemble de choix, où il y en a un qui serait le meilleur », a-t-il analysé.

M. Maroy donne raison partiellement à l’OCDE sur le lien entre le montant des droits de scolarité et l’accessibilité aux études postsecondaires. « C’est souvent une condition nécessaire pour qu’il y ait une accessibilité large, mais ce n’est pas une condition suffisante », a-t-il expliqué.

« La Belgique est un pays où les droits de scolarité sont beaucoup moindres. C’est à peu près 1000 $ [par année], au lieu de 3500 $ ici. Pourtant, le taux de participation aux études supérieures est plus bas qu’au Québec », a observé M. Maroy.

Plusieurs autres facteurs encouragent ou dissuadent les étudiants de poursuivre leurs études, dont le milieu socioéconomique dans lequel ils évoluent. Les parents qui ont eux-mêmes fréquenté l’école longtemps, par exemple, seront plus susceptibles d’encourager leurs enfants à le faire aussi. « Cet élément est une grande constante dans à peu près tous les systèmes éducatifs », a remarqué M. Maroy.

L’organisation du système éducatif en général est aussi importante, a ajouté le chercheur. Les systèmes plus ouverts, qui ont pour effet d’atténuer l’effet de la famille et du milieu socioéconomique, peuvent aussi inciter les élèves à continuer leur parcours scolaire.

Il n’en demeure pas moins que les droits de scolarité peuvent avoir une certaine influence sur l’accès. Selon une étude publiée en septembre dernier sous la direction du sociologue Pierre Doray, les hausses des droits de scolarité au Québec ont eu des effets sur l’accessibilité aux études universitaires, surtout auprès des immigrants de première génération.

Essor des études universitaires dans le monde

Malgré toutes les disparités relatives aux droits de scolarité, le rapport de l’OCDE conclut qu’il y a eu une augmentation généralisée des études postsecondaires au cours des dernières années. En moyenne, depuis 17 ans, le taux de diplomation a augmenté de 22 points de pourcentage dans les pays à l’étude.

Cela s’explique, selon M. Maroy, par des changements récents dans toutes les sociétés. « Il ne suffit plus aujourd’hui d’avoir un diplôme du secondaire pour être sûr d’accéder à l’emploi », a-t-il souligné.

Selon les chiffres de l’OCDE, 80 % des diplômés de l’enseignement postsecondaire étaient sur le marché du travail. En revanche, seulement 70 % des élèves qui ont reçu un diplôme de l’école secondaire avaient un emploi.

D’ailleurs, l’OCDE a remarqué une augmentation accrue des diplômées féminines. Cette hausse est liée évidemment à un désir d’autonomie et d’émancipation chez les femmes, mais aussi à leur meilleure performance à l’école primaire et secondaire, selon M. Maroy.

Quoi qu’il en soit, bien que les conclusions du rapport soient intéressantes, le professeur considère qu’il faut être prudent avec les recherches de l’OCDE. « L’OCDE a d’abord des orientations économiques […]. Les politiques éducatives ne peuvent être réduites uniquement à des questions techniques », a-t-il résumé.