Après le public, les écoles privées doutent à leur tour

Malgré les coupures, les établissements privés comptent continuer de faire l’acquisition de livres, puisant à même leurs budgets.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Malgré les coupures, les établissements privés comptent continuer de faire l’acquisition de livres, puisant à même leurs budgets.

Le milieu de l’enseignement privé n’échappe pas aux compressions. Après les coupes dans le transport scolaire, les écoles privées déplorent la fin de la subvention du ministère pour l’achat de livres, qui avait été initialement imposée au secteur public.

 

« Ce montant du ministère pouvait faire la différence, surtout dans une petite école. C’est un appauvrissement de la culture », a déploré Jean-Marc St-Jacques, président de la Fédération des établissements d’enseignement privé (FEEP). Il a toutefois assuré que les établissements privés allaient continuer de faire l’acquisition de livres, puisant à même leurs budgets.

 

La semaine dernière, Le Devoir avait révélé qu’en ce contexte de restrictions budgétaires, les commissions scolaires n’étaient plus obligées de consacrer les 7 $ par élève qu’elles recevaient du ministère de l’Éducation (MELS) pour l’achat de livres. Minimisant l’impact de la situation,le ministre Yves Bolduc n’avait fait qu’alimenter la controverse et a dû se rétracter, indiquant qu’il allait finalement obliger les commissions scolaires à se servir de l’argent de cette enveloppe budgétaire pour acheter des ouvrages. À cet effet, une nouvelle mesure de reddition de comptes sera d’ailleurs spécialement mise en place, a confirmé jeudi le ministre, et une lettre sera envoyée à tous les dirigeants des commissions scolaires pour les informer des détails.

 

Flou

 

Au privé, c’est le flou. À l’heure actuelle, la situation est inchangée : les écoles privées ne reçoivent plus l’allocation du Plan d’action sur la lecture à l’école, qui avait été mise en place en 2005, permettant de percevoir 4,36 $ par élève pour l’achat de livres, soit environ 50 % de la dépense. « Ça nous aidait beaucoup. Ça faisait aussi une pression sur les établissements pour ne pas qu’ils oublient d’acheter des livres, souligne le président de la FEEP. Même avec les tablettes, tout passe par la lecture. Et on a la chance au Québec d’avoir des écrivains de qualité, qu’on pourrait encourager avec ces sous-là. »

 

Au collège Bourget, une école privée de 1500 élèves que dirige M. St-Jacques, c’est environ 6000 $ en moins pour l’achat de livres. « Très honnêtement, on va continuer à acheter des livres parce qu’on pense que c’est important de maintenir la bibliothèque », a-t-il dit.

 

Il qualifie de « malhabiles » les justifications du ministre, qui avait laissé entendre qu’il y avait suffisamment de livres dans les bibliothèques scolaires pour se passer d’en acheter de nouveaux dans les prochaines années. « Il aurait pu nous dire que, cette année, le gouvernement a une demande spéciale et qu’il va suspendre la mesure pour un an parce qu’on doit se serrer la ceinture. Mais on a l’impression que la mesure est coupée et qu’elle ne reviendra pas. » M. St-Jacques dit s’être montré ouvert à l’idée de regrouper plusieurs petites enveloppes en une seule, notamment pour les services éducatifs, mais pas à celle de les éliminer.

 

Il rappelle aussi que ces subventions ne suivent pas l’augmentation du coût de la vie depuis au moins cinq ans, ce qui, à son collège, correspond à 500 $ de moins par élève, calcule-t-il.

 

En toute franchise, M. St-Jacques reconnaît que les écoles privées sont davantage sous le choc des compressions dans le transport scolaire, lesquelles sont beaucoup plus importantes. « On a tellement été pris de court par les coupes dans le transport. À mon école, c’est 175 000 $ qu’on nous enlève, a-t-il dénoncé. C’est une facture de plus aux parents [de 160 $]. C’est très dommage pour les écoles en région. »

 

La subvention par élève pour l’achat de livres ne sera plus versée aux écoles privées.

2 commentaires
  • Simon Chamberland - Inscrit 29 août 2014 20 h 10

    Et puis ?

    Les écoles dites privées n'ont qu'à augmenter leurs frais de scolarité. Une hausse de 160 $ n'est pas suffisante pour faire baisser le nombre d'inscrits dans ces écoles.

    Ça serait bien qu'on arrête de subventionner les ghettos destinés au fils et filles de petits bourgeois.

  • Paul Sven - Inscrit 29 août 2014 21 h 03

    "petits-bourgeois"

    De quelle époque arrivez-vous, M. Chamberland? Ne vous est-il jamais venu à l'idée que l'école privée s'adressait aussi et souvent à ceux qui ne sont pas en accord avec le mode public et qui souhaitent d'autres pistes pour l'éducation de leurs enfants ? "petits bourgeois", dites-vous, qu'avez vous contre la classe moyenne ? Qu'a-t-elle de plus méprisable que les autres ? Au fait, quelle votre définition du terme "petit bourgeois", à vous lire, on a presque l'impression d'entrendre une démagogie du parti communiste des années 60? Si tel est le cas, je suggère un rafraichissement de vos convictions à la lumière de ce que nous avons appris depuis un demi-siècle, à commencer par le fait que la classe prolétarienne n'a pas l'apanage de la vertu et que l'oppression découle bien davantage de l'étroitesse d'esprit que d'une certaine aisance.