Le surpoids, facteur de décrochage scolaire

Les chercheurs estiment que le lien entre embonpoint et décrochage scolaire est assez important pour que cette piste soit explorée pour lutter contre le phénomène. Le taux d’abandon demeure l’un des principaux défis du système d’éducation québécois.
Photo: John Moore Getty Images Agence France-Presse Les chercheurs estiment que le lien entre embonpoint et décrochage scolaire est assez important pour que cette piste soit explorée pour lutter contre le phénomène. Le taux d’abandon demeure l’un des principaux défis du système d’éducation québécois.

Difficile d’imaginer que le tour de taille puisse influer sur l’envie de rester ou non sur les bancs d’école. Or, une nouvelle étude québécoise établit pour la première fois un lien significatif entre le risque de décrochage scolaire et l’embonpoint, ainsi que d’autres facteurs directement liés à l’état de santé.

 

Pauvreté, monoparentalité, parents peu scolarisés et autres caractéristiques sociodémographiques ont depuis des lustres été mises au jour comme des conditions influant de près sur la persévérance scolaire des élèves. Mais jusqu’ici, au Québec, aucune étude n’avait cherché à fouiller les liens potentiels entre l’abandon des études et les conditions de santé, dont l’obésité.

 

Un lien significatif

 

Des résultats obtenus par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) par le croisement de données sur le décrochage scolaire recueillies en 2010-2011 montrent qu’il y aurait une « interaction significative » entre la persévérance scolaire et l’embonpoint, et encore davantage avec l’obésité.

 

Interrogée à propos de ce constat surprenant, Lucille A. Pica, coauteure de l’étude et chargée de projet à l’ISQ, affirme que cette « nouvelle piste » mérite d’être sérieusement étudiée, bien qu’il faille se garder de tirer des conclusions hâtives.

 

« Il y a une interaction significative, mais on ne peut dire encore qu’il y a un lien de cause à effet direct. En fait, on soupçonne que ce sont les conditions entourant souvent le surplus de poids, comme une faible estime de soi ou une prévalence plus grande de l’anxiété ou de la dépression chez les élèves obèses, qui pèsent dans ses résultats », soutient Mme Pica.

 

De fait, une revue de la littérature scientifique réalisée par la chercheuse révèle qu’une étude norvégienne menée en 2013 auprès de 9000 étudiants de 13 à 21 ans arrive aux mêmes conclusions. Dans ce pays nordique, plusieurs études avaient déjà ciblé l’obésité comme une des conditions de santé ayant un effet néfaste sur la persévérance scolaire. Depuis 2005, des études plus pointues ont établi un lien entre l’obésité observée chez de jeunes décrocheurs et une série de troubles psychologiques.

 

« Beaucoup de facteurs interagissent dans le portrait complexe du décrochage scolaire. Les causes sont multifactorielles, mais il est clair qu’il faut creuser les liens entre la persévérance et la faible estime de soi induite notamment par le surplus de poids ou une mauvaise condition physique », croit Mme Pica.

 

Selon cette dernière, il est clair que l’amélioration des conditions de santé peut avoir un effet non négligeable sur le décrochage scolaire des jeunes. Un projet pilote mené pendant trois mois auprès de neuf élèves dans une école de Montréal, prônant une approche globale de santé basée sur l’exercice physique, la gestion du stress, la motivation et l’estime de soi, semble avoir eu des résultats probants. « Les effets de l’activité physique ont été observés sur leur mémoire et leur performance. Je crois que les gens qui luttent contre le décrochage scolaire doivent étudier cette piste plus à fond », dit-elle.

 

Habitudes de vie

 

Par ailleurs, cette même étude arrive à d’autres conclusions étonnantes en ce qui a trait aux liens entre les habitudes de vie et l’abandon scolaire. Si avoir un petit boulot plus de 16 heures par semaine apparaît néfaste pour les garçons, le travail ne semble pas aggraver le risque de décrochage chez les filles.Encore plus surprenant, travailler moins de 15 heures par semaine, plutôt que pas du tout, atténuerait même le risque d’abandon chez les étudiantes du secondaire.

 

Comme l’ont déjà montré de précédentes recherches, l’étude confirme que la consommation de drogues et d’alcool augmente les probabilités de décrochage des élèves au Québec, sauf chez les élèves de 5e secondaire, où ce facteur n’est pas déterminant. La conduite automobile dangereuse, les comportements agressifs, la consommation de tabac se distinguent aussi comme des caractéristiques jouant un rôle dans le fait de rester ou non à l’école.

 

Passé de 22% en 1999-2000 à 16,2% en 2010-2011, le taux annuel d’abandon scolaire (sortie sans diplôme ni qualification en formation générale des jeunes, selon le ministère de l’Éducation), toujours plus élevé chez les garçons (20%) que chez les filles (12%), demeure un des principaux défis du système d’éducation québécois.

5 commentaires
  • Gilles Roy - Inscrit 8 septembre 2014 06 h 58

    Euh!

    Yé! Une autre publication de l'ISQ où les mots courbes de Gauss, classement des élèves, stratégies d'enseignement, leadership pédagogique et comportement des enseignants n'apparaitront pas, et où on va jouer son va-tout sur les causes individuelles. Bravo l'école (tous devraient s'y adapter, rien ne doit y être changé, et surtout pas les processus et mécanismes qui contribuent à créer l'échec), et honni soit l'élève (et ses parents) par qui seul le drame arrive. En conclue ceci : si certains sont gros, d'autres sont minces, dans leurs idées, leur vision du monde (de sa complexité).

    • Roxane Bertrand - Abonnée 8 septembre 2014 08 h 04

      Vous avez tellement raison!

      Pour des chances égales de réussites dans notre système scolaire, tous les enfants devraient être "fait sur le même moule". Mais chaque individu est unique. L'avenir pour une meilleure société serait un mode d'enseignement personnalisé avec des apprentissages par problèmes.

      Un jour, dans un monde meilleur...

  • Yvon Bureau - Abonné 8 septembre 2014 08 h 33

    Un sommet demandé

    Depuis longtemps, je refais la même demande : Un Sommet sur Moins de sel Moins de gras Moins de sucre.

    En Sommet, tout devient possible.

    En sommet on s'accroche ensemble.

    En bas, trop en bas, trop en bas longtemps, on décroche et on s'alourdit ensemble.

    Pour le pire et pour le poids.

  • Raymond Labelle - Abonné 8 septembre 2014 11 h 59

    Corrélation n’est pas raison.

    Il faut aussi explorer l’idée que la corrélation entre surpoids et décrochage scolaire puisse être elle-même causée par une ou plusieurs causes communes, comme par exemple le fait d’être issu d’un milieu économiquement défavorisé. Ceci n’est qu’un exemple de comment deux éléments corrélés peuvent ne pas nécessairement être la cause l’un de l’autre mais eux-mêmes être causés par d’autres phénomènes.

    • Gilles Roy - Inscrit 8 septembre 2014 15 h 25

      Détail, mais bon. Ce n'est pas le décrochage scolaire «en vrai» que l'étude de l'ISQ évalue, mais bien l'indice du risque du décrochage. Or pareil indice est lui-même compulsé à partir d'échelles fortement corrélées entre elles. Fichue spirale, où rien n'est réel et manifeste, où tout est virtuel et supputé. M'enfin. Faut croire que l'on est passé de la foi catholique à la foi cathodique, où il ne suffit que de croire au nouveau Dieu (SAS ou SPSS, selon la chapelle) pour ensuite se sentir libre de pouvoir porter jugement sur autrui...

      Sur l'ouvrage en question, voir :
      http://www.bdso.gouv.qc.ca/docs-ken/multimedia/PB0