Le cafouillage entourant l’achat de livres inquiète les libraires

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Y aura-t-il ou non de nouveaux livres pour garnir les rayons des bibliothèques scolaires ? Devant le cafouillage du ministre de l’Éducation dans le dossier, les commissions scolaires et les écoles, soumises à de grosses compressions, font à leur tête. Pendant ce temps, des libraires, en manque de commandes, s’inquiètent.

« C’est le Far West », a dit unlibraire agréé sous le couvertde l’anonymat. « D’un côté, la CSDM [Commission scolaire de Montréal] tient tête au gouvernement et dit qu’elle ne coupera pas, d’autres disent qu’ils vont acheter des livres, comme le leur demande le ministre, et d’autres écoles disent qu’il ne sera pas question de rouvrir les budgets. »

Il constate qu’il est en retard sur son chiffre d’affaires. « J’ai des surstocks de livres, ça ne se vend pas à la même vitesse que d’habitude. Ce sont des revenus en moins », s’est-il inquiété. Ce libraire de la grande région de Montréal dit subir les contrecoups de l’« improvisation » du ministre de l’Éducation, Yves Bolduc.

Sans constater les mêmes pertes, un autre libraire, cette fois de la grande région de Québec, dit s’inquiéter pour la suite des choses. « J’ai commencé à ajouter un trou à ma ceinture, a-t-il illustré. Qu’est-ce que ça va être si ces mesures-là ne sont pas respectées ? Déjà qu’on entend dire que des grosses commissions scolaires de la région vont couper de beaucoup leurs budgets pour les livres. »

Le Soleil a révélé cette semaine que certaines commissions scolaires de la région de Québec, comme Premières-Seigneuries, avaient réduit leur budget consacré aux livres par rapport à l’an dernier. D’autres le maintiendront, mais elles couperont dans d’autres programmes et services aux élèves.

Dans la grande région métropolitaine, la situation est similaire. Selon nos informations, des écoles de la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles auraient reçu la consigne de couper dans les services professionnels, l’aide aux devoirs et l’achat de livres aux bibliothèques. À la CSDM et à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, les budgets pour l’achat de livres seront préservés, mais une autre commission scolaire de la région métropolitaine admet qu’il est possible que certaines directions d’école ne soient pas en mesure de modifier leurs budgets — déjà adoptés — en cours de route.

Volte-face

À la suite d’une controverse entourant l’achat de livres pour les bibliothèques scolaires, le ministre Bolduc a fait volte-face et demandé à ce que les budgets de livres soient rétablis. Dans une lettre qu’il a envoyée aux commissions scolaires et dont Le Devoir a obtenu copie, il écrit qu’il s’« attend » à ce que chaque commission scolaire injecte cette année le montant qu’elle doit allouer à l’achat de livres, montant que le gouvernement enrichira de sa propre contribution. Au total, la somme qui sera investie dans les bibliothèques des 72 commissions scolaires devrait être de 15 millions, rappelle le ministre. Il souligne en outre que « les modalités de reddition de comptes » seront transmises d’ici la fin de l’année scolaire, mais son cabinet a précisé au Devoir que ce serait d’ici décembre 2014.

« La lettre est fameuse. Car elle veut calmer le milieu du livre, mais, en même temps, elle n’est pas coercitive. Même si le ministre dit qu’il veut se revirer de bord, il va falloir que les écoles fassent une modification aux budgets adoptés », a dit une source du milieu des bibliothèques qui souhaite rester anonyme. Elle craint que les commissions scolaires n’apprécient pas qu’on les oblige à rendre des comptes sur cette mesure d’achat de livres, d’autant que ça n’avait jamais été le cas auparavant.

Quoi qu’il en soit, les gestionnaires de l’éducation ne sont pas rassurés. « Le ministre envoie des messages contradictoires et ça nous mène à des revirements de situation qui ne sont pas profitables pour l’organisation et pour les élèves, a dit un cadre d’une commission scolaire. Est-ce qu’on achète des livres ou pas ? Il y a, semble-t-il, une méconnaissance totale, par le ministre, du fonctionnement sur le terrain. »

La présidente de l’Association des directions d’établissement scolaire (AMDES), Hélène Bourdages, abonde en ce sens et plaide pour plus de souplesse. « Moi, je maintenais ma bibliothèque d’école avec la moitié du budget et c’était correct. Je n’avais pas besoin de tout le dépenser. En remplaçant quelques livres perdus et brisés, je répondais bien à nos besoins », a-t-elle souligné.

2 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 20 septembre 2014 18 h 35

    La spontanéité!

    La spontanéité est une qualité qui réussi bien à notre ministre de l'éducation. Quand il ne réfléchit pas avant de parler...il dit le fond de sa pensé.

    Les enfants ne mourront pas d'un manque de stimulation intellectuelle, mais laissez le parler...il va nous faire mourir de rire.

    • Nicole Moreau - Inscrite 20 septembre 2014 20 h 33

      ou encore mourir de tristesse devant sa bêtise