Bolduc prône un financement variable

Loin de faire écho à la proposition des jeunes libéraux d’abolir les cégeps, Yves Bolduc entend plutôt être celui qui veillera à assurer leur survie.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Loin de faire écho à la proposition des jeunes libéraux d’abolir les cégeps, Yves Bolduc entend plutôt être celui qui veillera à assurer leur survie.

Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, envisage de revoir la formule de financement universitaire pour mieux doter les programmes qui en ont besoin. Cette modulation pourrait, par exemple, financer dans une plus grande proportion des programmes, comme médecine, où la formation coûte plus cher.

 

« C’est plus dans le but d’avoir une équité dans le financement. Les programmes qui coûtent plus cher vont demander un financement augmenté. Si les facultés de médecine veulent être accréditées, il faut un financement adéquat. [Actuellement], l’argent est pris dans d’autres secteurs », a expliqué le ministre en entrevue au Devoir. « Il y a des programmes qui ne sont pas financés à la hauteur. »

 

Dans le milieu, plusieurs s’entendent effectivement pour dire que la formule actuelle, soit une subvention par tête d’étudiant, est désuète. « Il y a plusieurs façons de financer. Est-ce que tu donnes le même montant pour tous les étudiants ou tu en donnes plus là où les coûts [de formation] sont [élevés] ? » Le rapport final sur le financement universitaire, qui a été confié à Hélène P. Tremblay et Pierre Roy, est d’ailleurs attendu prochainement. « On a des gens qui travaillent là-dessus à la suite du Sommet [sur l’enseignement supérieur]. Ce ne sera pas révolutionnaire, mais on aura une meilleure équité. »

 

Et pas question d’aller en piger davantage dans les poches des étudiants. « On n’a pas l’intention d’aller jouer [dans les droits de scolarité]. Ils seront indexés en fonction de l’augmentation du coût de la vie. » Et ce, pour les quatre prochaines années et demie de son mandat.

 

Les autres chantiers qui découlent du sommet tenu par l’ancien gouvernement péquiste connaîtront-ils un dénouement ? « Il n’y a pas de chantiers qui seront réglés. On va en discuter avec nos partenaires à l’automne », a dit M. Bolduc. À propos des propositions faites concernant une loi-cadre et un Conseil des universités, le ministre n’a pas de position claire. « Je ne veux pas trop m’avancer. Le Conseil des universités… des gens m’ont dit que ce n’était peut-être pas la solution, et qu’il y aurait peut-être déjà des structures pour subvenir aux mêmes besoins. On ne veut pas créer des structures qui vont coûter des milliers de dollars s’il y en a [déjà qui existent]. »

 

Préoccupé par la survie des cégeps

 

M. Bolduc se dit par ailleurs aussi préoccupé par le réseau collégial. Loin de faire écho à la proposition des jeunes libéraux d’abolir les cégeps, il entend plutôt être celui qui veillera à assurer leur survie. « Je ne veux pas entrer dans le détail, mais on doit réviser les programmes du cégep. Il faut leur donner de l’assouplissement et de la marge de manoeuvre. Ça ne veut pas dire qu’on va tout changer, mais ça fait depuis 1993 que ça n’a pas été changé et que la Fédération des cégeps nous demande que ça soit revu. »

 

Par exemple, une formation technique de trois ans pourrait durer une session de plus si le besoin s’en fait sentir. À l’inverse, une autre pourrait être écourtée et élaguée de cours jugés aujourd’hui désuets ou superflus. Mais, chose certaine, les formations doivent coller davantage à la réalité du marché du travail. « Leur formation doit répondre au marché de l’emploi », a-t-il soutenu. Il dit s’inspirer du rapport de Guy Demers sur l’offre de formation au collégial pour consulter le milieu.

 

Étudiants étrangers

 

Le ministre se dit aussi conscient des défis, notamment démographiques, auxquels font face les collèges, surtout en région. Attirer davantage d’étudiants étrangers est une avenue, mais pas la panacée. « On n’a pas de contrôle sur les étudiants étrangers qui viennent. Ce qu’il faut, c’est développer des programmes plus attrayants et adaptés à la réalité des régions. » Il précise par ailleurs que les ressortissants français qui viennent étudier dans les cégeps d’ici ne seront pas touchés par une hausse de droits de scolarité à la suite de la révision de l’entente France-Québec.

 

Le rapport Boudreau sur l’offre de services du Cégep de la Gaspésie et des Îles suggérait d’octroyer des bourses pour inciter les jeunes à étudier en région. M. Bolduc ne voit pas là « une voie d’avenir ». « J’ai de la difficulté à obliger, à dire aux gens de partir de Montréal ou de Québec pour aller au cégep à Sept-Îles », note-t-il, encourageant plutôt les cégeps à offrir des formations exclusives.

 

Maternelle, anglais et TBI

 

Au primaire et au secondaire, le ministre entend continuer comme prévu à mettre en place des idées chères aux libéraux, mais aussi certaines mises de l’avant par le gouvernement précédent, notamment les maternelles 4 ans. L’an dernier, le projet avait connu des ratés — alors que 18 commissions scolaires n’avaient pas pu ouvrir au moins une classe, comme exigé — et, cette année encore, cinq commissions scolaires ne pourront pas implanter la mesure, faute de locaux, précise le ministre Bolduc, qui croit néanmoins beaucoup à ce modèle. L’anglais intensif en 6e année, autre idée chère aux libéraux, se fera aussi progressivement, même si l’objectif est d’offrir ce programme dans toutes les écoles du Québec. Quant aux tableaux blancs interactifs, le ministre encourage les commissions scolaires à en acheter, malgré la réticence des enseignants et les études qui mettent en doute son utilité réelle.

 

« Il y a déjà de l’argent de prévu, on continue le déploiement [de la technologie] et les profs ont des formations. Dans les rapports [qui ont été réalisés sur le sujet], on disait qu’il y avait moyen de faire des ajustements. Je suis allé dans les écoles et les profs me disent qu’ils apprennent beaucoup à l’usage. Oui, ça va prendre des formations améliorées pour certains, mais la majorité semble capable de se débrouiller. »

 

En outre, M. Bolduc souligne que le soutien aux élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage sera aussi une de ses priorités. La majorité des nouveaux investissements ont touché ces élèves, avance-t-il. Notamment pour embaucher des professionnels. De nouvelles ressources sont-elles prévues ? « On encourage à utiliser celles qui sont déjà là. […] Beaucoup a été fait dans les dernières années », conclut-il.

46 commentaires
  • Jean Nicolas - Inscrit 13 août 2014 04 h 43

    Le financement est déjà variable selon les disciplines

    Le ministre devrait savoir que le finacement que reçoivent les universités varient déjà selon les disciplines. Le secteur médecine, qui préoccupe tant le ministre, est déjà financé 3 ou 4 fois plus que des disciplines de sciences humaines.
    Il n'y a pas que la formation en médecine qui doit être accréditée, celles des autres programmes professionnels aussi.
    Il serait bon que le docteur réalise qu'il est ministre de l'éducation et pas de la santé.
    Il serait bon que le ministre nous parle d'améliorer la QUALITÉ de la formation et pas juste de formules de financement.
    Les coupures décidées en juin font très mal à tous les niveaux des CPE au doctorat. Personne ne monte aux barricades même si notre avenir se joue sur la qualité de notre système d'éducation et nul part ailleurs.
    L'éducation mériterait d'être animée par un passionné du domaine et pas par un gestionnaire.
    Jean Nicolas, professuer émérite

    • Damien Tremblay - Inscrit 13 août 2014 11 h 26


      Chassez le Médecin et il revient au galop; surtout en politique. Il est pertinent de se demander si le ministre de l'Éducation souffre ou feint l'ignorance en matière de financement des universités.

      Comment peut-il ignorer que le secteur médecine reçoit un morceau de gâteau trois à quatre fois supérieur aux sciences humaines.

      Vous avez bon nez de lui rappeler qu'il est ministre de l'Éducation; pas celui de la Santé.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 13 août 2014 12 h 17

      Monsieur Tremblay, je crois que loin de l'ignorer, il souligne en gros caractères l'inéquité de la situation actuelle et la nécessité de la corriger, non?

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 13 août 2014 12 h 38

      La méthode Bolduc : les universités pourront recevoir un montant par inscription, et, si elles laissent tomber l'étudiant durant l'année, elles devront en rembourser la moitié! Une belle façon de se financer sans offrir de service!

  • Sébastien Bouchard - Inscrit 13 août 2014 05 h 49

    Prime

    Quand allez-vous rembourser l'argent volé aux contribuables M.Bolduc?

    • Marc Davignon - Abonné 13 août 2014 18 h 51

      Il va enseigner ...

  • François Ricard - Inscrit 13 août 2014 05 h 51

    Votre diagnostic est faux, docteur

    Nous avons trois universités anglophones qui, bon an mal an, reçoivent entre 27% et 30% des argents aux universités. Pourtant la population anglophone n'est que 8,9% de la population québécoise. Une part importante du corps étudiant de ces trois universités viennent d'ailleurs. Une fois le diplôme obtenu, ces étudiants retournent chez eux. L'investissement que nous avons fait en leur scolarité est une perte sèche.
    Sans argent neuf, juste en cessant de subventionner les gens venant d'ailleurs, il serait possible de nous offrir la gratuité scolaire à tous les niveaux.
    Mais pour ce faire, il nous faut un gouvernement audacieux. Ce qui n'aura jamais lieu dans le système actuel.
    Si nous avions notre état à nous, notre pays, ce serait tellement facile et logique de le faire...

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 13 août 2014 13 h 09

      Oui, il existe au Québec un scandale systémique et récurrent : alors que la population anglophone du Québec est de moins de 10 % de la population totale, les collèges et universités anglophones du Québec reçoivent autour de 25 % des subventions gouvernementales. Ce qui revient à dire que les universités francophones ne reçoivent pas la juste part qu'elles devraient avoir.

      Va-t-on pour une fois s'interroger sur le degré de subvention des universités anglophones du Québec eu égard au poids démographique des vrais anglophones du Québec? Trois universités anglophones pour quel pourcentage de vrais anglophones?


      Qu’est-ce que MM Couillard et Bolduc ont à dire là-dessus ?

  • Alain Larouche - Abonné 13 août 2014 06 h 17

    Inconfortable

    Lorsque M. Bolduc fait une intervention médiatique concernant l'éducation, je suis incapable de le dissocier du scandale concernant sa rémunération de médecin. Est-ce moi le problème ou c'est le gouvernement Couillard?

    • Denis Beausoleil - Abonné 15 août 2014 08 h 24

      Poser la question c'est y répondre...
      O. Lessard

  • Guy Vanier - Inscrit 13 août 2014 06 h 37

    Québec dirigé par les docteurs!

    Bonne idée, accordons aussi des subventionnons spéciales aux étudiants en médecine!

    Comme ça ils pourrons faire de la politique en même temps que leur pratique? Ce sont des gens tellement efficaces, et éventuellement, pourraient joindre les 3 docteurs que nous avons maintenant.
    Le culte des docteurs en en train de remplacer la religion catholique au Québec.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 13 août 2014 10 h 00

      Joindre les quatre(4) docteurs...

    • Dominique Malenfant - Inscrit 13 août 2014 13 h 13

      Les résidents en médecine ont déjà une subvention pour étudier...selon l'entente avec la fédération des médecins résidents du Québec, les étudiants ne paient que 700$ de frais de scolarité, le reste est payé par l'établissement où ils pratiquent, donc par les contribuables. (Art. 13.09: l'établissement paie, pour le compte du résident, les frais de scolarité exigés par l'université à laquelle ce dernier est inscrit et qui excède une somme de 700$). N'oublions pas aussi qu'ils reçoivent un salaire durant leurs études de résidence ( 44111$ à 72120$ + primes de responsabilité, de garde, à l'enseignement).

    • Guy Vanier - Inscrit 13 août 2014 22 h 49

      merci Chantale, qui est le 4 ième?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 août 2014 07 h 48

      Grâce à cette merveilleuse croisade en faveur de l'équité en éducation que fut le printemps érable, les aspirants médecins continuent à obtenir leur très couteuse formation pour la très lucrative profession de médecin pour des pinottes. Pendant que les étudiants des sciences humaines déchiraient leur chemise...