Des élections en forme d’ultimatum

« Si pour les gens l’éducation est importante, ils l’exprimeront en allant voter », a dit le ministre Yves Bolduc jeudi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « Si pour les gens l’éducation est importante, ils l’exprimeront en allant voter », a dit le ministre Yves Bolduc jeudi.

Les commissions scolaires devront susciter un taux de participation supérieur à celui de 8 % aux dernières élections de 2007, car leur avenir en dépend. C’est ce que le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, a laissé entendre lors d’une conférence de presse sur les élections scolaires du 2 novembre vendredi matin. « À la lumière de la participation populaire, nous pourrons tirer des constats qui viendront alimenter la réflexion entreprise sur la gouvernance, le rôle et le mandat des commissaires scolaires », a-t-il déclaré.

Il a clairement indiqué que ce taux de participation allait « devenir un critère pour le futur des commissions scolaires », mais a refusé de se prononcer sur le taux qu’il considérait comme acceptable. « On s’attend à des résultats supérieurs à 8 %. Si pour les gens l’éducation est importante, ils l’exprimeront en allant voter », a dit le ministre, ajoutant qu’il attendra les résultats avant de prendre des décisions.

La présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard, a tenté de calmer les attentes en précisant qu’il ne s’agissait pas de « tripler » le taux de participation, d’autant qu’au niveau municipal, les résultats décroissent d’année en année, a-t-elle fait valoir. « On est réalistes. »

Se disant « habituée » à la pression sur son réseau, elle n’a toutefois pas manqué l’occasion de passer un message plus ou moins subtil au ministre, lui rappelant que la légitimité et l’avenir des commissions scolaires ne doivent pas uniquement reposer sur un fort taux de participation. « De ce que je comprends de notre ministre, c’est qu’il dit : “ Écoutez, vous n’irez pas en prison si vous ne triplez pas. On ne vous abolira pas juste là-dessus. ” La légitimité ne se calcule pas juste là-dessus. Le gouvernement comprend ça comme ça aussi », a-t-elle dit.

Elle s’est toutefois désolée de la quasi-absence d’aide, à la fois du gouvernement et du Directeur général des élections, pour faire la promotion de la campagne électorale. « On n’a pas de soutien significatif », compte tenu des compressions, a-t-elle souligné. « Le budget qu’on a est de 35 000 $ alors qu’il était d’un demi-million pour les municipales. »

À sa manière, le premier ministre, Philippe Couillard, a lui aussi laissé entendre que l’avenir des commissions scolaires était lié à certaines conditions, soit celle d’atteindre les objectifs budgétaires fixés par son gouvernement. « Évidemment, si la conclusion des commissions scolaires est que, dans le cadre financier actuel, il leur est impossible d’accomplir leur mandat, la solution, ce n’est pas d’éloigner l’équilibre budgétaire, c’est de revoir profondément le rôle des commissions scolaires. Alors, pour moi, c’est la prochaine étape logique », a-t-il averti lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale. Le gouvernement libéral réfléchit à l’heure actuelle au « mandat » des commissions scolaires. Toutes les options sont sur la table, a-t-il rappelé.

Confusion ou paradoxe

La tension est toujours palpable entre le ministre Bolduc et les commissions scolaires. Celles-ci n’ont pas encore digéré qu’on les blâme publiquement pour avoir effectué les compressions demandées par le gouvernement en coupant, au passage, dans certains services aux élèves. La présidente de la FCSQ parle d’un « paradoxe ». « Ce que nos élus ne comprennent pas, c’est le discours gouvernemental qui dit : “ Vous devez appliquer des compressions ” et en même temps, il nous dit : “ Vous n’auriez pas dû le faire à tel ou tel endroit ” au fur et à mesure de l’actualité. Car c’est vraiment ça qui se passe », a déclaré Josée Bouchard, visiblement agacée.

Le ministre Bolduc s’est défendu d’avoir envoyé des messages contradictoires. « Je ne pense pas qu’il y a de la confusion », a-t-il dit. « Il faut être sourd ou ne pas écouter les nouvelles » pour ne pas avoir compris le message, a-t-il ajouté.

Le ministre se défend aussi d’avoir puni certaines commissions scolaires en leur envoyant un vérificateur, notamment la Commission scolaire des Patriotes parce qu’elle a coupé dans l’aide aux devoirs. « [C’est] dans la façon qu’ils ont fait cela. Dans leur attitude. On a senti qu’il n’y avait aucune collaboration. »

Démocraties scolaire et municipale

Élections scolaires 

Présidence

Élus par acclamation?45%
Postes en élection 55%

Commissaires

Élus par acclamation 43%
Postes en élections 56%

Élections municipales

Mairie

Élus par acclamation 47%
Postes en élection 53%

Conseillers

Élus par acclamation 56%
Postes en élection 43%

 
34 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 4 octobre 2014 05 h 08

    La défaite de la démocratie...

    Et toujours le démantèlement de l'État québécois comme but ultime, afin que nous devenions une province canadienne comme les autres.
    Je trouve cette façon de faire très pernicieuse et hypocrite!
    Quant à monsieur Bolduc, je trouve étrange que celui-ci soit toujours en poste puisqu'il a trahi son serment d'office de se comporter en toute justice et en toute honnêteté, et ce, en empochant des sommes d'argent auxquelles il n'avait pas droit. Il a ainsi trahi la confiance de ses confrères et consoeurs députés-es de toutes allégeances.
    De notre côté, citoyen, nous ne lui accordons plus aucune crédibilité, et cette façon de faire, concernant les commissions scolaires, démontre bien jusqu'à quel point le personnage peut être irresponsable.

    • André Michaud - Inscrit 4 octobre 2014 09 h 51

      Ces élections ne sont qu'une illusion démocratique dont les résultats sont totalement totalement insignifiants!

      Un immense gaspillage de temps, d'argent et d'énergie...il faut mettre tous ces millions gaspillés dans les services aux étudiants.

    • François Dugal - Inscrit 4 octobre 2014 10 h 04

      Si monsieur le ministre Bolduc reste en place, c'est qu'il n'y a personne pour le remplacer, monsieur Bernier.

    • Serge Lemay - Inscrit 5 octobre 2014 09 h 41

      Si on savait où et quand voter, peut-être bien qu'on irait, mais quand les élections provinciales ont lieu on en parle, les élections des commissaires quand on en parle c'est pour dire que personne y va et jamais on dit ni comment ni où voter, ça donne pas beaucoup de chance de le faire.

  • Roger Gobeil - Inscrit 4 octobre 2014 06 h 06

    Un prétexte

    Tout le monde sait depuis longtemps que les élections scolaires sont perçues comme inutiles par presque tout le monde.

    Se servir de ça pour menacer les commissions scolaires est d'un ridicule consommé.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 4 octobre 2014 06 h 47

    Rendre les sous

    Qu'attend monsieur Bolduc pour rendre les dollars reçus en prime? Il faut être sourd pour ne pas avoir compris le message...

    Desrosiers
    Val David

  • André Beaudet - Abonné 4 octobre 2014 07 h 25

    Les commissions scolaires, une coopérative de services

    Les commissions scolaires doivent-elles disparaître ? À mon avis, c'est leur mandat qui doit être profondément modifié. Hormis quelques mandats strictement administratifs confiés à elles par le code scolaire, elles doivent devenir des coopératives de services - non plus des patrons - des écoles de leur territoire. Leur conseil est composé des représentants des écoles desservies. Elles doivent desservir les écoles de territoires beaucoup plus grands que leurs territoires actuels. Elles s'occupent essentiellement de gestion. Tout ce qui est éducation proprement dit, pédagogie, doit relever de l'école et de son conseil d'établissement à moins que l'école en confie mandat à sa commission scolaire. Ainsi, c'est l'école qui devient l'unité de base du système québécois d'éducation, non la commission scolaire.

  • Pierre Germain - Inscrit 4 octobre 2014 08 h 01

    Comment se fait-il que cet individu n'ait pas encore démissionné de son poste de ministre après la révélation de ses agissements cupides?