Un «ironman» au coeur tendre

Triathlète de haut niveau, Martin Malo est aussi directeur adjoint de l’école Barclay, à Montréal.
Photo: François Mellet Triathlète de haut niveau, Martin Malo est aussi directeur adjoint de l’école Barclay, à Montréal.
Qui n’a pas croisé dans son parcours scolaire un adulte qui s’est imposé comme modèle ? Une enseignante, une secrétaire, un éducateur ou un directeur aux qualités exceptionnelles et aux exploits hors du commun? Le Devoir s’engage à publier régulièrement des portraits de ces personnes remarquables. Nous amorçons la série avec Martin Malo, directeur adjoint de l’école Barclay, à Montréal, et triathlète de calibre mondial.

Rencontrer un directeur adjoint dans le parc Jarry plutôt qu’entre les quatre murs de son école a quelque chose d’inusité. Pas pour Martin Malo pour qui ce beau coin de nature est comme un second chez soi, après l’école Barclay où il travaille. Ce triathlète de 42 ans passe en effet de nombreuses heures à avaler du bitume à vélo, à fouler le sol des parcs, à remuer l’eau des piscines et des lacs. « C’est sûr que je consacre beaucoup de mes temps libres à l’entraînement », admet-il.

 

Martin Malo fait partie de ces « hommes de fer », ces rares triathlètes qui participent à des compétitions d’Ironman, la plus difficile course multidisciplinaire du genre, qui consiste à enchaîner 3,8 km de natation, 180,2 km de vélo et un marathon (42,2 km). Mais un « homme de fer » au coeur tendre, souligne la directrice de l’école Barclay, Hélène Éthier. « Il est tout simple, c’est un homme sensible au grand coeur », confie-t-elle. Doublé d’une force de fer, bien sûr, mais aussi d’une grande humilité. « Il a fait une présentation de son sport aux enfants, mais n’a même pas apporté ses médailles. Il ne voulait pas mettre l’accent là-dessus. »

À l’écouter parler avec autant d’emballement de son métier, Martin Malo se distingue surtout pour sa profonde passion du milieu de l’éducation. « J’ai commencé par enseigner 13 ans à l’école Marie-Favery dans Villeray. J’ai vraiment adoré. Je vivais ma paternité à travers mes élèves. Je pleurais parce que je les aimais trop. Leurs histoires m’ont toujours beaucoup touché. C’est un luxe que d’être payé pour faire ça », dit-il dans un sourire.

De défi en défi, il s’est retrouvé à occuper le poste de conseiller pédagogique dans des écoles du quartier Hochelaga-Maisonneuve, où il se rendait à vélo. C’est là, alors âgé de 34 ans, qu’il a commencé à s’entraîner comme triathlète. « Je trouvais que les étés étaient trop longs sans les élèves. Je n’étais pas en dépression, mais je me sentais inutile », raconte-t-il.

Un triathlète d’exception

Amant de plein air et de pêche, il avait toujours été assez actif — vélo, natation et water-polo —, mais sans grand sérieux. Un ami l’a encouragé à se joindre à l’équipe de triathlon et il a fait sa première compétition en 2006. « Je me suis acheté un vélo de course, mais vraiment bas de gamme. Le matin même de la compétition, je ne savais même pas comment changer les vitesses », dit-il. Il a néanmoins fini dans une position honorable avec un minimum d’entraînement. « J’ai eu la piqûre. » En 2010, il se qualifiait pour les Championnats du monde olympiques à Pékin. Six ans plus tard, il était sacré « athlète masculin de l’année, distance olympique 40-49 ans par Triathlon Canada », parmi de nombreuses autres distinctions.

On ne se surprend guère que, parallèlement à ses exploits sportifs, il ait créé avec une petite équipe de collègue le triathlon scolaire Hochelaga. « Le midi, j’aidais les enfants qui n’avaient jamais pédalé à embarquer sur leur vélo. Le personnel s’est aussi mis à participer », raconte le triathlète, enthousiaste. Certains ont même continué l’entraînement. Aujourd’hui, l’événement est devenu le plus gros duathlon de la commission scolaire de Montréal et a lieu tous les ans au Stade olympique, hormis cette année pour cause d’austérité. « J’admire beaucoup ce qu’a fait Pierre Lavoie. Je me suis dit si je pouvais faire ne serait-ce qu’une fraction de ça, pour redonner à mon tour… »

 

Ses élèves, source de motivation

Martin Malo dit tirer sa motivation de ses élèves et a été particulièrement marqué par son passage dans l’équipe de direction de Victor-Doré, une sorte d’« école-hôpital » qui accueille les enfants lourdement handicapés. « Moi, j’étais dans le sport, la performance, les médailles et les victoires. Mais ça prenait un autre sens lorsque je me suis retrouvé devant ces enfants-là et leurs familles. J’étais ému. Elles font face à tellement de difficulté et doivent se battre. Parfois même pour la survie de leurs enfants », souffle-t-il. Petit coup d’éperon qui l’a motivé, avec quelques-uns de ses anciens collègues, à participer aux 48 heures de vélo pour amasser des fonds afin de financer les rêves des enfants malades. « Je me suis dit “ tu as ton corps, tu es en forme, ne gaspille pas ça et pousse la machine”.»

À l’école Barclay, où il est depuis deux ans, il se dit toujours aussi inspiré par les élèves. « Je n’avais jamais travaillé dans un milieu aussi multiethnique. Dès les premiers jours. Ça a été : wow ! », relate-t-il. « Je vois des choses inspirantes dans ce quartier-là. Le désir d’apprendre des enfants, la confiance des parents. Ils ont beau être complètement étrangers à notre façon de fonctionner, ils s’y conforment en tout respect. »

Il se fait un devoir de repérer le meilleur dans chacun des élèves et de leur ouvrir le plus de portes possible. « On est responsables de leur éducation et de leur offrir le milieu le plus stimulant possible malgré les difficultés. Il faut maintenir les attentes élevées », dit-il. « Est-ce que dans mon école, il y a un pianiste qui deviendra le futur numéro 1 mondial ? Un futur coureur d’élite ? Notre jeunesse a des possibilités infinies de réussite, pour peu qu’on lui donne la chance. »

Mythique Hawaï

C’est peut-être un peu pour ça que le triathlète d’exception n’a jamais abandonné et qu’il a réalisé son rêve, samedi dernier, en faisant l’Ironman de Kailua-Kona, à Hawaï. Un temps dont il est particulièrement fier, s’étant foulé la cheville quelques jours avant la compétition. « La phrase “Je sais que je peux” répétée aux élèves de Barclay avant mon départ a résonné dans ma tête tout au long de la course à pied », a-t-il confié sur sa page Facebook.

Ce parcours dans ce paradis du Pacifique était mythique pour lui. « Quand j’ai commencé à m’entraîner, j’avais dit innocemment, à celui qui allait être mon coach, que je voulais me rendre à Hawaï. Il m’a dit oui, mais en me proposant de faire une étape à la fois. Lentement, mais sûrement… »

Néanmoins, depuis quelque temps, Martin Malo songe à ralentir le rythme. « J’arrive à un cul-de-sac. J’ai moins de motivation et certainement moins de temps à consacrer à l’entraînement étant donné mes fonctions de directeur adjoint. J’ai le goût d’investir autrement mon temps qu’à rouler autour d’un parcours », explique-t-il. Il a d’ailleurs annoncé qu’il prendrait une année sabbatique du triathlon. « Je suis arrivé à un stade où j’ai atteint des objectifs que je ne croyais jamais pouvoir atteindre. Je suis choyé par la vie. Le temps est venu de donner mon énergie aux élèves et aux familles. »

Quatre questions à… Martin Malo

Plus grand bonheur : Je fais ce travail pour les enfants. Leur énergie, leurs sourires et leurs réussites me comblent et nourrissent ma passion. Ce sont eux qui m’incitent à me dépasser professionnellement.

Plus grande désillusion : Quand je rencontre des gens, parmi le personnel de l’école, qui ne sont pas motivés, qui n’aiment pas leur travail. On passe la journée avec eux, il faut être là pour les passionner et non pas être des éteignoirs.

Plus grand défi : Rester en contact avec l’essentiel, soit les élèves et leurs parents, tout en jonglant avec des restrictions budgétaires, des contraintes administratives ou syndicales… et des horaires surchargés.

Plus grande fierté : De ne m’être jamais arrêté à mon petit confort, tant dans ma profession que dans mon sport. J’étais heureux comme enseignant et j’aurais pu m’arrêter là, mais j’ai relevé d’autres défis. Même chose quand j’ai atteint mes objectifs en triathlon, j’aurais pu m’asseoir sur mes lauriers.

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Connaissez-vous des personnes (directeurs, enseignants...) dans le milieu de l’éducation qui, par leurs qualités exceptionnelles, ont marqué votre vie ou celle de vos enfants? Envoyez vos suggestions à lmgervais@ledevoir.com.
5 commentaires
  • Denise Lauzon - Inscrite 14 octobre 2014 01 h 38

    Les héros à l'école

    Avez-vous remarqué que les héros que l'on présente aux jeunes à l'école sont presque toujours des adultes. Il est comme sous-entendu que les jeunes ne sont pas encore des êtres à part entière mais plutôt des êtres en devenir. En attendant d'en arriver à ce point, ils n'ont qu'à se taire et admirer ces adultes qui sont si extraordinaires.

    Je suis cynique en parlant de ça mais je pense vraiment que l'école devrait traiter tous les jeunes comme des héros. Certains pourraient se demander comment cela pourrait s'articuler? Disons qu'il faudrait en premier lieu donner le droit de parole aux jeunes car pour exister, pour se sentir bien en société, il est essentiel de pouvoir communiquer avec ses pairs. Ce qui distingue les humains des autres créatures vivantes, c'est le langage et dans ce sens, il est totalement aberrant et illogique que le mot d'ordre à l'école soit: SILENCE. Le comble du ridicule, c'est que même pour les cours de français (et d'anglais) on n' à pas considéré l'importance de l'aspect verbal. La communication entre pairs dans une classe n'est pas du tout incompatible avec l'académique. Je parle souvent dans mes commentaires sur l'éducation de l'importance d'activités telle que le théâtre d'improvisation car en étant créatif avec les mots, cela nous permet de mieux retenir leur signification tout en permettant de créée forcer les liens d'amitié entre les participants.

    Il faut savoir que la raison pour laquelle tant de jeunes rêvent de devenir des "stars", c'est que dans leur quotidien à l'école, on leur demande d'être comme tout le reste du groupe, cad sages, respectueux des règles, à son affaire et surtout silencieux. Rappelons-nous comment on se sentait assis sur les bancs d'école où le seul rôle qui nous était assigné était d'écouter le prof présenter sa matière et ensuite d'exécuter les travaux demandés. À chaque fois que la cloche sonnait pour annoncer la fin des classes, c'est comme si on venait démarrer la porte de la cellule dans une prison. T

  • Denise Lauzon - Inscrite 14 octobre 2014 02 h 03

    Mes héros

    J'admire les gens qui s'expriment avec aisance, avec une touche d'humour et avec intelligence bien plus que ceux et celles qui peuvent courir des marathons ou gagner des médailles Olympiques. Je pense que ceux et celles qui maîtrisent bien l'Art de la Communication sont en général plus heureux que ceux qui ont de la difficulté à s'exprimer.

    Considérant que l'école récompense les jeunes qui sont silencieux, je peux dire que ceux qui en arrivent à bien maîtriser le langage sont des double-héros. Il faut dire que s'ils(elles) en sont arrivés(es) là, c'est qu'ils(elles) ont sûrement eu la chance d'évoluer dans un milieu social stimulant en dehors de l'école.

    • Louise Melançon - Abonnée 14 octobre 2014 09 h 03

      Madame lauzon, vous aviez un message à passer.... je comprends bien.... mais pourquoi enlever la valeur de quelqu'un qui excelle dans le sport? Je ne saisis pas bien votre intention par vos longs discours de ce matin.

  • Josée Duplessis - Abonnée 14 octobre 2014 06 h 52

    Bravo!

    Bravo pour ce que vous avez accompli pour vous et les enfants.
    Il reste encore des gens passionnés.

  • Sylvain Auclair - Abonné 14 octobre 2014 08 h 56

    Ironman

    Bien que ce soit peu croyable, il existe des compétitions pires que l'Ironman. Certains font jusqu'à des décatriathlons: 38 km de nage, 422 km de course, 1800 km de vélo, le tout à compléter en 14 jours...